ASHED WINTER : Papa Legba

Papa Legba - ASHED WINTER
ASHED WINTER
Papa Legba
Death/thrash/groove metal progressif
Autoproduction

Attention, talent !! Alors oui, vous allez vous dire : « encore ?! » car il nous a encore fait le coup le mois dernier… Eh bien, oui ! Il faut dire que l’actualité metal étant suffisamment riche dernièrement qu’il y a matière, et en l’occurrence, il s’agit aujourd’hui de ce jeune quintet français originaire de Roanne fondé en 2018 : Ashed Winter. Auteur d’un EP autoproduit en 2020, The Prophecy, davantage axé sur un univers post-apocalyptique, ces cinq jeunes musiciens nous ont mis à genoux à l’écoute leur premier LP intitulé Papa Legba. Partant toujours de ce monde sombre mais orienté cette fois sur le vaudouisme et son prophète du même nom, ou plutôt esprit, ce nouvel album à la production sonore dantesque (réalisé par un certain Kévin Brégère du côté d’Issoire/Clermont-Ferrand (63) par Brauvau Records) possède clairement une aura mystique mais aussi une dynamique totalement séduisante et vite convaincante. Musicalement, Ashed Winter assume ses influences, même si elles sont très larges de part l’apport de chacun du clan auvergnat, mais en influences communes qui font l’unanimité, on peut citer par exemple : Sepultura, période tribale (Chaos AD/Roots/Against) comme sur le morceau « Running Away » avec ses percussions rappelant le fameux « Ratamahata » sauf qu’il n’y a pas Carlinos Brown ici ; mais aussi Soulfly (logique), et puis des touches hispaniques et progressives rappelant par moment Cynic, ou plus près de nous, nos amis orléanais d’Impureza (en préparation d’un nouvel opus d’ailleurs)… Dès le premier titre, « Ka’a », on pénètre dans la jungle, non pas africaine comme on aurait pu le croire, mais en Amazonie (et plus tard en Asie avec les Hibakusha…). Son guitariste Nico nous a confiés en interview être attiré par ces peuples autochtones qui sont les premiers impactés par la pollution de l’Homme blanc et du réchauffement climatique. Comme Sting à son époque, les frères Cavalera dans les années 90, ou Gojira de nos jours, ils essaient d’alerter à leur propre niveau les consciences. Et cela passe par des paroles plutôt originales et extrêmement travaillées, scandées par les growls plus qu’impressionnants de la petite (mais costaud) Marie, vraiment bluffante. Regardez la vidéo playthough de la chanson-titre de l’album, vous verrez qu’elle ne fait pas semblant au micro.

Et sur le clip de l’énorme « We Won’t Fall » , leur groove metal est tout simplement imparable ! Quel dynamisme et quel impact ! Son clip a été doté d’une réalisation très professionnelle (signée 8 Paths Studio Films). On attend plus que leurs concerts de pieds fermes d’ailleurs (un prochain clip vidéo devrait être capté en configuration live). Le rythme est tout de même intense tout au long de ce premier effort longue durée, et les trente quatre minutes au total passent finalement très vite, malgré quelques accalmies, notamment à la guitare classique, avec toujours cette atmosphère inquiétante et shamanique. On sent aussi que les expériences scéniques de ces dernières années leur ont permis d’atteindre un niveau technique supérieur (les soli du guitariste Nico, par exemple, qui possède, en outre, un autre combo de metal progressif en parallèle) et une assurance à toute épreuve. A la batterie, ça ne chôme pas non plus, et la section rythmique Gregory Barbéro (basse), Vincent Cucco (batterie), et Lana Perrard (guitare rythmique) envoie sérieusement du lourd. A l’image du single « We Won’t Fall » encore une fois en référence.

Mais Ashed Winter, ce n’est pas non plus que des influences death/thrash/groove metal avec des mosh parts faciles et faites pour jumper et headbanguer (« Papa Legba », « Running Away »…), et des riffs catchy (ce qui est déjà pas mal, me direz-vous !), c’est aussi une super attitude, des chansons très travaillées collectivement à tous niveaux (il y a eu un énorme boulot de compositions et de répétitions, et d’arrangements) comme sur la superbe chanson « Illusion of Knowledge », des chœurs aussi avec des chants clairs soignés (assurés par Lana et Nico) ou criés, et encore une fois des paroles très travaillées dans des dialectes indigènes (et donc pas faciles à growler, pour nous autres européens) pour se rapprocher au mieux de ces peuples à qui l’on a tout pris, mais aussi des textes en anglais. Leur style de metal peut donc tout à fait s’exporter à l’international, car leur propos et leur musique est en fin de compte universelle et si riche qu’elle ne demande qu’à être partager au plus grand nombre. Voilà pourquoi cet album Papa Legba respire le talent à plein nez. Reste plus qu’à souhaiter à Ashed Winter autant de succès qu’un certain Gojira, et qui sait, avec un tel nom et étant originaire de la région Auvergne-Rhône-Alpes, peut-être ouvriront-ils pour les prochains Jeux Olympiques d’hiver des Alpes françaises en 2030 par chez eux !! [Seigneur Fred]

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