Left To Die est le genre de groupe devant lequel on peut se montrer méfiant. Formé de deux anciens Death, à savoir Rick Rozz (guitare) et Terry Buttler (basse), entouré d’un certain Matt Harvey bien connu chez METAL OBS (Exhumed, Gruesome, Cold Slither…) au chant/guitare, et enfin Gus Rios (Malevolent Creation) qui complète ce line up de mercenaires de l’extrême. La formation se présente surtout comme un tribute band de l’ère Leprosy/Scream Bloody Gore de Death, organisant ses concerts – fort efficaces – autour de ces deux albums cultes. Méfiance ? Oui, car Rozz et Buttler avaient quitté Chuck Schuldiner (R.I.P.) en très mauvais termes en 1990, ce dernier ne voulant pas tourner en Europe en première partie de Kreator, le reste de la formation était donc venu sans lui. Donc, on peut se poser la question de revendiquer l’héritage d’un homme avec qui on s’est brouillé à mort… Ne serait-on pas face à une énième opération mercantile comme c’est malheureusement fréquent dans le milieu du music business du metal, opération faite pour se faire de l’argent sur un homme disparu il y a 25 ans et qui a révolutionné la musique extrême ? Chacun se fera sa propre opinion.
Foin de ces questions morales et focalisons nous sur le résultat livré par Left To Die en 2026 et ce qui fait son cœur, c’est-à-dire sa musique : Initium Mortis. Dès les premières secondes de « Legend of Doom » , l’illusion est quasi totale, la voix de Harvey (déjà habitué à ce registre avec Gruesome) étant très proche de celle de Chuck, nous sommes bel et bien en présence de la musique de Death, celle des deux premiers albums. Et pour cause, Left To Die a ré-enregistré les titres des mythiques démos de Mantas, vous savez, le premier nom de la formation Death qui enfanta Scream Bloody Gore !
« Death by metal », « Mantas », « infernal Death », « Corpse Grinder », « Summon to Die », « Zombie »… Tous les morceaux des démos de Mantas sont alors convoqués avec évidemment une production ultra efficace, un son quelque peu old school mais puissant, allant jusqu’à reprendre la réverbération si typique des années 80’s sur les refrains. Une aubaine pour tout ceux qui ont toujours rêvé de les écouter avec un son digne de ce nom. Car si ces morceaux circulaient sur des bootlegs comme Zero Tolerance II, un CD reprenant la démo Death by metal, les K7 originales sont introuvables depuis des années ou alors à des prix tellement prohibitifs qu’ils découragent tout collectionneur un minimum censé. Et même à ce tarif, rien ne nous garantit qu’il s’agit bien des cassettes de 1984 et non de vulgaires copies… Mais c’est surtout l’impression d’assister en quasi direct à la (re)naissance d’un style. Car dès le début, Chuck avait bien mis en place tout ce qui permettra au death metal de devenir la lame de fond qui dévasterait la planète au milieu des années 1980 et 1990. Tout y est : la double pédale, les riffs saccadés, les vocaux écorchés, l’aspect gore et blasphématoire et surtout l’efficacité. Alors oui, le death metal a évolué en de multiples directions depuis, mais Death, et particulièrement Mantas, en fut le créateur, au côté des Morbid Angel, Deicide ou Possessed. C’était ainsi que l’avait imaginé Chuck !
Alors, oui, Left To Die continue de faire du neuf avec du (très) vieux. Mais les fans de Death seront ravis et la nouvelle génération, si elle s’en donne la peine, pourra comprendre pourquoi le metal a basculé au milieu des années 80. Les archéologues de l’extrême seront à même de comparer les versions de « Infernal Death » de la démo et de l’album Scream Bloody Gore et de les trouver finalement assez proches. En 32 minutes, les douze titres de Initium Mortis nous replongent donc 40 ans en arrière, quand un tout jeune trio inspiré par Venom, Motorhead, Hellahmmer ou Bathory faisait ses premières armes sans se soucier du qu’en dira-t-on, sans savoir qu’il serait à l’origine d’une des plus grandes révolutions de la musique moderne ! La pochette, fort réussie, reprend les codes de celle de Scream Bloody Gore avec ce zombie émergeant de la tombe avec son « Goblet of gore » à la main ! Peut-être pourrait-on croire qu’il s’agit du pauvre Chuck réclamant son dû ici ?!
On ne saura jamais hélas ce que Chuck aurait pensé de cette initiative, mais si on met de côté nos interrogations, l’hommage est bel et bien réussi ! Reste à voir si Left To Die aura le courage de s’émanciper de son mentor, de perdure, et de proposer à l’avenir de véritables nouveautés. Pas sûr car la nostalgie ne dure qu’un temps ! Mais au vu du pédigrée du quatuor, cela ne devrait pas être si compliqué. [Dave Saint Amour]

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