Pour éviter le remplissage inutile comme bien souvent sur les albums généreux de metal contemporain, CHRIST AGONY a décidé de ne proposer que six plages musicales sur son neuvième effort longue durée baptisé Anthems. Six hymnes de black/death metal mélodique, incantatoires et très heavy, constituent donc cette nouvelle offrande signée Cezar, son principal compositeur, multi-instrumentiste, et chanteur polonais depuis 1990 ! Eh oui, contemporain aux plus gros artistes que sont devenus BEHEMOTH ou VADER, CHRIST AGONY fait partie de la même génération et même scène de metal extrême nationale polonaise que ces derniers, mais qui demeure inlassablement dans leur ombre, la faute peut-être à une position géographique qui n’est pas la capitale Varsovie mais , et surtout que l’on a affaire finalement ici plutôt à un one-man-band entouré de quelques guests et musiciens de session. En effet, tout repose essentiellement sur son leader. Mais le destin de CHRIST AGONY est mêlé à ses camarades depuis longtemps puisque Cezar fait régulièrement appel à des batteurs de renom (Inferno (BEHEMOTH, AZARATH…) par exemple sur Nocturn en 2011, ou ici Daray (ex-VADER, DIMMU BORGIR…). Pour ce qui est de demeurer dans l’ombre, ou plutôt de ténèbres ici, ce n’est pas un problème, bien au contraire car ça colle plutôt bien. On retrouve cette même noirceur des albums de CHRIST AGONY, dans la lignée de l’autoproduit Legacy (2016) ou Nocturn. La production sonore est propre et l’on retrouve donc cette batterie rouleau-compresseur, une nouvelle fois signée en partie par Daray, qui semble labourer des champs brûlés des enfers et ces riffs lancinants, presque hypnotiques (la mélodie de « Throne Of Eternal Silence » et ses légers chœurs et claviers), rappelant parfois les chansons les plus dark de ROTTING CHRIST par exemple ou BATHOUSKA. Si les choses démarrent généralement tranquillement, son leader Cezar aime prendre son temps pour développer l’atmosphère sur chacun des titres, comme sur « Empire Of Twilight » en ouverture de l’album.
Les diverses ambiances mortifères typiques du dark metal ambient (intro au didgeridoo sur « Throne Of Eternal Silence », nappes de claviers savamment orchestrés sans être trop pompeuses, guitare acoustique sur « Dark Waters » et « Nocturnal Dominion »…) peuvent néanmoins laisser surgir de violentes attaques black/death metal (« Sanctuary of Death ») qui réveillent alors les âmes, car les titres étant généralement longs (en moyenne 7 à 8 minutes), un effet soporifique peut apparaître à force d’écoutes multiples, le rythme étant souvent mid-tempo et les riffs assez répétitifs même si plutôt inspirés ici. D’un autre côté, c’est en fait ce qui constitue l’essence même du son de CHRIST AGONY, mêlant atmosphère et chant black metal, et des rythmiques plus typiques du death metal. Quant au chant, les growls et screams assurés par Cezar sont particulièrement convaincants (on sent l’expérience et l’assurance du bonhomme en studio) et diaboliques, et n’ont rien à envier à ses amis de BEHEMOTH, DIMMU BORGIR (dont il partage le batteur ici) ou leurs voisins de BELPHEGOR. Au final, Anthems s’avère relativement agréable à l’écoute si l’on recherche à la fois la noirceur du black et et la lourdeur du death metal, avec un tant soit peu de mélodies, et surtout si vous êtes fans des formations scandinaves, méditerranéennes, ou d’Europe de l’est du même genre, apparues dans les années 1990 (BELPHEGOR, SOUL REAPER, DEVISER, ROTTING CHRIST, MOONSPELL, BEHEMOTH, etc.), mais il manque peut-être toujours ce « petit truc en plus » chez CHRIST AGONY pour atteindre le succès des exemples précités. D’un autre côté, l’underground, ça a du bon, et Cezar semble s’y plaire depuis trente-cinq ans, alors grand respect à lui pour sa pugnacité et sa dévotion envers Lucifer. Amen. [Seigneur Fred]
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