Second ouvrage des des Danois de Iotunn, ce Kinship démarre fort avec un premier titre de quatorze minutes (« Kinship Elegiac ») ! Jón Aldará nous berce d’une voix douce et mélancolique sur une des riffs reposés. Au fur et à mesure que les minutes passent, cette chanson semble davantage prendre forme. La voix stratosphérique de son chanteur atteint des sommets sans la moindre difficulté, tout en ayant la faculté de changer de nuances à volonté. L’orchestration se veut comme un subtil mélange entre le doom, le black et le heavy metal. Cet entrechoc musical, parfois étrange entre une batterie virulente, une guitare virtuose et un chant lyrique aérien de toute beauté, constitue une expérience musicale intemporelle qui prend véritablement ses auditeurs aux tripes. « Mistland », seconde plage de l’album, reste tout aussi exploratoire et multi compartimentale que la précédente. Au-delà de sa sublime ouverture, elle devient l’une des chansons les plus marquantes de Kinship grâces à des passages vocaux encore une fois triomphants, quelque part entre la voix claire de Björn « Speed » Strid (Soilwork, The Night Flight Orchestra…) et Einar Solberg (Leprous), le tout soutenu par instrumentation déchaînée. Enfin, une séquence de solo de guitare prolongée parachève le tout. Plus orienté black/death mélodique, et moins prog’ que le morceau d’ouverture, « Mistland » surfe toutefois sur la vague d’un metal expérimental et progressif.
En revanche, « Twilight » jouit d’une grandiloquence musicale plus prononcée notamment grâce à une séquence d’introduction assez épique. Les paroles narrées viennent délicatement se poser sur une entame vive et entraînante. Ce paradoxe continuel du calme et de la tempête se poursuivra tout au long de l’album. « I Feel the Night » constitue une sorte d’écho du morceau d’ouverture (« Kinship Elegiac ») mais en plus concis de par sa durée. On y retrouve en effet tous les éléments qui font le charme du début de l’album, et c’est à se demander si le quintet scandinave ne commence pas se répéter légèrement. Un constat dommageable, certes, mais qui à ce stade de l’écoute n’entache pas l’expérience musicale procurée par Kinship. Petit intermède acoustique, « Iridescent Way » souffle un vent de tranquillité mélancolique et solitaire comme un froid brûlant.
L’album s’achève tel qu’il a débuté avec un titre d’une durée étendue cette fois-ci à onze minutes. Toutefois, contrairement à son homologue en ouverture, « The Aguished Ethereal » tire trop en longueur… Le morceau peine à démarrer franchement et lorsque le rythme de croisière semble atteint la composition demeure plate et s’éteint dans l’indifférence nous laissant sur un final quelque peu décevant face à une playlist qui avait très bien débutée. Loin d’être une déception totale, Kinship est une nef musicale qui oscille entre les genres et surfe sur la vague de la puissance (musicale, vocale) lorsque celle-ci est bienvenue. L’originalité percutante de Iotunn et de sa musique réside dans sa puissance lyrique et l’atmosphère mélancolique, voire onirique, à nous emmener loin, mais parfois au risque de nous perdre. [Louise Guillon]
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