CORAX B.M. : Pagana

Pagana - CORAX B.M.
CORAX B.M.
Pagana
Pagan dark/black metal
The Circle Music

Pas toujours facile de se faire un nom sur le devant de la scène metal hellénique lorsque l’hégémonie des Rotting Christ, Necromantia, Nightfall ou autres Septicflesh perdure depuis trois générations. Têtes d’affiche nationales et porte-étendards du savoir-faire méditerranéen, ces groupes, à la renommée internationale, ont bien souvent tendance à faire de l’ombre aux nouveaux fleurons qui leur succèderont un jour… peut-être. Il y a des anciens qui tentent toujours de percer et reviennent par intermittence (Deviser) dans un registre plus mélodique, et des plus jeunes, comme Corax B.M., cas qui nous intéresse aujourd’hui. S’il a déjà publié un premier EP en 2022, Spread The Occult (Pagan Records), celui-ci n’a pas marqué franchement les annales grecques mais il fit son petit effet quand même sur la toile dans la scène underground. Alors dans une tentative d’originalité quelque peu vaine, la formation athénienne nous rejoue la bataille contre Sparte comme dans la Guerre du Péloponnèse durant l’Antiquité (Vème siècle avant J.-C.). Mais perdre la bataille ne signifie pas pour autant perdre la guerre…

En bon stratège, le quatuor affiche clairement aux premiers coups de riffs ses racines grecques dont il est fier. Corax B.M revendique d’autant plus ses origines en proposant des textes uniquement chantés dans la langue natale, avec des growls mais aussi un chant lyrique féminin tout à fait acceptable. Toutefois, on est loin de la classe d’une Natalie Rassoulis par exemple…C’est l’un des premiers (et trop rares) points forts qui contraste avec une expérience musicale plutôt mainstream et basique. Sous l’étiquette « pagan black metal » accolée à la musique du groupe, il en ressort plutôt un sentiment mitigé face à un premier album confus. C’est donc sur un metal indéfinissable et sur lequel ne cesse de planer l’ombre de Rotting Christ que s’ouvre Pagana (« Angelos Eksodios »). Si le titre de ce premier album donne un indice (plus qu’évident) sur les intentions du groupe (et les potentielles attentes de l’auditeur), il n’en demeure pas moins qu’elles s’évaporent à l’arrivée de la première note. La voix rauque de Kostas « Corax » Katoikos et celle claire et lyrique de la mystérieuse Ennea tentent de nous mettre en appétit sur la première piste (« Angelos Eksodios »). C’est sans grand succès que « Mythos » prend la relève en seconde position sur la playlist. La mélodie constante et les patterns répétitifs finissent par nous lasser. « Apostatis » vient relever légèrement le plat avec une attaque musicale nettement plus teintée black traditionnel. Le jeu de la ride cinglante souligne l’atmosphère doomesque et rend d’autant plus appréciable le morceau. Ce vif éclat musical n’est cependant que de courte durée. Il faut attendre « Antara » pour enterrer la hache de guerre. Ce sixième et avant dernier titre vient remettre un peu d’ordre dans un album pêlemêle manquant cruellement d’originalité. « Zophos » conclut un opus laborieux sur une bonne note. Les morceaux, bien qu’ils soient trop longs pour ce qu’ils ont à nous offrir, n’en sont pas moins cohérents et bien exécutés. Il manque néanmoins le piment, le piquant, l’étincelle, un petit quelque chose qui aurait pu octroyer une toute autre dimension à ce premier LP. Corax B.M, marqué par une forte volonté d’enracinement sur leurs terres en perdent leur intention d’originalité. Dans un bel hommage à Rotting Christ, il perd son identité ; une identité qui semble avoir du mal à pointer le bout de son nez. Pagana n’est que partie remise et inaugure timidement le travail d’un groupe au potentiel créatif. [Louise Guillon]

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