KLONE : Contrat (amplement) rempli !

Le groupe poitevin a mis fin à sa collaboration avec le label de Robin Staps (The Ocean), Pelagic Records, en sortant en novembre 2024 The Unseen, album/compilation réunissant d’anciens morceaux restés dans les tiroirs. Un choix artistique et commercial cependant complètement assumé et bien loin du simple exercice de remplissage, puisque ce nouveau disque de Klone est encore une fois très bon ! Décidément, nos artistes français ont vraiment du talent à revendre… [Entretien intégral avec Guillaume Bernard (guitare) par Norman « Sargento » Garcia – Photos : Benjamin Delacoux]

Votre nouveau disque est sorti depuis plus de deux mois maintenant, et je vais commencer par la question qui fâche : The Unseen étant un album de fin de contrat avec Pelagic Records, celui-ci peut être considéré (à tort !) comme un album de remplissage voire de moindre qualité. Alors dans quel état d’esprit étiez-vous au moment de vous retrouver pour le composer, sachant que certains morceaux ont été écrits il y a un certain temps déjà ?!
On était dans un état d’esprit de joie de pouvoir honorer notre contrat et de respecter la deadline qui nous était imposée, et oui effectivement la plupart des morceaux dataient un petit peu, et on avait déjà prémâché le boulot au niveau des instrus, on a donc surtout travaillé tout ce qui est arrangements, voix, lignes de basse… Le socle des compos était déjà bien avancé, ce qui nous a permis de nous y mettre bien à fond, pendant trois, quatre mois quand même, de novembre 2023, jusqu’en janvier-février 2024, le but étant de terminer avant notre tournée au Mexique. Et à notre retour on s’est pris quelques jours pour fignoler au max les morceaux. Il était important que cela sorte dans de bonnes conditions et que l’on soit surtout content du résultat.

Oui, les fans vont s’y retrouver quand même, mais on est tout de même plus proche du Grand Voyage dans le contenu que de votre dernier album en date Meanwhile, non ?
Oui c’était un choix assumé, ce sont juste des morceaux qu’on n’avait pas eu le temps de terminer, certains auraient même pu sortir avant Le Grand Voyage, même en 2015. « Spring », qui clôture le disque aurait même pu figurer sur Here Comes The Sun tu vois, mais on n’avait pas eu le temps de faire les voix à l’époque.

Mais du coup il vous reste encore d’autres morceaux en stock, et à quoi peut-on s’attendre pour la suite ? Va-t’on être plutôt dans la lignée de Meanwhile ou bien dans la veine du petit dernier, ce qui met un peu le doute en fait ?
Oh ! Tu sais, j’en ai toujours plein des morceaux qui ne sont pas finis ! Et ça concerne tous nos albums. Pour la suite ce seront effectivement des choses plus récentes. Il faut dire que pendant le Covid et la conception de Meanwhile, j’ai eu le temps de travailler sur plein de trucs qui étaient en chantier, pas terminés, j’ai donc encore un tas de morceaux plus métal mais aussi d’autres plus atmosphériques dans les arpèges de guitares, etc., Je m’attaque donc en ce moment à ce chantier de ces sessions qui étaient en cours et vraiment pas terminées. On procède en fait souvent comme ça pour chaque disque. Je n’aime pas non plus me mettre sur quinze mille morceaux en même temps, donc j’avance des fois sur plein de petits bouts qui ne sont pas finis, puis à un moment je me réécoute tout ça, je fais du tri, s’il y a des trucs que je n’aime pas je les vire. En général je garde des trucs que j’avais bien aimés, donc quand je les retrouve, je me dis « tiens c’était plutôt pas mal ça », et j’essaie d’aller au bout pour le finaliser du mieux possible.

Quand je t’écoute répondre à la question précédente, ça donne l’impression que tu es le « maître à bord » de Klone, ou en tout cas le principal compositeur. Est-ce vraiment le cas ?
Non, je ne ferme pas la porte aux compositions, tu vois ça m’arrive d’attendre des propositions des autres membres du groupe, mais je trouve parfois le temps trop long (rires). Yann participe également au processus de composition, il y a toujours au moins une composition émanant de lui sur nos albums, « Sealed » sur Le Grand Voyage, « Neboulous » sur Here Ccmes the Sun qui est l’un des morceaux que les gens préfèrent, des morceaux très cool donc. Sur Meanwhile, Aldrick avait fait une compo, Enzo est aussi est capable de proposer des choses. Les gars savent de toute façon que c’est ouvert, si tu prends par exemple la période de Black Days, il y avait une moitié de morceaux qui était à moi, et l’autre moitié de notre ancien guitariste Michaël. Bon aussi nos situations géographiques font que l’on ne répète plus et que l’on ne se voit plus aussi souvent qu’autrefois. Alors j’avance en solo, vais aussi faire des sessions avec un batteur pour avancer sur des parties, je dégrossis un max. Après c’est aussi une histoire de gain de temps, car j’aime bien avancer et proposer quelque chose de solide sur lequel il n’y a plus grand-chose à faire. Je parle bien de l’ossature du morceau là, car il y a bien sûr toujours plein de trucs à faire au niveau des arrangements… De plus en plus, c’est moi qui fais le plus de morceaux à la maison, c’était déjà le cas pour le dernier The Unseen justement, j’avais déjà toutes les sessions quasiment bouclées, comme ça on avance… Après je revois tous les gars du groupe en séparé, par exemple pour les parties de basse, idem pour les parties de saxo où il y a un gros travail sur les arrangements effectués par Mathieu où il fait ce qu’il veut, me propose des choses, que l’on réorganise si besoin. C’est pareil pour Étienne qui propose plein de choses de son côté, et après ce sont des petits tours de passe-passe pour fignoler les morceaux. J’aime bien qu’on m’envoie des choses auxquelles je n’aurais jamais pensées et qui, du coup, donnent une réelle plus-value aux morceaux. Le but est vraiment d’avoir des chansons les plus cool possible et qui plaisent à tout le groupe. En tout cas je ne fais jamais de forcing pour imposer un morceau.

Abordons un autre sujet si tu veux bien, je pense que l’on peut qualifier votre musique de « musique intelligente » mais qui va à contre-courant de styles plus mainstream ou fun, donc pas forcément abordable ou attirante pour un public plus jeune. Comment faire du coup pour capter ce public plus jeune, as-tu déjà observé ce phénomène et comme moi as-tu le sentiment d’être passé à côté de plein de choses géniales lors de ta jeunesse ?
Effectivement je pense qu’à une époque je n’aurais pas été ouvert à ce style de musique (Ndlr : le rock/metal progressif), mais ça ne m’a pas empêché par la suite de découvrir des groupes comme Anathema par exemple, sachant aussi que j’ai aussi, en plus du gros metal, une culture rock avec tous ces trucs comme Alice in Chains ou Pearl Jam. Klone a toujours été un groupe rock au sens large, même si certains morceaux sont effectivement longs pour le côté progressif, mais grosso modo ça a toujours été ce mélange de tous ces trucs que j’écoutais quand j’étais ado, mais pour autant à cette période j’étais déjà assez pointilleux et n’ai pas vraiment trop aimé toute cette mouvance à la Korn à l’époque, j’étais plutôt fan des trucs comme Sepultura, Pantera. Autant je pouvais écouter du rock autant la scène néo metal, un peu fusion, ne m’attirait pas. D’ailleurs avec mon guitariste de l’époque, dès qu’il me sortait un riff à la Korn, j’étais là à me dire « ouais mais non » (rires) ? Ce n’était pas trop mon délire et ça ne m’a marqué comme plein de gens qui sont d’ailleurs en ce moment en plein mode revival. Tu vois, Linkin Park, par exemple, c’est clairement pas un truc qui m’a touché. Même par rapport à du Nirvana que j’ai retourné de fond en comble… Pour revenir à ta question, on joue devant un public plutôt autour des trente-cinq ans et plus. Aucun jeune à mon sens ne lit les magazines, un format que l’on retrouve pour notre scène et notre promo, même sur le net d’ailleurs, et en discutant avec des You Tubeurs on se rend compte que ce sont ces chaînes Youtube qui parlent le plus aux jeunes. D’ailleurs, j’ai cet exemple de personnes qui nous ont découvert à travers l’émission « Les triomphes du metal » et qui sinon n’avaient jamais entendu parler de nous ! C’est donc un truc auquel je réfléchis en ce moment, d’une part parce qu’on se rend compte qu’à nos concerts il n’y a pas de jeunes, et qu’à un moment il va falloir qu’on s’ouvre à des médias qui vont au moins offrir la possibilité à un nouveau public de nous découvrir, puis nous aimer, ou pas. C’est un peu mon objectif ces prochains mois : essayer d’ouvrir notre réseau de promotion à autre chose, sinon on risque de se retrouver coincés. Jouer aussi avec des groupes qui attirent un public plus jeune peut être également une solution.

Ça fait maintenant une bonne vingtaine d’années que Klone existe, alors si tu devais dégager quelque chose de particulier sur votre carrière, ce serait quoi ?
On a déjà fait beaucoup de concerts dans pas mal de pays du monde, c’est déjà vraiment cool, on a aussi réussi à choper des labels étrangers comme Kscope qui n’avait aucun groupe français dans leur catalogue, et je pense qu’on a eu une reconnaissance assez chouette pour notre style de musique. Les quasiment dix mille ventes du Grand Voyage sont aussi une satisfaction en termes de ventes physiques, à un moment où les disques ne se vendent plus trop. Cela aurait été il y a 20 ans, on aurait peut-être fait de plus beaux scores, qui sait ? Mais je suis plutôt content  de tout ce qui s’est passé, d’être toujours là et d’avoir sorti plus de dix disques. On n’avait pas au début cet objectif d’aller aussi loin et de faire tout ça, donc ça reste une satisfaction. Tu vois, je suis intermittent du spectacle depuis 2013, et grâce à Klone, en partie, depuis trois ou quatre ans, je m’aperçois qu’en discutant avec d’autres groupes, on n’est pas si nombreux à vivre que sur un seul projet, donc c’est plutôt chouette !

Pour terminer sur cet aspect de votre carrière, imagine que ta maison brûle et que tu ne puisses sauver qu’un seul objet appartenant à la discographie de Klone, lequel choisirais-tu ?
Je dirais Le Grand Voyage,parce que j’aime bien l’ambiance qui se dégage du disque, son artwork aussi, certains de mes morceaux préférés y figurent aussi. Bon, dans l’histoire, j’aurais bien voulu quand même sauver d’autres vinyles pendant cet incendie ! (sourires) Tiens, ça m’est déjà arrivé aussi de réécouter des vieux disques de Klone pour écouter ça avec une oreille d’aujourd’hui, avec du recul, pour voir comment ça a vieilli quand je décide de m’attaquer à un nouvel album.

The Unseen est sorti depuis plusieurs semaines, quels retours avez-vous eu depuis ?
Ils sont plutôt très bons, la plupart des chroniques sont cool, même à l’étranger où je crois qu’on est arrivé en 20ᵉ position dans les tops ventes rock metal la semaine de la sortie du disque. Les gens sont aussi plutôt agréablement surpris pour un disque se disant de fin de contrat. On ne s’est d’ailleurs jamais caché de dire d’où venaient ces « nouveaux » morceaux. Le label aurait sûrement préféré qu’on ne parle pas de tout ça mais moi j’estime qu’il faut toujours être franc avec le public. Il était de toute façon hors de question de sortir un album dont on ne soit pas fier. Et finalement je pense qu’il n’y a pas de date de péremption pour un morceau, peu importe quand il a été composé !

Pour terminer, que penses-tu de l’exposition dont a bénéficié Gojira lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024 ?
Eh bien, tu vois c’était la première fois que je regardais ce type d’évènement, et j’ai trouvé ça vraiment cool ! Et surtout le fait qu’ils soient respectueux d’eux-mêmes en jouant la musique qu’ils font habituellement, et en ne proposant pas un truc pour se vendre et passe-partout. Et puis ça a permis je pense d’atteindre des nouveaux objectifs en termes de carrière qui sont plutôt chouettes, je suis vraiment content pour eux. Autant Ultra Vomit qui jouait devant Macron je trouvais ça moyen, autant les JO leur ont permis de jouer devant le plus de monde possible et de ne pas rester cloisonné à jouer tout le temps devant les mêmes personnes, avec cette possibilité de rendre audible cette musique auprès de millions d’auditeurs !


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