
MAGOYOND, c’est un univers totalement déjanté qui va rapidement séduire la communauté geek mais aussi un public issu de différents courants musicaux. Brassant à la fois du jazz, du metal, du rock ou de la pop, la musique singulière du groupe parisien est difficilement classable. Ils œuvrent dans un esprit théâtral grâce à des textes dans la langue de Molière de haute volée et compréhensible qui vous mette immédiatement dans l’ambiance. Après plusieurs EP’s, et cinq albums dont Krypshow en 2019, un double opus brillant par son originalité qui vous transporte dans une spirale infernale où la fête macabre bat son plein, et de Necropolis, La Cité des Morts, en 2022 qui leur permit de passer un cap, voici leur EP Zeppelin, autoproduit et financé par un crowdfunding. Artistiquement, on s’éloigne de l’humour caustique et macabre tout en restant très glauque. Nos Magos nous proposent un récit passionnant très bien écrit auquel vient s’ajouter un opus symphonique captivant du début à la fin. Julien le Mago et consorts ayant fait appel cette fois ci à un quintette à cordes, au Neko Brass Band « Goliath Paradise », un chœur et carrément un orchestre symphonique totalisant près d’une centaine de musiciens qui nous projette dans une nouvelle dimension résolument très cinématographique et d’une ampleur jamais égalée. Nettement plus metal depuis l’album Necropolis et toujours plus sombre, le chanteur/guitariste et producteur Julien (dit « Le Mago ») Escalas nous raconte tout sur cet EP masterisé par Tony Lindgren (DEVIN TOWNSEND, WARDRUNA, SEPULTURA…) dont on attend maintenant les concerts en France et à l’étranger ! N’est-ce pas Julien ? [Entretien réalisé par Zoom avec Julien « Le Mago » (guitare/chant) par Pascal « Mago » Beaumont – Photos : DR]
Depuis la sortie de Necropolis en 2022, Magoyond évolue désormais dans un metal symphonique et bien plus dark, s’éloignant peu à peu de son humour macabre et potache de ses débuts pour se faire plus sérieux dans la démarche musicale et intellectuelle, notamment au niveaux des textes. Normal, le temps passant, ses membres ont mûri. Pas de doute, ils ont donc passé un cap et semblent vouloir séduire de plus en plus de fans assoiffés d’hémoglobines à l’instar de la campagne Ulule (crowdfunding) qui leur a permis de récolter 129 000 Euros pour financer Zeppelin, leur tout nouvel EP contenant six titres chantés sur CD, accompagné de leur versions instrumentales ce qui permet de mieux apprécier le travail d’orchestration impressionnant mis en place ici par Arnaud « Aspic » Condé (basse, claviers, instruments additionnels), chef d’orchestre à ses heures. Zeppelin poursuit le récit là ou s’étaient arrêté les albums Necropolis et Krypshow (publié en 2019), tout en innovant pour nous emmener vers de nouveaux horizons fantasmagoriques.
Cette fois-ci, 10 000 zombies accompagné de Hecto Zam, l’empereur, et protégés par les titans s’échappent de Necropolis sur un dirigeable Zeppelin futuriste qui s’échappe dans les airs vers un ciel noir et menaçant, une fuite développée à travers six morceaux : “Le Départ“, “Zeppelin“, “Pavillon Noir“, “Exil“, “Leviathan“, et “We Come In Peace“, premier morceau dont le refrain est en anglais alors que Magoyond chante uniquement dans la langue de Molière depuis ses débuts. Surprise donc. Puis “Le départ“ est une intro destinée à nous mettre dans l’ambiance car on évolue ici dans un univers metal cinématographique grandiloquent parfaitement maitrisé (on peut voir une démarche similaire semblable à Hypno5e).
Il faut se laisser emporter par le sujet proposé, “Zeppelin“ balaye tout par sa puissance metal alliée à un véritable orchestre symphonique (français ) et des cœurs impressionnants composé d’une vingtaine de voix masculines et féminines afin de soutenir les chansons. Elles se fondent à merveille avec la musique proposée ici. Le clip de “Leviathan“ réalisé par Alexandre Cochard Miche-Miche est particulièrement réussi. Comme un mini film en quelque sorte, celui-ci vous permet de voyager dans un espace sombre d’une tristesse infinie et mystérieuse toujours macabre et déjantée, inspirée de films d’horreurs et de SF. L’effet visuel est réussi, tout comme le morceau. La voix de Julien se fait de plus en plus possédée, aussi bien juste parlée que quand elle est chantée à la fois avec des refrains catchy (exemple typique sur “Pavillon Noir“).
Quant aux solos de guitares, ils sont généralement courts et précis, efficaces mais mélodiques, Julien « le Mago » et Victor « Vito » Bruzzi se complétant parfaitement d’une manière fusionnelle. “We Come In Peace“ très orchestré allié à un clip percutant et un refrain fédérateur particulièrement prenant. “Exil“ nous propose une sorte de semi ballade progressive, à la fois terrifiant tout en baignant dans espace mortifère glaçant durant cinq minutes d’errance entre deux visions macabres empreintes de mélancolie. Au niveau production le mastering a été confié au talentueux suédois Tony Lindgren (Devin Townsend, Wardruna, Sepultura) pour un son massif et aéré parfaitement équilibré entre les orchestrations et les parties metal, le tout aidé par Arnaud Condé qui a géré le son et mixage : la voix est mise en avant juste ce qu’il faut sombre, grave et angoissante à souhait et donne le ton à chaque titre, tantôt scandée ou hurlée, tantôt murmurée.
Dans tous les cas, elle porte merveilleusement bien avec un coté malsain à l’histoire proposée ici, allié à un coté narratif des plus angoissants. Pas de doute la progression vocale de Julien est nette et appréciable, le frontman n’étant pas comme il le dit lui même un chanteur. De toute façon, la force de Magoyond est de posséder une identité reconnaissable entre mille, forgée au fil des opus et qui ne fait que progresser plaçant toujours la barre de plus en plus haut. A noter une pochette particulièrement réussi qui invite à aller plus loin et de s’aventurer musicalement. En bref, jetez vous sur cet EP qui, si vous ne connaissez pas la formation française, va vous enivrer et vous transformer en un addict définitif sans rédemption possible pour être un membre actif de la Spz (= »Société Protectrice des Zombies ») ! Prenez immédiatement votre carte d’embarquement et votre passeport et bienvenue à bord. On attend déjà avec impatience la suite de l’histoire et surtout des concerts, car l’aventure de Magoyond est loin d’être terminée et elle devrait encore nous surprendre… [Pascal « Mago » Beaumont]
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