Dix-septième album pour ENSLAVED, les vétérans vikings black métalleux de Haugesund (Norvège) qui fêtent donc leur trente-cinq ans de carrière avec ce qui sera sans doute l’un de leurs meilleurs albums de l’an 2026. Ce nouvel album studio Mið constitue l’un des albums les plus aboutis des Norvégiens, une parfaite synthèse de ce qu’ils nous proposent depuis toutes ces années, puisant leurs influences dans leur propre discographie (les riffs purement black de Frost, disque culte que publia le label français Osmose Productions en 1995, y côtoient les expérimentations vocales des albums In Time ou Isa, avec de nouvelles expérimentations ethno-folkloriques avec des autochtones (comme l’Amérindien Kevin Kicking Woman). Un sans faute donc, et cette chronique ne pourra qu’être qu’un panégyrique tant il est impossible d’y déceler le moindre défaut ! [Entretien vidéo réalisé par Zoom avec Ivar Bjørnson (guitares, effets) par Seigneur Fred et Dave Asshole – Photos : DR]

Mið - ENSLAVED
ENSLAVED
Mið
Progressive black metal
Nuclear Blast

Dès les premières notes de l’introduction « Non Being », un arpège à la fois mélancolique et doux, on sait que l’on va avoir à nouveau droit à une musique de très haute volée, celle qui tutoie la perfection et ce, jusqu’à la conclusion de « I Miöju ». Huit titres pour voyager très loin en compagnie du quintette, lequel a convié un musicien sami, Johan Sara Jr, sur « I Am Ice », et donc Kevin Kicking Woman, de la tribu des Blackfoot aux Etats-Unis pour enrichir encore et encore sa musique, élargir son spectre musical sur « Spirit Helper » !

Oui, Enslaved propose toujours une musique prenante et très ambitieuse sur ce dix-septième album studio Mið, parfaitement produite par Iver Sandoy, le batteur (et choriste) du groupe depuis 2018, partant dans de multiples directions mais sans jamais perdre son auditeur ni renier son héritage extrême, mixant vocaux gutturaux et envolées claires, blasts et moments plus lourds, passages progressifs (écoutez donc les premières mesures de « Mountain » ou l’intro au piano de « Parting ») avec de superbes claviers, plus discrets toutefois ici, et déferlements de violence propres au black metal (la deuxième partie de ce même titre). C’est tout cela Enslaved : une formation scandinave qui synthétise toutes ses influences (hard rock, folk, prog’, black metal), toutes ses idées en quelques minutes et sans se poser la question du « Est-ce que cela va plaire ? » ni du format ou durée.

Tels les grands défricheurs musical du passé, Enslaved creuse encore en 2026 son propre sillon artistique sans limite abreuvé par l’impureté d’un style parfois honni mais qui ces dernières semaines nous a offert quelques œuvres magistrales comme les nouveaux disques des Allemands de Firtan Hélios, ou le dernier effort des Nippons de Sigh, Go-Kah !

Et pour ceux qui douteraient encore de la puissance d’une musique qui n’hésite pas à puiser dans les racines d’un passé lointain, « Spirit Helper » en est la preuve manifeste ! Les incantations chamaniques se mêlent aux guitares saturées et à la double pédale (merci Iver !), permettant à l’auditeur d’entrer en quasi transe !

En allant aussi loin dans la recherche musicale, dans la fusion de toutes ses idées, en refusant la facilité et surtout en ne reniant jamais ses origines, Enslaved signe là un disque essentiel, peut être l’un des plus important de cette année. C’est cela la marque des grands, des très grands ! S’inscrire dans la durée sans faire de faux pas et faire que chaque nouvelle offrande soit encore plus grandiose que la précédente ! Ajoutons y une pochette qui serait tout à fait à l’aise dans un musée et nous touchons le sublime, celui des disques rares, ceux qui marquent l’histoire ! Dans une époque où il est difficile de se retrouver dans les multiples sorties qui arrivent sur nos platines, et d’avoir des repères tout en restant dans l’avant-garde, il est bon de voir qu’Enslaved demeure une valeur sûre, une boussole musicale qui indiquera toujours la bonne direction du nord, mais aussi celle de la perfection, de l’exigence, de la maturité artistique et au final, celle qui nous marque au fer rouge ! Une acquisition indispensable à mettre au pied d’Yggdrasil, pardon, de votre sapin de Noël cet hiver. [Dave Asshole]

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