IOMMI : From The Dark

From The Dark - IOMMI
IOMMI
From The Dark
Heavy/doom metal
BMG

Papy Iommi ferait-il de la résistance ? Âgé de soixante-dix huit ans, le guitariste britannique et co-fondateur de BLACK SABBATH, dernier membre permanent historique de cette légende qui inventa le heavy metal quasiment à lui seul en 1968 revient en octobre 2026 avec un troisième album solo au titre guère réjouissant : From The Dark. Enfin, on pourrait dire même qu’il s’agit de son quatrième album solo si l’on inclut celui enregistré en 1996 en collaboration avec Glenn Hugues (ex-DEEP PURPLE) et paru en 2005 : The 1996 DEP Sessions. A vous de voir !

Si aujourd’hui Ozzy (R.I.P.) n’est plus, Tony, lui, l’est encore bel et bien vivant ! Le maître impressionne encore aujourd’hui. Comprenant seulement huit morceaux tous d’excellente facture, cette nouvelle offrande du Britannique en impose encore et mérite franchement le respect. From The Dark s’ouvre par un excellent riff déjà entendu étrangement quelque part (SLAYER) mais avec une réverb et un gros effet de pédale chorus (voire flancher)… Il s’agit du single « Over The Violent Sun ». Drôle de surprise : ce riff nous rappelle en fait l’intro « Delusions of Saviour » du dernier SLAYER, Repentless, juste en plus lent et moins nerveux. Normal, on n’est pas dans le thrash metal ici, mais bien le heavy/doom à papy Tony ! Arrive alors le chant suave au timbre délicieusement éraillé du chanteur norvégien de Jørn Lande (JORN, PENTAKILL, ex-MASTERPLAN, ex-ARK, etc.). Et là on se dit : « Ouahou !! » Cela va être grandiose quand deux ténors du metal de ces dernières décennies unissent leur talent respectif pour une telle galette de heavy/doom !

Inutile d’inviter pléthores d’invités comme sur le premier album éponyme culte de Iommi où se succédaient Henri Rollins, Phil Anselmo, Billy Corgan, Billy Idole, Bob Marlette, Brian May, Dave Grohl, Skin, etc. Si ce disque était excellent, il sonnait davantage comme une œuvre marketing de grande classe, mais qui reposait essentiellement sur les invités de marque alors présents et occultait les riffs de génie du légendaire guitariste de BLACK SABBATH. En 2026, on est davantage dans la simplicité, comme sur « Black Times », un titre classique de heavy/doom metal qui aurai pu inspirer CANDLEMASS à ses tous débuts dans les années 1980 pour son doom lyrique… Arrive ensuite le premier single découvert il y a déjà plusieurs mois avec son concept lyrique dystopique : « World Alone ». Son vidéo clip semble inspiré de jeu vidéo en réalité virtuelle façon Le Fils de l’Homme…

Puis « Beyond The Dead » vient alors nous glacer l’atmosphère. Un titre heavy et lent, à l’ambiance sombre et pesante très réussi, très subtil aussi, notamment dans ses arrangements, et ce riff entêtant. Le rythme est lancinant. La voix de Lande est captivante, totalement habitée, sans trop en faire. Du grand art heavy et doomy par excellence Génial ! Le single « Stormwatcher » se veut plus quant à lui plus classique et évident. Il nous rappelle les derniers CANDLEMASS et son dernier EP depuis le retour du chanteur historique Johan Langquist (en interview ici pour l’EP Black Star en 2025).

« Death Wake » avec son intro bien heavy appuyée par de magnifiques orchestrations et un break plus léger nous entraîne dans un monde entre vie et mort. L’atmosphère est onirique, on ne sait pas trop et erre comme un mort-vivant dans un purgatoire infini. La guitare de Iommi se veut tour à tour légère, subtile, puis très heavy, avec toujours des orchestrations de grande classe sans trop en faire une fois de plus, toute en retenue. On ne tombe pas dans le metal symphonique pour autant. La voix du chanteur norvégien est superbe, déchirante même à la fin, alors que l’ex-BLACK SABBATH lance un solo furtif. Une montée en puissance où les ténèbres se déchainent avant un certain apaisement sous forme d’arpèges et une voix plus feutrée de Lande. Magnifique. Juste après, comme pour nous réveiller de « Death Wake » au sens propre comme au figuré, « Return Of The Arbalist » avec son up tempo nous surprend, nous ravive, nous extirpant de notre torpeur. Un refrain catchy avec toujours des riffs simples et catchy mais tout simplement énormes ! Un côté plus hard rock sur la fin, ça groove, et même un solo de Papy Iommi !!

Arrive enfin « Legacy », un morceau tout simplement énorme qui aurait pu sortir sous le nom de BLACK SABBATH, avec son riff énorme, posé, et ses variations. Encore une fois, Lande fait un sacré boulot au micro alors qui Iommi dessine les contours d’un heavy/doom unique et impérial au style légendaire. Avant la fin, une guitare classique apaise un peu ce metal toujours aussi bon et heavy. Mais bon dieu, comment à son âge peut-il encore accoucher de tels riffs et être aussi inspiré ? Bien sûr, c’est du classique, mais ô combien efficace ! Maintes fois copié mais jamais égalé, Tony Iommi signe là un chef d’oeuvre, vingt-et-un ans après Fused. Et les jeunes feraient bien d’en prendre de la graine, même si le stoner/doom metal revient pas mal en force ces derniers temps, et ce, sous différentes facettes (MESSA, WITCHORIOUS, etc.). Nul doute que Iommi laissera justement avec « Legacy » et plus globalement avec From The Dark un bel héritage aux nouvelles générations pour perpétuer cette musique. Bravo Tony ! Ton humilité n’a d’égal que ton talent. [Seigneur Fred]

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