ARCHVILE KING : Aux heures désespérées

Il y a quatre ans déjà, nous faisions connaissance avec ce projet solitaire nommé Archvile King derrière se cache l’artiste français Baurus. Caché dans les bois et vivant seul, tel un ermite mais pas si bourru qu’on pourrait le croire, il a façonné un univers hérité de ses lectures et croyances de jeunesse pour en faire naître un black metal aux influences à présent moins thrashy, mais plus symphoniques et mélodiques. A présent, le chanteur, compositeur et multi-instrumentiste d’Archvile King nous parle de son nouvel effort studio au titre toujours aussi peu joyeux : Aux Heures Désespérées. Mais tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, et c’est encore une belle réussite que nous sort là le label des Acteurs de l’Ombre Productions en 2026. Avis aux fans des vieux Satyricon, certains Bathory, mais aussi Summoning ou Abigor. [Entretien réalisé avec Baurus (chant, instruments, programmation) par Seigneur Fred – Photos : DR]

Salutations ! Peux-tu te présenter auprès des lecteurs de METAL OBS s’il-te-plaît ?
Salut Metal Obs, salut Seigneur Fred ! Et merci du fond du cœur pour cette interview ! Moi c’est Baurus, auteur, compositeur, interprète, lyriciste, guitariste, bassiste, porte-parole, ainsi que seul et unique membre d’Archvile King. J’ai créé le projet en 2019, et à l’heure où j’écris ces mots je me rends compte que ça fait déjà sept piges et c’est un peu dur à avaler.

Quel bilan dresses-tu de ton premier album A La Ruine pour lequel nous nous étions donc déjà entretenus pour METAL OBS en 2022 ? Ton album au titre peu réjouissant a-t’il répondu à toutes tes attentes, voire même plus (fortune et gloire) ? (rires) Surtout accompagné par un tel label qu’est Les Acteurs de l’Ombre Productions… Plus sérieusement, quel bilan dresses-tu de ce premier album remarqué sur la scène black française (et pas que) ? (sourires)
Comme tous ceux qui se retrouvent à un moment à fabriquer un truc de leurs mains, que ce soit de la musique, un manuscrit, une peinture, ou des œuvres en pâte à sel, on est toujours très critique de ce qu’on fait. Je suis tout de même extrêmement fier d’À La Ruine. Je pense que l’album m’a énormément apporté d’un point de vue musical, où j’ai pu un peu me rendre compte des possibilités, de ce que je pouvais injecter à ma musique. À La Ruine m’a aussi aidé à m’améliorer en écriture, parce que c’est un des aspects les plus importants du projet, selon moi. J’ai pu y raffiner la mythologie de mon univers, son histoire, ses personnages, et donner un point de départ franc duquel je suis parti pour Aux Heures Désespérées. Maintenant, comme je l’ai dit, on est toujours très critique, et il persiste des choses, au sein de À La Ruine, qui me font tiquer. Certains aspects du mixage notamment. Tout est fait à la main, et j’ai pas vraiment de matos professionnel donc c’est vrai que c’est un peu branlant. Au niveau des pistes elles-mêmes aussi, ça manque de discernement et certaines choses me plaisent moins. Mais comme le disent les amis qui m’ont aidé tout au long de l’histoire d’Archvile King, quand on remarque les défauts de nos albums d’avant, c’est qu’on a avancé ! Là j’ai parlé technique sans aborder trop la question du succès et de l’impact de ma musique, mais c’est un peu prémédité, parce que j’en sais trop rien. Bien-sûr, j’ai eu des gens qui sont venus me voir pour me féliciter, ou des avis dans certains fanzines qui m’ont fait plaisir, tout comme certains sont venus me voir pour me dire que c’était à chier. Dans l’ensemble mine de rien, j’ai l’impression que ça a plu et que le nom d’Archvile King a fait son petit chemin dans la tête d’un petit groupe de personnes que je salue tendrement.

Et as-tu pu défendre aussi ce premier LP sur scène en live en France et ailleurs en Europe ? Ou bien tu t’interdis de jouer en public, comme certains grands artistes du black metal ne le font plus depuis longtemps (DARKTHRONE par exemple…) ?
Écoute, je vais être franc, je suis pas un fervent partisan du concert, dans le contexte d’Archvile King… Je suis extrêmement réservé, souscrivant sans vergogne à la ligne éditoriale du « moindre effort », et je me demande simplement ce que je pourrais apporter à ma musique et aux gens qui l’écoutent, en live. J’aime bien rencontrer des gens, parler de musique, et boire des bières, ça c’est admis, mais j’ai du mal à me projeter sur une scène. Malgré ça, c’est encore dans les plans, depuis mon EP « VILE » en 2020 d’ailleurs, alors laisse-moi te dire que depuis le temps, l’idée elle trotte même plus, elle fait des backflips.

Mais ARCHVILE KING est-il toujours le projet musical et artistique d’un seul homme ou bien tu t’es entouré d’autres compagnons musiciens à présent, notamment sur ce second opus ? Quelle est la situation au niveau du line-up en 2026 ?
Le line-up est toujours constitué entièrement de moi-même. Maintenant, je suis énormément fan des projets participatifs. Même si je suis au gouvernail, beaucoup de mes amis sont venus à ma rescousse pour l’écriture, pour le lire et ce qui est relatif à la mythologie, pour le mixage et le mastering (auxquels je suis toujours franchement à chier), enfin tout un tas d’aspects capitaux. Ils m’ont guidé aussi à un moment où j’étais un peu paumé et où j’avais du mal à me remettre dans le bain, et pour ça je ne leur serai jamais assez reconnaissant. Dans les faits, l’Archvile King est à la fois seul et bien entouré.

Entre-temps, enfin en 2022 également comme A La Ruine, il y a eu aussi la parution d’un split EP uniquement dématérialisé avec SIMULACRE chez LADLO qui permit de (re)découvrir ton premier EP Vile sorti à l’origine en 2020. Peux-tu nous en dire quelques mots à ce sujet ? C’était une idée du label ou la tienne et considères-tu encore ces chansons encore en phase avec ce qu’est ARCHVILE KING aujourd’hui en 2026 ?
On touche un peu au nerf de ce que je disais un peu plus haut à propos de l’évolution musicale. LADLO est venu avec cette idée de la ressortie de VILE, et comme l’EP avait été publié à la base un peu « à la zob » (pardonnez l’expression), je trouvais l’idée d’une réédition fantastique. En plus, j’étais aux côtés de Simulacre, donc j’ai accepté. Et c’est vrai que c’est pertinent de se demander si les chansons sont encore en phase avec l’Archvile King de 2026. VILE représente tout ce qui m’a poussé à commencer ce projet. C’est du thrash mêlé au black old-school, c’est sale, mal foutu, c’est arrangé avec les pieds et chanté avec le cul, et franchement je trouve ça fantastique. C’est le point de départ de tout, c’est l’ADN du projet, c’est la poussée initiale, la plus importante de tous, et l’effacer ou l’oublier serait un véritable crime. Maintenant, Archvile King a changé. C’est moins de thrash, plus de black, mais je persiste à vouloir rester dans le sillage du premier EP, vouloir continuer à m’amuser, à faire intervenir les choses que j’aime, continuer à coller aux styles que j’aime, sans faire de concession. Aux Heures Désespérées parle de ne pas oublier son histoire et de corriger les erreurs du passé, et VILE c’est un peu ça.

A propos de cette sortie digitale du split avec SIMULACRE, es-tu personnellement un métalleux plutôt matérialiste et conservateur, attaché aux objets en lien avec la musique ? Es-tu le genre de personne collectionneuse de nombreux disques (vinyles, CD’s) et objets collector, voire de K7 dont c’est aussi le grand retour, tout cela favorisant le commerce, mais pas très écologique (production de dérivés du pétrole finalement, le CD, le boîtier, et surtout le vinyle), même si ce sont majoritairement des digipacks de nos jours, faits avec du papier donc, on l’espère recyclé ? Prêtes-tu attention à tout ça ? Ou bien tu es de la génération « démat' » et adepte des plateformes de streaming mais perdu quand il n’y a plus de connexion internet pour écouter de la musique ??! (rires)
En vérité, je suis pas vraiment attaché aux collections de manière générale, tu sais. J’ai quelques vinyles, mais c’est principalement à vue performative. La B.O. de Conan Le Barbare, l’album de 1984 de Bathory, ou Beneath The Remains de Sepultura, c’est des trucs qui sont chers à mon cœur, mais je ne les écoute peu ou pas sous leur forme physique. C’est plutôt de la décoration, disons. J’ai très peu de CD’s, qui sont plutôt des survivants de multiples déménagements et qui sont des vestiges de ma culture musicale du collège, et je n’ai même aucune cassette (mis à part une magnifique VHS du film Godzilla de 1998). Disons que d’un point de vue pratique, je me sers bien plus de mes playlists Tidal que de la très maigre collection dont je dispose, par contre je suis un fervent défenseur de la repossession de nos media. Je pense qu’on s’est trop appuyé sur les services de streaming d’une manière ou d’une autre, et maintenant ils se permettent un peu de nous la mettre sans trop sourciller. J’aimerais que le medium physique puisse reprendre ses droits, sans pour autant massacrer de forêt ou de lac ça serait cool, aussi parce que ça ferait bien chier les immenses boîtes qui maintiennent le streaming dans un collier d’étranglement.

Parlons à présent de ton second effort longue durée : Aux Heures Désespérées, avec là encore un titre peu optimiste. Peux-tu nous expliquer l’idée ici et les paroles et s’il y a concept ? Ce nouveau disque s’inscrit dans la suite lyrique d’A La Ruine où l’on voyait un roi combattre ?
À La Ruine était un tableau qui présentait le royaume du Roi des Vers après ses diverses conquêtes, et notamment après la dernière bataille, celle qui scella pour de bon le destin des derniers Hommes (sous-entendu ici : le peu qui n’étaient pas encore mort-vivants). Aux Heures Désespérées, lui, parle justement de cette dernière bataille, qui oppose Le Roi des Vers à un illustre général qui va mener ses troupes vers cette ultime défaite. On va donc parler de mort, de désolation, de bravoure, mais aussi de la responsabilité de continuer une guerre perdue, de prendre les armes pour défendre un idéal qui n’existe pas, et du fardeau immense abandonné sur les épaules des successeurs, qui continueront à se battre jusqu’à ce que la raison et les rancœurs soient perdus dans les âges. L’album circule de point de vue en point de vue, et est chronologique. La première piste présente la bataille comme un conteur le ferait, puis on passe par le discours militaire exhorté par le général à ses troupes vaillantes avec « Le Chant des Braves », ensuite on traverse la bataille où le général se fait blesser dans « L’Excusé », et où il intime son fils de s’enfuir et d’abandonner la bataille pour sauver sa vie. Dans « Le Carneval Du Roi Des Vers », on voit arriver à la fois le personnage principal et l’antagoniste de ma mythologie, qui fait tomber la tête du général, se faisant, condamnant non pas l’armée mais le monde entier. La fin de cette piste, qui est non sans rappeler le punk rock de nos jeunes années, me fait penser au Roi des Vers qui se moque et qui s’extasie dans sa victoire totale. « Sépulture » est un grand mouvement de caméra sur le charnier après la bataille, « Aux Heures Désespérées » représente les dernières pensées d’un jeune homme qui doit tout abandonner pour fuir la guerre, et « À Ces Batailles Abandonnées » est un essai sur la responsabilité. On parle de voir nos pères mourir pour les versions perverties de vieux idéaux, en référence aux luttes et aux combats des générations plus progressistes face à la fascisation de notre époque. Je rentre pas plus dans les détails, les paroles, je l’espère, pourront le faire à ma place ! La fin de l’album, « … Et aux hommes misérables » c’est aussi la fin de l’espoir, et le calme infini qui flotte au-dessus du champ de bataille. En gros, on se marre bien. (sourires)

La pochette avec ce chevalier mort pourrissant dont l’artwork m’a rappelé des vieux souvenirs du jeu vidéo Super Ghouls’n Ghosts (Capcom) sur Super Nintendo auquel nous jouions en 1993 pour les + anciens d’entre nous… Était-ce une influence et le mot que tu as passé auprès de l’artiste David Thierrée, je crois, qui l’a réalisée ? Quel était le cahier des charges transmis et avait-il déjà les paroles et musiques pour créer cet univers + coloré et naïf que le précédent (A La Ruine) ?
Ouais, il y a clairement cette influence jeu vidéo rétro dans l’imagerie dont j’ai fait part à David, mais plus spécifiquement j’avais en tête les romans d’aventures médiévales comme ceux de Brian Jacques, Rougemuraille, très colorés et mettant en scène des animaux, ou les comics Mouse Guard, de Petersen. Je voulais que cet album soit un conte, une aventure, dans lequel on s’immerge, comme quand on se cale devant un marathon Le Seigneur Des Anneaux, ou qu’on s’apprête à passer dix heures d’affilées sur Oblivion. Je pense que même en ayant des artworks colorés, voire naïfs comme tu dis, on peut transmettre la gloire, la cruauté, la bravoure, le désespoir, le courage. On s’est très vite compris avec David, et je suis ravi du travail qu’il a effectué sur Aux Heures Désespérées. Au passage, je tiens aussi à souligner la qualité de tes références, j’adore Ghouls’n Ghosts, Ghosts’n Goblins, et j’adore la Super NES !

D’un point de vue musical, j’ai noté sur Aux Heures Désespérées le retrait, ou du moins la moindre présente, de tes influences premières qui lorgnaient davantage dans le thrash/black metal sur A La Ruine. Était-ce intentionnel ? Comment as-tu abordé la composition à la guitare ? Tu voulais peut-être quelque chose de plus typiquement black metal notamment dans le tremolo picking et des rythmiques plus rapides (voire avec des blast beats par moment) ?
Mon intention avec Aux Heures Désespérées, c’était de creuser encore plus loin dans le BM, de m’immerger entièrement dedans, bien plus que ce que j’avais pu proposer avec À La Ruine. Je voulais avoir la certitude que j’avais offert au genre tout l’effort dont j’étais capable, sans tomber dans les écueils trop faciles, ou en faire quelque chose qui ne me ressemblait pas. C’est du black, mais des fois on y entend du Punk, des fois on y entend du thrash, des fois on y entend du dungeon synth. C’est du black mais constellé des sons et des styles qui ont construit ma personnalité et mon genre musical. Pour ça, j’ai fait appel à de grandes nappes d’accords qui circulent tout au long des pistes, j’y ai superposé du tremolo picking, mais j’ai aussi plaqué des lignes un peu plus rythmées, un peu plus dansantes même (j’ai vu quelqu’un appeler mes chansons « danceable » sur YouTube ça m’a fait plaisir). Le black metal est un genre qui me plaît parce que je trouve certains de ses codes très jolis. J’aime le chant guttural cruel, j’aime le blast beat frénétique et désespéré, j’aime le tremolo picking qui chante comme une cantatrice d’opéra. Mais tout au long de ma vie, je me suis formé grâce au thrash, au punk rock et au heavy metal, donc ça aurait été hypocrite de n’offrir que du black pur et dur. J’en serais d’ailleurs fort peu capable.

L’intro au clavier de « Riposte » et l’interlude aux claviers tubulaires (Mike Oldfield) sur « Sépulture » apportent un rendu épique et plus mélodieux à ta musique pourtant féroce et sombre sur ce nouvel album. Est-ce que des artistes comme EMPEROR, SATYRICON à leurs débuts, DIMMU BORGIR, BAL SAGOTH, ou SUMMONING ont pu t’influencer sur ces passages symphoniques lors de leur composition ?
Pour ces inspirations-ci, il faut remercier encore une fois le jeu vidéo. Ces claviers et ces synthés sont tout droit issus d’heures passées sur King’s Field, Fable, ou sur Demon’s Souls, qui savent particulièrement bien retranscrire une ambiance oppressante, mais aussi curieuse, mystérieuse, propice à un conte. Ces univers ont d’ailleurs énormément participé à la façon dont j’écris ma mythologie, et mes chansons. Je ne peux évidemment pas non plus nier que j’ai été influencé par la percée très marquée du style dungeon synth dans l’imaginaire collectif récemment, et notamment par une soirée assez fatidique passée à jouer au jeu de plateau « Escape The Dark Castle » qui inclut dans sa boîte une playlist de dungeon synth qui permet de mettre une ambiance bien grave à la table de jeu. Ça m’a énormément plu, et j’ai décidé que ça allait être un point d’orgue tout au long de l’album, culminant avec la dernière piste totalement instrumentale.

Même si on l’a déjà plus ou moins évoqué précédemment, est-ce toi qui t’es chargé de tous les instruments ici, notamment à la batterie où il m’a semblé entendre une batterie acoustique et non une programmation numérique d’une drum box ? Et y’a-t’il des invités figurant sur Aux Heures Désespérées ?
Ah je t’ai bien eu ! (rires) C’est encore de la batterie programmée, sur un VST. (sourires)J’ai tout joué et enregistré tout seul à la maison, et je dispose ni d’une batterie ni du talent pour en jouer, donc j’ai décidé de continuer avec la batterie synthétisée. Là où la merveilleuse Andreea Dinag m’avait aidé pour la narration sur l’intro d’À La Ruine, cette fois-ci il n’y a personne d’autre que votre bon vieux Baurus.

Et quelle chanson t’a donc donné le plus de fil à retordre au niveau de son exécution/interprétation lors de l’enregistrement ?
Celle qui m’a le plus emmerdé sur le nouvel album, on va se dire franchement, c’est « Riposte ». Je voulais une piste d’ouverture brutale, frénétique, un peu comme un générique d’introduction, et qui pouvait aussi représenter toute la frise chronologique d’une bataille, avec son ouverture, la mort du général, le massacre, le chaos, et une fin aussi brutale que calme. Je voulais qu’en écoutant Riposte, on puisse fermer les yeux et s’imaginer la bataille du gouffre de Helm, la forêt en feu en Germania au début de Gladiator, et les moments complètement perdus dans Total War ou dans Mount & Blade. Il a fallu donc recommencer la piste un nombre assez incalculable de fois pour obtenir ce mood particulier, si bien qu’au total j’ai vingt fois plus de pistes jetées aux orties que de pistes terminées. Mais j’aimerais aussi te parler de la piste qui m’a le moins donné de fil à retordre : Sépulture. Je savais que je voulais une longue intro au synthé, des chœurs, je voulais que ça soit réimmiscent d’une prière, d’un chant funèbre, et les arpèges sont venus d’eux-mêmes, sans que j’aie à les chercher. Ces trop rares fois où l’inspiration nous trouve avant même qu’on se mette à la chercher sont autant d’occurrences qui nous rappellent pourquoi on aime la musique et pourquoi on fait ce que l’ont fait. Sur cette piste en particulier, j’ai senti que je n’étais même plus l’artiste mais le traducteur, l’interprète d’une chanson qui était en train de m’être servie et que j’avais su attraper au vol. Si seulement ça pouvait être comme ça à chaque fois !

Comment fonctionnes-tu lors du processus créatif qui précède l’enregistrement en studio ? Tu as besoin de t’isoler dans les bois avec ton épée, tel un ermite ou un moine soldat, pour accomplir ton devoir ?
Tu vois, j’étais sur le point de te dire « non, loin de là, j’habite en centre-ville », mais en vérité, c’est un peu ça. Je n’ai pas à proprement parler de « session d’écriture », mais j’ai toujours un carnet sur moi, que ce soit sur téléphone ou un carnet papier, sur lequel je note chaque idée propre à mon univers. Des fois, c’est pendant que je suis en train de lire, ou en train de marcher, ou en jouant. Donc quelque part, oui, ce processus créatif vient d’une sorte d’isolement bien plus moral que physique. Je note des personnages, la génèse, même des courtes nouvelles, ou des poèmes, qui ont tous attrait au Roi des Vers et à son royaume. Puis parfois, soit la musique me vient après avoir écrit les paroles, soit les paroles me viennent après avoir écrit la musique, et souvent, c’est les deux en même temps. Ce qu’il y a de bien à enregistrer chez soi, c’est que les sessions durent aussi longtemps que je le veux. Des fois, je passe dix minutes à enregistrer deux phrases, des fois ça prend une nuit blanche pour sortir une partie de batterie. À partir de là, ça me permet d’écrire et d’enregistrer de façon interchangeable, sans avoir à craindre de faire perdre du temps aux techniciens du studio, et sans avoir à prendre de rendez-vous.

Au fait, pourquoi ne dévoiles-tu pas ton visage sur les rares photos promotionnelles ? La musique importe vraiment plus que l’humain ?
Franchement, je pourrais citer énormément d’artistes qui utilisent le masque comme point focal pour concentrer l’attention des spectateurs sur la musique plutôt que sur leur personnalité, et c’est une explication à la fois très jolie et très valide, mais pour ma part je pense que c’est surtout parce que je trouve ça franchement classe, et parce que je suis quelqu’un de profondément réservé. J’adore à la fois l’idée d’un conteur masqué qui dépeint les histoires de son royaume pourrissant, tout comme j’adore l’idée qu’on me laisse tranquille et qu’on ne me reconnaisse pas.

Enfin, quels sont les projets autour de cet album ? Et penses-tu déjà une suite, un nouvel album studio, un EP ou un nouveau split mais réellement partagé cette fois avec un autre artiste où chacun réinterprète quelques morceaux de l’autre ?
Pour l’instant, je suis déjà en train de travailler sur le prochain album, dont les textes sont déjà bien posés et la pré-production déjà entamée… J’ai beaucoup d’histoires à raconter, et beaucoup de choses à dire. J’aimerais aussi commencer à plancher sur une version Jeu de Rôle de l’univers du Roi des Vers, pour permettre à ceux qui le désirent d’arpenter le royaume avili sous les traits d’aventuriers, de guerriers, ou de citoyens désespérés. Et qui sait, peut-être aussi me verrez-vous bientôt, sur une scène, masqué, contant des récits fantastiques !

Merci d’avance Baurus pour tes réponses. Un bien bel album que tu sors là, mon ami. A bientôt ici ou ailleurs !!

Aux Heures Désespérées - ARCHVILE KING
ARCHVILE KING
Aux Heures Désespérées
Black metal
Les Acteurs de l’Ombre Productions

Si son premier LP A La Ruine, à la fois brut et accrocheur, nous avait relativement séduit en 2022, ARCHVILE KING persévère dans son ouvrage en solitaire, soignant ici son black metal devenu un poil moins thrashy (quoique sur un morceau comme « Riposte »), mais toujours aussi captivant. Seul aux commandes, Baurus, homme à la fois bourru et attachant, développe son univers basé sur la déchéance militaire, la lente descente aux enfers, de son chevalier et seigneur de guerre, ou plutôt « le roi des vers », comme il le nommait non sans ironie dans son précédent méfait. Exit cette fois l’intro narrative par une douce voix féminine en français, mais place à des claviers rappelant les riches heures des premiers SATYRICON ou DIMMU BORGIR. La chanson « Riposte » ouvre ainsi les hostilités d’Aux Heures Désespérées (mais point désespérantes ici) sur un mid-tempo efficace et un riff rentre-dedans, puis les choses s’accélèrent. On retrouve cette énergie punk/black metal à la SORDIDE ou certains albums plus ou moins réussis de DARKTHRONE (période F.O.A.D.) aux légères touches thrashy. C’est rentre-dedans et catchy, bref, une belle entrée en matière. Sur un riff plus mélodieux, « Le Chant des Braves » se veut peut-être plus épique, et si la batterie programmée tabasse pas mal, on y voit que du feu et croit entendre une réelle batterie acoustique (on n’arrête pas le progrès, et puis il est tellement difficile de trouver un (bon) batteur de black metal de nos jours disponibles et tellement plus simple d’éditer tout sur un ordinateur finalement). Clairement, ARCHVILE KING fait partie de cette nouvelle génération de formations black metal à la française issues du catalogue du label LADLO, comme nos amis orléanais des BÂTARDS DU ROI ou LES CHANTS DE NIHIL : un black metal plus mélodieux et tout à fait abordable, avec un univers bien à eux.

« L’Excusé » (et non « L’excuse » comme au jeu de cartes) nous renvoie à du black metal plus atmosphérique entre ROTTING CHRIST, BORKNAGAR, avant que les choses s’énervent un peu. Le chant screamé en français de son auteur et unique interprète retient de plus en plus notre attention car il permet vraiment de pénétrer dans l’univers lyrique d’ARCHVILE KING, façonné aussi bien par l’heroic-fantasy littéraire que vidéo-ludique (l’artwork du nouvel album n’est pas sans rappeler le jeu vidéo culte Super Ghouls’n Ghosts sur Super Nintendo dans les années 1990’s…). Plus loin, le principal personnage des chansons d’ARCHVILE fait son retour sur l’ironique « Le Carneval Du Roi Des Vers ». Alors que « Sépulture » nous évoque l’atmosphère des débuts du groupe scandinave ARKANUM (qui a malheureusement splitté en 2018) sur son premier LP Fran Marder, la chanson-titre survient alors avec rage, reflétant le caractère plus typiquement black metal de ce second long effort studio, même si son maitre d’œuvre Baurus ne renie jamais ses influences punk et thrash.

Très belliqueux, « A Ces Batailles Abandonnées » relance la fin d’album avec toujours cette même rage et énergie, des breaks rythmant les assauts des riffs de black metal incisifs et appliqués comme on aime, sur une production sonore maison, à la fois spartiate et parfaitement audible, avec pas mal de réverb’ sur le chant tout de même, mais pas en retrait pour autant. En guise de conclusion de ces belles hostilités de près de quarante-six minutes, l’outro « Aux Hommes Misérables » nous fait réfléchir sur les bêtises de l’Homme et son devenir, voué à sa propre décadence, à travers de nappes de claviers sombres et ténébreuses, avec divers bruitages ambiance « Donjons & Dragons » ou plutôt « Dark Souls », pour les amateurs de RPG et jeux vidéo sur Playstation. ARCHVILE KING signe là au final un second album plus typiquement black metal, avec son propre style, un univers lyrique qui lui est propre et sied parfaitement à son style, et on ne peut regretter qu’une chose pour l’heure en 2026 avec Aux Heures Désespérées, c’est que cela ne prenne pas vie dans un projet scénique live. Mais bon, parfois, il est mieux de garder une part de mystère et d’apprécier ce genre d’album uniquement à l’écoute sur disque ou streaming, comme l’ont bien compris certains artistes depuis longtemps comme LIMBONIC ART, SUMMONING, ou les Norvégiens de THORNS, ou DARKTHRONE, et ce, à la fois pour des raisons économiques mais aussi de vision artistique (mais peut-être aussi par fainéantise (rires)) ! [Seigneur Fred]

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