EIHWAR : Hugrheim

Hugrheim - EIHWAR
EIHWAR
Hugrheim
Néo folk
Season of Mist

Deux ans à peine après un premier disque aussi improbable que fédérateur, Viking War Trance, le duo français surfe sur vague emplie de succès (en atteste la multiplication de leurs concerts en France et surtout un peu partout à l’étranger) avec Hugrheim, second offrande qui aurait pu n’être qu’une redite festive… mais qui choisit au contraire d’approfondir son rituel sonore. Plus dense, plus nuancé, parfois même introspectif, ce nouvel opus confirme qu’Eihwar n’est pas qu’une curiosité virale, mais bien une entité artistique en pleine mutation…

Dès l’ouverture avec “Nauðiz”, le ton est donné : cors, percussions tribales et nappes électros s’entrelacent dans un maelström organique. Là où leur premier essai misait sur l’impact immédiat, Hugrheim privilégie la progression, la montée en tension, presque narrative. On ne danse plus seulement — on chemine… Le duo composé par Asrunn (chant, percussion) et Mark (percussions, cris, instruments traditionnels, programmations) pousse ici plus loin son hybridation entre folk nordique et pulsations modernes. L’électronique, toujours présente, se fait moins frontale, mieux intégrée à un tissu sonore riche en instruments traditionnels (tagelharpa, percussions rituelles). Le résultat : une musique à la fois primitive et contemporaine, capable d’évoquer autant la forêt nocturne que le dancefloor païen. Et c’est ça qui transpire justement lors de leurs shows toujours plus nombreux et fédérateurs auprès d’un public hétérogène.


Plusieurs critiques soulignent d’ailleurs cette fusion réussie entre traditions nordiques et rythmiques trance modernes, créant une expérience mystique contemporaine quasi rituelle. La véritable évolution d’Eihwar se situe cependant dans l’écriture. Là où Viking War Trance brillait par son énergie brute, Hugrheim introduit une dimension émotionnelle plus marquée. “Ein” en est le point de bascule : fragile, presque mélancolique, le morceau laisse respirer les voix d’Asrunn et Mark dans une dynamique plus introspective. À l’autre extrémité, “Heill Óðinn” ou “Omenotharena” rappellent qu’Eihwar n’a rien perdu de sa puissance incantatoire, entre martèlement tribal et exaltation guerrière superbement incarné par nos deux artistes et leur accoutrement. Cette alternance constante entre tension et relâchement donne à l’album une respiration nouvelle. On observe d’ailleurs un recentrage vers davantage de mélodie et de folk, au détriment du côté purement trance du premier opus, comme si la dernière chanson « Sir Manneling » qui concluait alors superbement Viking War Trance les avait inspirés pour cette suite. Un choix qui rend l’ensemble plus accessible, mais aussi plus structuré. Musicalement, Hugrheim réussit là où beaucoup échouent : faire cohabiter l’authenticité et l’artifice. Les racines folk ne sont jamais gadgétisées, tandis que les éléments électroniques évitent le piège du kitsch. Ce fragile équilibre donne naissance à ce que certains décrivent comme une “war trance” moderne, immersive et viscérale.

Avec Hugrheim, Eihwar transforme donc l’essai. Plus qu’un simple prolongement, ce second ouvrage affirme le style Eihwar sur la scène néo folk pourtant très prisée et presque déjà saturée, derrière les maîtres Wardruna, Heilung ou les Sibériens de Nytt Land qui sortent dans le même leur dixième album ! En fin de compte, cette nouvelle offrande à Freya constitue l’aboutissement d’un travail intense de ces cinq dernières années, et reflète la volonté d’un projet artiste capable d’évoluer sans renier son ADN. Moins immédiat, mais plus riche. Moins festif, mais plus habité. Attention cependant à ne pas aller trop vite commercialement au risque de perdre la magie des débuts qui ont vu naître Eihwar sur internet et sur scène. [Nel 666]

->> Notre précédente interview de EIHWAR en 2024 à retrouver ci-après :

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