DEATHSPELL OMEGA : The Long Defeat

DEATHSPELL OMEGA
The Long Defeat
Black/Dark Metal avant-gardiste
Norma Evangelium Diaboli

Chaque nouvel album de Deathspell Omega constitue une expérience artistique unique, singulière, réservée aux seuls initiés. Alors quand le trio français, bien souvent plus connu et cité sur la scène Black Metal européenne par ses semblables en dehors de nos frontières que dans nos chaumières, sort un album live, l’évènement est si rare et intense qu’il devient une célébration ésotérique pour ses fans.

Capté live en juillet 2021, cet enregistrement se veut conceptuel. The Long Defeat se déroule sur trois scénarios parallèles racontés via trois supports différents. Deux par écrit : les paroles, ainsi qu’une fable, le troisième s’exprimant à travers le sombre artwork (comme toujours chez Deathspell Omega en général) d’une taille de deux mètres de visions détaillées de manière presque maniaque illustrant la même prémisse dont son contenu écrit s’inspire. Tous les trois sont fondamentalement liés mais divergent dans le récit, chacun complétant ou contredisant les autres.

Le premier morceau « Enantiodromia » qui ouvre ce bal nocturneen témoigne avec son incantation et ses premières notes provenant d’un autre monde, celui des abimes et des ténèbres certainement. Deathspell Omega se situe en fait à un carrefour de sa carrière (« Enantiodromia » signifiant en grec « carrefour »). La formation poitevine choisit d’explorer à présent un nouveau chemin toujours sombre, dark, black, quasi théâtral, empreint d’une certaine mélancolie et de digressions. The Long Defeat est d’ailleurs considéré comme la première « émanation de la troisième ère du groupe ». Si l’on s’enfonce un peu plus loin dans ce voyage obscur et sinueux, passées les digressions électriques des presque douze minutes de ce premier pavé, une jolie mélodie retient notre oreille sur « Eadem, Sed Aliter » (c’est-à-dire « Pareil mais différent » en latin), entrecoupée progressivement par des exclamations lancées par le chanteur Mikko Aspa, un peu à la manière de Mortuus sur les derniers albums de Marduk (connu aussi sous le pseudonyme d’Arioch avec son site-project Funeral Mist signé sur le même label NoEvDia dont le dernier opus Deiform était une totale réussite). Les screams deviennent de plus en plus haineux, virulents, alors que le rythme s’accélère. L’ambiance devient faussement calme, puis les blasts beats prennent le pas derrière des leads de guitares torturés. La chanson-titre donne dans un post black meta, progressif, avec des paroles en français, et tout un tas de chœurs et divers effets (un thérémine peut-être sur la seconde moitié du morceau à moins que ce ne soit un clavier…). Le rythme mollit, puis laisse la place au quatrième et avant-dernier acte, « Sie sind gerichtet ! » (« Vous êtes jugés ! » en allemand). Malheureusement jusqu’à présent, si l’ambiance est présente, on sent comme une redite et un côté moins innovant chez nos Poitevins. Le chaos de l’enfer semble prendre place sur la fin de ce morceau, la basse justement de Khaos se fait entendre (un petit côté Necrobutcher de Mayhem) mais on ne sait pas trop où l’on va quand une petite mélodie réussit à se faire entendre à la guitare, sentiment d’une certaine plénitude trouvée. Enfin, « Our life is your death » avec son chant presque gothic, à la frontière du dark/black metal et du gothic metal, conclut ces sombres hostilités avec un riff assez entêtant, rappelant le dernier album Black House de Secrets of The Moon. À l’écoute de The Long Defeat, relativement progressif dans son approche, augure un avenir brumeux et moins singulier qu’à l’accoutumée pour Deathspell Omega. Reste à voir la suite, si suite il y a, bien sûr, prochainement. On espère que nos Français dans tous les cas ne vont pas prendre le même chemin que leurs voisins d’outre-Rhin, Secrets of The Moon ayant annoncé splitter cette année après une ultime tournée d’adieu… [Seigneur Fred]

Publicité

Publicité