Arcani - TEMPERANCE
TEMPERANCE
Arcani
Power metal
Napalm Records

Après avoir exploré l’univers narratif japonais avec Hermitage: Daruma’s Eyes Pt. 2 en 2023, Temperance, le combo de power metal symphonique italien (et désormais international du fait de l’arrivée de sa chanteuse américaine) née en 2013 des cendres de Secret Sphere, revient avec une œuvre conceptuelle particulièrement captivante et intéressante, Arcani. Celle-ci est entièrement structurée autour de la pratique divinatoire du Tarot (à ne pas confondre avec le groupe finnois du même nom de notre ami Marko Hietala et son frère). Petite précision qui a son importance : on retrouve au sein du line-up de Temperance un certain Michele Guaitoli, chanteur italien de qui vous savez ? Vous ne voyez pas ? Eh bien Visions of Atlantis ! Et enfin, au micro également, figure depuis 2023 l’impressionnante chanteuse américaine Kristin Starkey (vivant en Europe, en Suède plus exactement pour la petite histoire…).

La distribution étant faite côté casting, penchons-nous sur le jeu de cartes proposé ici. Entre nos mains, treize morceaux correspondant chacun directement à une carte spécifique des arcanes majeurs du jeu du tarot. Ce fil conducteur permet au combo d’alterner les ambiances musicales en fonction du symbolisme de chaque carte, passant de la noirceur à la lumière avec une fluidité déconcertante. Il faut dire que depuis l’arrivée de Kristin Starkey, New Yorkaise de son état, qui a d’ailleurs écrit l’intégralité des paroles de cet opus, on constate que l’orientation musicale de la formation a évolué d’ailleurs de manière radicale vers un style cinématographique, opératique et théâtral des plus efficaces ! Une vraie révolution, le style étant nettement plus symphonique, lyrique et progressif à présent, peut-être aussi plus accessible. Cette mutation s’est amorcée sur le très réussi Hermitage: Daruma’s Eyes Pt. 2 paru en 2023. Précisons que la chanteuse évoluait auparavant dans le milieu de l’opéra à mille lieues du metal et c’est justement ce qui semble être à l’origine de cette véritable mutation artistique alliée aux deux autres chanteurs que sont Marco Pastorino (chant/guitare) et donc Michele Guaitoli (chant, claviers, bien connu des fans français et internationaux de VOA !!!). Cela donne un impressionnant patchwork à trois voix qui leur permet de se démarquer du reste des nombreuses formations metal symphonique.

Et cette fois-ci l’implication de Kristin Starkey (Twilight Force) est nettement plus marquée et fédératrice. Il suffit d’écouter les deux singles majeurs “The Devil: Sin, Sin, Sin“ & “Death: Right Before We Die“ qui d’ailleurs s’inspirent d’une expérience vécue par les membres du groupe en tournée pour comprendre immédiatement que Temperance ruissèle de talent. Alors qu’ils dînaient à Tallinn, en Estonie, durant la « Sabaton Cruise 2024 », le restaurant où ils se trouvaient prit feu. Ce jour-là même, le guitariste Marco Pastorino a composé la mélodie principale de ce morceau mid-tempo empreint d’émotion, qui se distingue également par une interprétation vocale intense. Malgré son sujet funeste (La Mort), le morceau brille par des ruptures de rythme intelligentes, explorant la fatalité mais aussi le renouveau avec une section rythmique explosive signée Marco Sacchetto (batterie) et Luca Negro (basse).

“The Devil: Sin, Sin, Sin“, quant à lui sorti en juillet 2026, incarne la quinzième carte du Tarot. Il s’impose immédiatement comme un hymne metal. L’ambiance y est plus sombre et dramatique, portée par un refrain d’une efficacité redoutable conçu pour le live. Le tout nouveau single “The Tower: Lean Into Fear“ est d’emblée très accrocheur, doté d’un refrain très catchy et d’un solo très mélodique. Musicalement, le titre s’éloigne des structures purement symphoniques et nous propose un hard rock/heavy plutôt mainstream, porté par des riffs particulièrement incisifs. C’est la puissance vocale de Kristin Starkey qui domine la composition, dévoilant un registre vocal rugissant et féroce procurant au morceau un aspect très « punchy » qui vous trotte dans la tête toute la journée durant…

Le morceau se focalise sur la carte de La Maison Dieu (« The Tower »), la Tour est l’une des cartes les plus redoutées car elle symbolise des bouleversements majeurs et les épreuves. Le clip met en scène visuellement cette idée qu’il faut parfois accepter la douleur, affronter ses cicatrices et “plonger dans la peur“ (« lean into fearé ») afin de révéler la meilleure version de soi-même. Et que dire du single « The Fool » avec son refrain catchy ? Un carton plein jusque là !

On pourrait citer comme autre chanson “Alla Ricerca dell’America“ qui s’annonce comme l’une des curiosités de la galette. Le combo américano-européen y intègre des paroles en italien ainsi qu’une ligne chantée en suédois (un clin d’œil à la terre d’adoption de Kristin Starkey). Cela donne au final un morceau qui musicalement s’oriente vers des structures très opératiques et théâtrales. Kristin y démontre ces capacités de véritable chanteuse d’opéra chantant comme une cantatrice mais pas que. Ce mix surprend mais se révèle très charmeur et vous envoute en quelques mesures sans jamais vous laisser de répit, elle apporte ce renouveau nécessaire (Temperance existe depuis 2013 pour rappel !) grâce à des techniques et des harmonies issues de la musique classique ! Et puis il y a aussi “Wheel of Fortune : Come and Call M’“ qui, introduit par des sonorités électroniques modernes, bascule rapidement dans un power metal ultra-rapide et agressif où Kristin est encore impressionnante une fois de plus, développant des capacités surréalistes. Décidément, après les Ricains de Seven Spires et son incroyable chanteuse Adrienne Cowan (interview 2026 ici), le metal symphonique révèle des cantatrices plus talentueuses les unes que les autres, alors que l’hégémonie des Epica et Nightwish tend peu à peu à reculer sur la planète sympho metal…

Enfin, “The Hanged Man : Petrichor “ est une pièce progressive remarquable qui démarre sur de délicates guitares acoustiques avant de muter en un déluge heavy et lyrique, démontrant toute l’étendue technique des musiciens transalpins. Plus de six minutes intenses avec des breaks très bien pensés qui donnent à l’ensemble une belle dynamique. “The World“ vient alors clore l’œuvre de façon magistrale, une pièce acoustique voix/guitare majestueuse dominée par le timbre apaise On achève l’écoute d’Arcani dans une forme de sérénité relaxante : une belle réussite tout en douceur. s’annonce déjà comme bien plus qu’un simple concept album sur le Tarot ; c’est le manifeste d’un groupe en pleine possession de ses moyens, capable de transformer de réelles frayeurs vécues en hymnes à la vie, et de faire dialoguer des orchestrations dantesques avec des refrains via des chœurs dantesques d’une efficacité redoutable.

Une évidence s’impose : Temperance n’a jamais été aussi fort, aussi soudé et aussi sûr de son art qu’avec Arcani. Loin de se reposer sur les acquis de sa formule unique à trois voix lead, la bande menée par Marco Pastorino a choisi de prendre des risques et de les assumer. En confiant l’intégralité des textes à la puissance créative de Kristin Starkey et en allant chercher un son le plus massif et le plus immersif de sa carrière auprès de Simone Mularoni, la formation italo-américaine prouve qu’elle a toutes les cartes en main pour redéfinir les standards du metal symphonique moderne en 2026. [Pascal « Gambit » Beaumont]

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