DARKESTRAH : Nomad

Nomad - DARKESTRAH
DARKESTRAH
Nomad
Black/folk metal
Osmose Productions

L’attente des fans, notamment à la rédaction de Metal Obs, fut longue depuis Turan, le dernier album de Darkestrah remontant à huit ans… Aussi longue qu’un trekking printanier face au vent dans les plaines infinies et les montagnes de la Kirghizie, voici pour les ignorants, un petit retour au galop rapide dans les anciens cols hauts perchés empruntés jadis par les aïeux de messieurs Resurgemus (guitares/claviers) et Asbath (batterie/programmations), à l’époque de la route commerciale de la soie… Encore trop sous-estimé, Darkestrah est né à l’orée de l’année 2000 à Bichkek, au Kirghizistan donc. Le projet était alors de poursuivre à sa manière le sillon black metal creusé par la second génération de groupes scandinaves bien connus comme les vieux Enslaved, Einherjer et surtout… Helheim ! Black metal oui, mais viking, version varègue, pour ceux qui suivent ! Dès 1999, sortent des EP où le groupe se cherche entre black metal pur et dur et identité folk… Côté line-up : la tribu est bien installés avec la base Resurgemus/Asbath et la terrible chanteuse Kriegthalith, point novateur pour l’époque car les donzelles se faisant rares dans le milieu (il y avait toutefois dans le même temps Cadaveria qui commençait à évoluer au sein des Italiens d’Opera IX). Entre-temps, dès 2000, Darkestrah part s’installer en Allemagne pour pouvoir grandir, sans se renier. A partir de 2004, l’identité pagan arrive comme un songe chamanique dans le clan, avec l’album Sary Oy. Mais il repart aussitôt avec un album black plus direct et violent dès 2005, Embrace of Memory.

L’aboutissement ultime de l’approche folk chamanique mélangée à un black épique et héroïque, le tout hanté par le timbre vocal déclamatoire de Kriegthalith, fut l’album Манас en 2013 chez le label français Osmose Productions (cocorico !) ! A la gloire d’un héros de ce pays des neiges, cet album permet d’écouter le vent infini des plaines du Kirghizistan, les cris des chevaux, le crépitement du feu, les instruments traditionnels (qui ont tous une petite histoire, qu’il n’est pas possible de conter ici… évidemment) comme le komouz (petite guitare), le kyl kyak (violon), le choor (flûte),… le voyage hypnotique et sensoriel nous ferait parler de cet album des heures…

Nous aboutissons donc à Turan (2016) : Kriegthalith s’en est allée, et même si le chanteur allemand d’alors, un certain Andreas Thäns alias « Merkith », gentiment remercié justement, ne démérite pas, une partie de l’originalité du groupe se perd au sein d’un néanmoins black atmosphérique correct. Tout cela pour aboutir aujoud’hui à Nomad (2024) : les cinq morceaux formant le « corps de l’album » sont plutôt longs (8 à 9 mn), hormis « The Dream of Kojojash » (4 mn et quelques), ils sont renforcés par une intro et une outro en pur folk tradi chamanique. Le micro a été repris par une chanteuse, Charuk Revan. Et le russe Cerritus (basse), proche du groupe mais ne faisant pas parti jusqu’alors du précédent line-up, en devient membre à part entière. Voici un petit « track by track » rapide :

  • Intro « Journey Through Blue Nothingness » : Retour du vent poussant les voix chamaniques sur guitare sèche et percussions tribales.
  • « Kok Oy » : Un gros morceau emblématique de l’album, une amplitude musicale comparable à la vision des vallées infinies de leur pays d’origine, la capacité incomparable du groupe à donner un souffle alliée à sa musique, des déclamations en voix claires (faisant dresser les poils sur les bras) alternent avec des vocaux black de sorcière. Mais on retrouve aussi dans ce morceau la touche black mid-tempo oppressante faisant parti e intégrante de l’identité de Darkestrah à travers les années : la sensation de ces riffs peut s’apparenter à l’apnée qui nous prend en plein galop sur un cheval dans les steppes mongoles. The Hu n’est pas loin, mais on se dit que ces derniers n’ont rien inventé. Cependant, on entrevoit quelque chose de nouveau, pas désagréable, une influence peut-être ? Avec des rythmiques rappelant la scène folk black nordique plus symphonique et propre de la fin 90 justement, rappelez-vous de Falkenbach, Mythotyn, voire Thyrfing, etc. Intéressant.
  • « Nomad » : La chanson-titre. Un brin plus festif, mais sans naïveté, avec des mid-tempos black atmosphériques bien engagés, une accélération épique à mi-morceau. Le komouz est là, avec la choor (flûte à 8 trous). La voix claire de Charuk est tellement dépaysante ici…
  • « Destroyer of Obstacles » : Le chant de Masha d’Arkona est proche ici, le morceau est ici plus rituel mais avec les éléments d’antan vus dans Kok Oy. Une accélération orientalisante d’Asie Centrale est à noter à mi morceau.
  • « Quest for the Soul » : toujours dans la même veine, le morceau laisse ici une place plus grande aux claviers, emphatiques à la Wolves in the Throne Room. Le violon kyl kyak apparaît, dans un schéma pouvant se rapprocher des pionniers Skyclad, bien trop discrets, qui feraient du black metal.
  • « The Dream of Kojojash » : Morceau plus court donc, plus lent, avec une entame aux cuivres faisant penser aux temples tibétains. Le chant black se fait ici plus mélancolique.
  • Outro « The Dream that Omens Death » : Titre instrumental, avec une ambiance tibéto-chamanique. Un rituel se fait entendre, un peu plus loin…

=> Pour conclure, à notre grand plaisir, le groupe désormais basé à Leipzig en Allemagne, n’a pas perdu ses racines, et est largement revenu s’approcher du « Pic Manas », avec un foisonnement plutôt bien agencé de tous les éléments faisant son identité. L’arrivée de la chanteuse Charuk console les orphelins de Kriegthalith : les ambiances guerrières au chant black de sorcière rappellent l’ancienne chanteuse, de même que le chant clair en atmosphères rituelles peuvent rappeler parfois Masha (Arkona). Mais la Kirghize préfère le mysticisme et le chamanisme à la vélocité de l’artiste russe. Sa voix est plus envoûtante.

On rapproche parfois le cheminement de Darkestrah au groupe Ukrainien Drudkh, pour le côté guerrier dans son folk : mais la mélancolie est beaucoup plus prégnante dans le combo de Roman Saenko, et surtout… le chant n’a rien à voir et nous emmène complètement ailleurs (à 1000 km à l’est !). Sur les morceaux où le clavier fait une percée, c’est le spectre des Américains très en vue de Wolves in the Throne Room qui règne. Par rapport aux anciens albums du groupe, le côté nordique à la Falkenbach/Mythotyn avait disparu : c’est un apport nouveau du groupe dans sa musique. Il y a bien quelques longueurs, mais bon… Finalement, l’approche musicale du duo originel, Resurgemus/Asbath, nous ferait plus penser, dans l’utilisation des instruments traditionnels, aux Russes de Grai, le côté rough guerrier black en plus côté Darkestrah, l’aspect foncièrement folk en moins. Darkestrah reste Darkestrah en fait, c’est-à-dire le plus grand groupe de metal du Kirghisztan ! [Morbidou & Seigneur Fred]

DARKESTRAH : Black Shamans

Retrouvez notre interview exceptionnelle du groupe ici très bientôt !

Publicité

Publicité