MALEPESTE : Ex Nihilo

Quintet de black metal lyonnais fondé en 2010, MALEPESTE publie en novembre 2025 son troisième album, Ex Nihilo, chez Les Acteurs de l’Ombre Productions. Petit rappel des faits : après une démo en 2011 et un premier LP, Dereliction (2013), la formation française s’impose avec un style abrasif : tempos lents, arpèges dissonants, chant incantatoire et une esthétique scénique brute. Leur second LP, Deliquescent Exaltation (2015), voit l’arrivée d’Herjann, second guitariste à la rythmique. Cette évolution libère la composition, tout en accompagnant un virage thématique fort : les lambeaux sont remplacés par des toges couvertes d’inscriptions en thêban, les concerts, saturés d’encens, deviennent suffocants et se muent en ostensibles rituels. La dimension occulte de MALEPESTE se précise. Un black metal ritualiste, nourri de résonance intérieure. L’entité poursuit sa lancée à travers une série de concerts et une tournée avec MALHKEBRE. En 2018, MALEPESTE sort un split avec DYSYLUMN : Ce qui fut, Ce qui est, Ce qui sera, où s’inaugurent des chœurs en voix claire. Le son est mieux maîtrisé, plus organique, sans perdre la singularité qui fait le groupe. Après une pause consacrée au projet parallèle THE GRANDE LOGE, nos cinq musiciens expérimentés nous offrent à présent Ex Nihilo, un album mûri pendant plusieurs années mais retardé par la pandémie. Il marque une continuité : toujours fidèle à son essence, ils poursuivent leur quête à la frontière du sacré et de la ruine tout en explorant de nouveaux horizons tant lyriques que musicaux, comme nous l’ont expliqué trois de ses membres… [Entretien réalisé par Zoom avec Nostra (basse, auteur de l’artwork), Larsen (chants, ingénieur du son et producteur), et Xahaal (guitare) par Seigneur Fred – Photos : DR]

->> Single « Acceptio » par MALEPESTE, extrait de l’album Ex Nihilo (Les Acteurs de l’Ombre Productions)

Ex Nihilo - MALEPESTE
MALEPESTE
Ex Nihilo
Black metal
Les Acteurs de l’Ombre Productions

Du chaos peut naître très souvent de belles choses. On pourrait citer les êtres vivants en général sur Terre, dont l’Homme, même si en plein réchauffement climatique, on peut s’interroger sur les conséquences de plus en plus catastrophiques de notre anthropisation… Et pour cela, MALEPESTE a décidé d’expérimenter en prenant le temps (dix ans se sont écoulés depuis leur précédent méfait) afin de sortir des sentiers battus, ne se fixant aucune limite, si ce n’est les leurs, en explorant de nouveaux horizons musicaux et lyriques. L’apport du second guitariste Herjann y joue beaucoup, proposant plus de diversités dans les lignes de guitares, renforcé par le travail relativement groovy et subtil du bassiste Nostra. Sonorité en studio par le chanteur polyvalent Larsen, Ex Nihilo peut surprendre et dérouter au départ, car on ne sait pas trop où l’on va. La peur de l’inconnu, peut-être, et puis ça faisait dix ans que l’on attendait un véritable nouvel album studio de MALEPESTE, donc on ne savait plus trop à quoi s’attendre aujourd’hui. Ainsi, sur le premier des six morceaux, on commence dans le chaos (« Ab Chaos »), puis on remet les choses en question, s’interroge une fois de plus dans ce voyage intérieur (« Quaestionis » avec ses arrangements subtils et ses riffs sinueux, à la fois proches d’un des derniers MAYHEM et du spleen de JOURS PÂLES). En fait, ce troisième opus explore le thème de la « Création » au sens large, et le vertige qui l’accompagne. Cette tension qui pousse à faire surgir quelque chose du vide, quitte à s’y perdre soi-même. Chaque morceau incarne alors une étape du cycle : l’élan, l’orgueil, la stupeur, le doute, la rechute (comme nous l’ont aimablement expliqué trois de ses membres dans notre entretien passionnant ci-dessus en vidéo). Peu à peu les choses commencent à prendre forme, on prend ses repères, retrouve la voix tantôt criée, tantôt claire de Larsen au micro, qui, au passage, a effectué un incroyable boulot au niveau des prises de son. Si les structures des (seulement) six chansons peuvent surprendre, il faut apprendre à les défricher, les dompter, pour en extirper leur substantifique moelle et comprendre là où veulent nous emmener les membres de MALEPESTE car les Lyonnais prennent un malin plaisir à brouiller les cartes tout du long (« Quaestionis » donc, mais aussi l’excellent single « Stupor » au groove certain, comme une étrange version de TOOL qui jouerait du black metal épique)…

Si la caisse claire de la batterie sonne peut-être trop claire pour certaines oreilles, et le chant crié de Larsen pas typiquement black bien souvent, c’est aussi tout ça qui fait en fin de compte le charme du black metal presque progressif, dark, mais pas suffisamment pour le qualifier totalement de ce courant à la mode qu’est le « post black metal ». Il y a vraiment une ambiance spéciale, introspective, qui règne tout du long sur Ex Nihilo où les narrations justement de Larsen résonnent, nous faisant irrésistiblement pencher un peu plus sur les textes travaillés du chanteur, mais aussi sa voix claire qui rentrer l’auditeur dans une transe, rappelant les passages épiques de haute volée des Irlandais de PRIMORDIAL et son charismatique chanteur A.A. Nemtheanga (encore vu live en août 2025 au Festival Motocultor : voir notre Live Report 2025), mais sans aucun côté folk/pagan ici cependant (« Imperium », à la fois puissante et épique ; ou encore le single déchirant « Acceptio » avec toute une montée en puissance là encore). Les divers chants et des riffs finement trouvés, accompagnés d’arrangements originaux uniquement nécessaire, permettent alors de garder le cap dans ce chaos où peu à peu la vie prend forme et se stabilise jusqu’à la magnificence. On arrive alors à la fin d’Ex Nihilo. Le sixième titre, « Relapsus » qui voit MALEPESTE sortir le grand jeu avec tout un tas d’orchestrations du plus bel effet en outro de l’album. Un travail énorme a été fait dans la composition et la production sonore aux arrangements des plus réussis. Le quintet français accouche donc là d’un album exceptionnel, mais qui peut dérouter à la première écoute, et il vaut mieux alors appréhender en segmentant son écoute plage par plage, à son rythme puis assembler tous ces éléments du puzzle afin de vaincre l’idée que cet album ne serait que bruit et chaos sans musicalité, tout au contraire. Comme quoi, du chaos peut naître de belles choses, la preuve avec ce disque à l’artwork superbe réalisé par le bassiste Nostra. A présent, on a hâte de vivre l’expérience MALEPESTE sur scène en live, et ça ne devrait pas tarder… [Seigneur Fred]

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