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SOULFLY : Totem

SOULFLY
Totem
Thrash/Death metal/Groove metal
Nuclear Blast



Si ces deux dernières années de crise sanitaire ont parfois éclaté des familles sous tension un peu partout dans le monde, provoquant des séparations et sérieuses remises en question, elles ont aussi pu rapprocher les êtres, les cœurs… Mais parfois, elles ont rapproché et même resserré les liens déjà forts entre ses membres. Dans la famille Cavalera du côté de Phoenix (Arizona), je voudrai le père et le fils. Entre Max Cavalera (ex-Sepultura pour les ignares) et son fiston Zyon, les liens se sont resserrés pour donner naissance au successeur de Ritual paru déjà en 2018. Ce douzième bébé de Soulfly en studio est baptisé Totem. Déjà batteur au sein de Soulfly depuis déjà 2013, le jeune Zyon avait déjà prouvé à la fois sur album qu’en concert qu’il était devenu un musicien aguerri mais aussi un élément moteur dans la bande à Maxou sur lequel on pouvait désormais compter. Les deux générations se sont donc retrouvées durant la pandémie (si toutefois elles s’étaient quelque peu égarées sur des albums plus basiques et poussifs comme Omen ou Archangel). La preuve en est pleinement ici car l’osmose tant musicale que spirituelle est à son Max’ (elle était facile celle-là ;-)). Nos deux protagonistes ont aimé jammer. Ils ont ainsi composé et écrit ces multitudes de riffs de guitare qui peuvent paraitre assez basiques une nouvelle fois à la première écoute, mais en fait loin de là (« Totem », « Filth Upon Filth »…). Avec Max Cavalera, ce qui prime avant tout, c’est l’efficacité ! Comme toujours, son sens du riff, accompagné d’une section rythmique imparable, assurée par son digne héritier et du bassiste Mike Leon (Sorcerer, et ex-membre des excellents The Absence, groupe de Floride pratiquant un death metal mélodique scandinave), ne peinent pas à nous convaincre rapidement et nous faire headbanguer et jumper (« Superstition » et ses percus tribales, « Ancestors » également). Le chant du frontman, si reconnaissable depuis l’ère Sepultura, rassure en ces temps de crise. Le père Cavalera respire la grande forme et n’est pas trop ankylosé, ni enroué, après ces deux années passées à la maison, même au côté du monstrueux chanteur John Tardy d’Obituary, de retour au micro ici pour un duo inédit (« Scouring The Vile ») alors qu’on attend de pied ferme un successeur à l’album éponyme de la légende du death metal américain paru en 2017 chez Relapse Records… Cette chanson se veut d’ailleurs un message de lutte contre le cancer à sa manière, selon son auteur. On pense alors à Frank Watkins (R.I.P.) (ex-Obituary, ex-Gorgoroth sur la fin), emporté par la maladie en 2015, mais également à notre ami L.G. Petrov (R.I.P.) (Entombed A.D., ex-Entombed, Firespawn, ex-Nihilist) parti bien trop tôt lui aussi l’an dernier, tout comme un certain Chuck Schuldiner (R.I.P.) il y a vingt-et-un ans déjà, auquel pensa Max Cavalera durant l’écriture de ce morceau…

L’autre élément clé sur Totem, outre cette alchimie familiale palpable, est l’arrivée aux manettes et à la six cordes du producteur américain Arthur Rizk qui assure ici toutes les parties de guitare depuis le départ l’an passé de Marc Rizzo, remercié après dix-huit années de bons et loyaux services au sein de Soulfly. Comme quoi, nul n’est irremplaçable ! La tâche était rude à ce poste, et on aurait pu penser que Dino Cazares, leur guitariste live officiel depuis l’an dernier, allait relever le défi en studio, mais non. Il faut dire que le guitariste et leader de Fear Factory n’aime pas les soli de guitare, même s’il s’y attèle parfois si nécessaire. Attention, Arthur Rizk est ici épaulée tout de même par son camarade John Powers (Eternal Champion) ainsi que d’un invité surprise en la personne du musicien texan Chris Ulsh (Power Trip, Mammoth Grinder) présent uniquement à la guitare sur le titre final « Spirit Animal ». Mais tous les leads de guitare sont bien signés Arthur Rizk, tant à la composition qu’à leur exécution. E le problème est qu’il en a foutu partout le bougre, un peu comme à l’ancienne durant les années 80. Du coup, sur cette nouvelle galette studio le producteur américain se fait entendre en shredding partout ici et là, un peu trop même, surprenant l’auditeur par des soli éclair et lumineux en général valorisants (« Superstition », « The Damage Done »), mais parfois au détriment de l’impact des riffs (« Rot In Pain » et son attaque thrash, limite grind, puis black metal symphonique avec ces samples de claviers, noyé dans ces leads). Certes, aux riffs s’intègrent les soli de guitare dans le metal généralement au sein des chansons, mais les riffs n’ont pas le temps de respirer, et nous non plus. Ci ceux-ci sont relativement basiques et efficaces grâce au père Maxou et John Powers donc, Arthur Rizk en fait un peu trop. Cela rappelle le regretté guitariste Ralph Santolla (ex-Death, ex-Iced Earth, ex-Obituary…), adorable en interview, mais qui avait tendance à foutre là aussi trop de solo ici et là dans les albums de Deicide, raison pour laquelle il fut remercié par Glen Benton un beau jour de 2011…

Autre surprise ou plutôt réminiscence, outre ces nombreux riffs bien thrash, death, parfois limite black (« Rot In Pain »), ce sont des passages plus typés new metal/groove metal comme sur la chanson-titre qui nous renvoie à l’époque Ross Robinson post-Roots de Sepultura et aux débuts de Soulfly. Cette chanson n’aurait pas dénoté sur un disque de Max à l’aube des années 2000, ou bien même sur The Burning Red de Machine Head (la rythmique de l’intro de « Totem » ressemblant étrangement à celle de « The Blood, The Sweat, The Tears »). Manquerait plus qu’un duo avec le compère Robb Flynn (dont le nouvel album Of Kingdom and Crown sort à la rentrée) !! Un autre duo inattendu des familles cependant s’opère plus loin entre Max Cavalera et son beau-fils Richie Cavalera du groupe Incite. Passé l’habituel interlude atmosphérique baptisé cette fois « XII » représentant le douzième album studio du Vol de l’Âme à ce jour, c’est sur « Spirit Animal » que s’achève Totem où l’on retrouve le jeune homme aux vocalises plus typées hardcore à côté des growls du beau-père, avant de superbes et ultimes chœurs. Il s’agit probablement là de la chanson la plus longue au répertoire de Soulfly, et qui là encore, surprendra les fans.

Au final, il en ressort un album puissant et uni, mais hétérogène de par ses multitudes de riffs, de ponts, solis de guitare et nouvelles et plaisantes incartades. Totem est à la fois primaire, bestial, clairement old school dans ses structures mais surprenant et déroutant parfois (eh oui, même après quarante ans de carrière, comme quoi !), et pas si simplet que ça (loin de là à la guitare ou dans les nombreux breaks inattendus des dix chansons). Cette douzième offrande aux dieux du metal (dont il fait partie) casse certains codes typiques de Soulfly, même si l’on sent bien que Max et Zyon se sont fait avant tout plaisir à la maison en studio. Ça s’entend clairement et ils partagent à présent leur bébé avec le public avant de repartir en tournée mais alors avec quel guitariste soliste live verra-t’on sur scène à présent ?  En attendant, on apprécie ce nouveau trophée de Soulfly qui vient rejoindre ses onze prédécesseurs sur la cheminée familiale des Cavalera à Phoenix (Arizona). [Seigneur Fred]