D’ores et déjà programmé à l’affiche de notre Hellfest national le jour du solstice d’été cette année, soit le 21 juin 2025, c’est pourtant bien dans la mélancolie glaçante de l’hiver du côté de Krasnoyarsk en Sibérie orientale que la mystérieuse formation russe puisse sa principale source d’inspiration. Mené depuis 2014 par le duo Morbius (guitare, basse)/Vilhelm (guitares, chant, claviers), le désormais quatuor n’en est pas à son premier coup d’essai depuis les steppes et forêts de la Sibérie orientale car Nightside constitue déjà son sixième méfait. Pour ceux qui ne connaîtraient pas ces musiciens d’une authenticité naturelle cachés cependant derrière ces masques de tronc d’arbres, leur racines proviennent du black metal scandinave, entre les albums les plus mélancoliques de Kampfar, Darkthrone (Ravishing Grimness), parfois un peu d’Immortal et de Burzum, mais avec une patte slave personnelle, et un univers bien à eux. C’est un peu comme si les Ents tirés de l’univers de J.R.R. Tolkien jouaient du black metal emprunt de folklore local slave (avec ces airs d’accordéon bayan parfaitement intégrées aux mélodies de guitares). Il n’y a qu’à écouter le poignant « Flight Of Silver Storm » ou le single « Skull Gatherers » pour en témoigner, où figure l’accordéoniste Sergey Pastukh.
Si les intros sont réussies et contribuent clairement à l’ambiance générale de l’album, on est globalement ici sur un rythme mid-tempo, naviguant entre sentiments de colère et de tristesse, souvent contemplative, et les paysages sibériens collant parfaitement à la musique de Grima, les deux fonctionnant ensemble et nourrissant ce black metal assez particulier. Si le chant de Vilhelm est bien composé de screams glaçants et résonnants à travers les forêts enneigés de Sibérie (malgré le réchauffement climatique), néanmoins on est parfois plus proche d’un dark/doom metal dans son évolution et sa mélancolie que d’un black metal pagan pur et dur (« Where We Are Lost », « Mist And Fog »). L’approche artistique très en phase avec la nature pourra rappeler par moment l’excellent premier album Fran Marder (Necropolis Rec./1995) du défunt one man band suédois Arckanum (projet de Shamaatae). Les influences s’entremêlent donc, bien sûr, et le côté hypnotique des riffs de guitares et des rythmes rendent d’autant plus leur black atmosphérique riche en émotions, même si une certaine lassitude peut apparaître parfois. C’est là le seul bémol peut-être pour ceux qui rechercheront quelque chose de direct mais ne faisons pas la fine bouche en ces temps difficiles déjà pour les artistes slaves. Ce n’est pas le but ici, même si sur la chanson-titre, ça blaste pas mal. Au final, à l’écoute de Nightside, on se dit que Grima a peaufiné son art et travaillé le moindre riff de guitare, le son clair de ses arpèges, et chaque arrangement sans trop en faire non plus. Le quatuor russe sort là probablement son œuvre la plus aboutie et personnelle, après l’album plus faiblard Frosbitten paru en 2022. [Seigneur Fred]
->> Interview de Vilhelm/GRIMA à venir très prochainement !
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