
Fondé en 1997 d’abord sous le nom de GORGASM pour devenir GOROD en 2005, le quintet français originaire de Bordeaux a gravi une à une les marches sur la scène brutal death metal technique, rencontrant davantage de succès d’ailleurs paradoxalement à l’étranger qu’en France avec des albums références tels que Neurotripsicks (Willowtip Rec./2005), Leading Vision (Willowtip Rec./2006), Process of a New Decline (Willotip Rec./2009), avant d’évoluer peu à peu vers des sonorités plus progressives et mélodiques. notamment sur le plus concis et bien accueilli The Orb en 2023. En août 2026, GOROD publie un nouveau chef d’oeuvre : The Ember Gone. Un huitième album studio qui va au-delà du death metal, et s’affranchit des barrières pour offrir un musique à la fois émotionnelle et plus personnel, à travers un metal extrême progressif de toute beauté, dans l’héritage d’un certain CYNIC, comme nous l’ont expliqué trois de ses membres ici en entretien pour METAL OBS TV. [Entretien vidéo réalisé par Zoom avec Mathieu (guitares), Nico (guitares) et Barby (basse) par Seigneur Fred et David « Asshole » – Photos : DR]

Et de huit albums studio au compteur pour nos Bordelais de GOROD, avec, tiens donc au menu, huit chansons figurant au track listing de The Ember Gone. Sûrement pas un hasard connaissant le génie de ces cinq gaillards aussi sympathiques et humbles que talentueux. Alors quel plaisir de les revoir déjà récidiver, trois après The Orb, album qui avait permis au quintet français, plus connu et coté à l’international que dans son propre pays, de revenir assez rapidement sur le devant de la scène « death metal technique » au sortir de la pandémie. Si cette dernière période fut stérile en termes de créativité pour son principal compositeur et cerveau Mathieu Pascal, il n’en est plus rien aujourd’hui, le syndrome de la page blanche étant déjà loin derrière lui, un mal pour un bien en quelque sorte… Et on sent bien aujourd’hui de nouveau tout le génie créatif de GOROD et son chef d’orchestre (et producteur dans son home studio en Gironde) à l’écoute de cette huitième merveille qui, à n’en pas douter, attirera un nouveau public, car en 2026, GOROD est bien plus qu’un groupe de brutal death metal technique. On pourrait presque le qualifier de metal extrême progressif, quelque part entre IHSAHN et CYNIC dans la démarche artistique, la mue étant faite depuis quelques années.
C’est la plage « Signs » qui ouvre The Ember Gone, et passés ces quelques notes de claviers tubulaires à la Mike Oldfield (L’Exorciste), place aux guitares qui viennent gentiment tricoter entre elles, avec des harmonies qui nous chatouillent déjà les esgourdes, rendant fou et jaloux n’importe quel débutant à la guitare électrique… On ressent là le travail appliqué mais aussi la grande complicité entre nos deux compères, Mathieu Pascal, et Nicolas Alberny (Aldebert/Helldebert (live), Kronos (live)), aussi bien à l’aise sur 6 ou 7 cordes… Survient « Devise », un second morceau un poil plus formaté dans sa structure, sur un mid-tempo paraissant simple mais bien finalement plus complexe et subtil qu’on pourrait le croire, Karol Diers accomplissant encore une fois un boulot de dingue derrière ses fûts. Il y a du groove et de la technique, un peu comme si Gene Hoglan ou Paul Bostaph avait fusionné avec un Dave Lombardo. Côté chant, le Toulousain Julien « Nutz » Deyres sait varier davantage son organe, n’évoluant pas toujours que dans les growls. Et c’est lui qui a écrit ses textes avec une grande sensibilité et intelligence. Eh oui, que voulez-vous, le death metal n’est pas que sauvagerie et froideur ! En témoigne le single poignant « Forgiveness » et son vidéo clip tourné en deux jours avec les enfants de certains membres du groupe pour un résultat plein simple mais empli d’émotions.
Un constat est clair : aujourd’hui, GOROD se moque des formats (la durée des morceaux dépassant souvent les 4-5 minutes). Fonctionnant en autoproduction depuis déjà quelques temps, il explose les barrières, dépasse les frontières du simple death metal technique, tout en s’affranchissant des codes (il n’y a qu’à voir le très beau vidéo clip touchant du single « Forgiveness » qui touche les consciences et interroge sur l’héritage que l’on va laisser à nos descendants à l’époque actuelle, à l’heure où notre Terre souffre et que l’espèce humaine fonce droit dans le mur, sans respecter son environnement). Et cette chanson allie à la fois émotion, technicité, évolution, on baigne entre un metal plus mélancolique et une fusion progressive où la technique sert les émotions. On le savait déjà que GOROD était capable de belle chose (souvenez-vous de l’EP Transcendance en 2011 !), mais là c’est encore plus flagrant. Et c’est ça qui est bien chez GOROD, leur patte est immédiatement reconnaissable entre mille, servi par une production sonore aux petits oignons, avec son lot d’innovations et d’évolutions. Et il faut reconnaitre qu’ils arrivent à synthétiser ici l’ensemble de leurs talents, même si certains passages plus noirs ou agressifs reviennent au galop, pour nous rappeler à notre grand plaisir que ses membres ont grandi à l’écoute des piliers du death metal américain (DEATH, NOCTURNUS, CYNIC, etc.). Un exemple comme « Regret » qui varie les plaisirs constitue une pure merveille au milieu de l’album. Par moment les choses s’affolent, comme le métronome, et Julien growle comme pas possible, puis on a droit à un break entre jazz et metal prog’. Un délice. Les atmosphères ont été aussi privilégiées, dans leur espace, leur développement, à l’instar du superbe « Crimson » (un clin d’œil à CRIMSON GLORY peut-être ici ?). Il s’agit là d’une plage instrumentale avec un toucher de guitares et de contre-temps à faire pâlir les frères Duplantier de leurs voisins landais…
Puis « Ignite » nous renvoient à nos démons avec des éructations signées Julien, avec un riff simple, toujours ce toucher de guitare, entre gros accords et toucher plus subtil. Un solo de guitare à la David Gilmour (PINK FLOYD) vient alors adoucir les mœurs pour ce qui n’est plus toujours du pur death metal. Car en 2026, GOROD est bien plus que ça finalement, même si dans la minute qui suit, on repart sur un death metal groovy sous fond de growls. C’est un peu la thèse, puis l’antithèse, et enfin la synthèse. Nos musiciens aiment brouiller les cartes, et nous emmener dans leur odyssée musicale où très nettement la mélodie, l’émotion, sont le leitmotiv de l’album. D’ailleurs « Ember » constitue une autre plage instrumentale en lien avec le titre de l’album, avant d’aboutir sur l’ultime « Remains », clou final de ce huitième album. Une dernière chanson où Julien nuance sa voix, où une multitude de choses se passent aux guitares, une basse (on ne l’a pas dit avant) qui groove et que l’on entend grâce à la présence et au toucher de Barby, et toujours cette batterie versatile assurée par Karol, impérial.
GOROD frappe donc très fort avec The Ember Gone, et place la barre très haut. La concurrence, notamment étrangère, peut trembler, dans l’héritage d’un CYNIC au meilleur de son inspiration. Cependant, attention à pas aller si haut et se brûler les ailes car comment faire encore plus fort la prochaine fois ? Pour ça, on fait confiance à notre ami Mathieu, si humble en entretien face à son génie, quand il parle de son travail énorme à tous les niveaux (composition, interprétation, production sonore). Mais pour vraiment apprécier tout cela, il convient d’aller voir GOROD en concert où ça devient alors totalement magique ! En plus, ils tournent à la rentrée de septembre en Europe avec les excellents Américains ALLEGAEON, l’affiche est donc plus qu’alléchante !! Et croyez-nous, vous ressortirez avec une banane comme ça aussi grande que le manche de la basse de Barby, à coup sûr ! Alors tentez l’expérience GOROD avec The Ember Gone avant que notre monde s’écroule et qu’il ne soit trop tard !! [Seigneur Fred]


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