On les avait repérés, ces STONED JESUS, au festival breton du Motocultor il y a déjà quelques années, et si leur show était toute en simplicité, ça nous avait alors bien plu. A présent, le trio ukrainien refait parler de lui, non pas par l’actualité politique de son pays toujours en proie à la guerre (comme ses compatriotes de 1914 qui ont dû encore annuler leur tournée en février 2025 avec KATLA), mais pour leur sixième galette qui s’appelle Songs To Sun (Season of Mist). Et quelle galette !!! Bon, on ne va pas y aller par quatre chemins ni par le dos de la cuillère, mais encore une fois, cette formation de rock stoner/doom metal progressif signe là une petite pépite dans un genre musical pourtant bien saturé et très en vogue. Alors que vous soyez fans des derniers CORROSION OF CONFORMITY avec Pepper Keenan, DOWN, ou forcément BLACK SABBATH (R.I.P. Ozzy Osbourne), BLACK LABEL SOCIETY parfois (le côté mielleux de la voix grave d’Igor, son principal compositeur & chanteur, rappelant celui de Zakk Wylde) ou MASTODON (et son regretté Brent Hinds), mais aussi ALICE IN CHAINS ou PORCUPINE TREE parfois, vous ne pourrez succomber à l’appel, non pas des armes, mais des longues chansons mélancoliques et progressives de cet excellent trio originaire de Kiev, et dont visiblement le triste exil a inspiré son leader… [Entretien réalisé par Zoom avec Igor Sidorenko (guitare/chant) par Martine Varago – Photos : DR]
->> Single « Low » par STONED JESUS extrait de l’album Songs To Sun (Season of Mist)
Le monde est « stone », chantait Fabienne Thibeault dans Starmania dès 1978. Pour notre trio d’origine ukrainienne Stoned Jesus, il l’est d’autant plus en 2025. Désormais basé en Allemagne, son fondateur et principal compositeur Igor continue néanmoins d’exprimer son art dans une énergie rock à la fois contemplative, mélancolique, et subtilement progressive à travers ce déjà sixième album studio. Et tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, pourrait-on dire ici dans le contexte actuel… Songs To Sun s’ouvre par la lente et tranquille chanson « New Dawn », que l’on pourrait traduire en français par « Nouvelle aube »… Avec une intro tout en douceur évoquant à la fois The Doors et un vieux Monster Magnet, on pénètre peu à peu dans l’univers de Stoned Jesus, jusqu’à ce que les choses s’énervent un peu, le tout avec une voix ni trop présente, ni absente dans cette longue plage sonore. Le chant d’Igor fait étrangement penser au timbre de Zakk Wylde quand il est (un peu trop) en mode ballade sur certains de ses albums… Succède « Shadowland », un morceau foncièrement plus heavy/rock, avec un riff de guitare simple et répétitif, mais bougrement entêtant (des tutos enregistrés à la cool cet été en plein air à la guitare, souvent acoustique, par Igor sont d’ailleurs disponibles sur YouTube : exemple « Shadowland »).
Puis, c’est dans une ambiance de spleen à la Rainier Fog d’ALICE IN CHAINS (à quand son successeur au passage ? Même si nous avons eu droit récemment à un nouvel effort solo de JERRY CANTRELL, lire notre interview ici) que nous allons nous perdre sous la pluie avec le très beau et long « Lost In The Rain » (7’49 tout de même !). Une superbe mélancolie touchante et là encore en toute simplicité, magnifiquement composée et exécutée, vite contrebalancée par le single heavy « Low » où l’énergie stoner reprend le pas, là encore encore construite sur un riff simple mais terriblement efficace et catchy, avec une fin presque épique, sur un format plus court ici (4’09). STONED JESUS nuance ainsi sa musique avec des passages plus directs, et d’autres plus sinueux, avec un grand sens de la mélodie, le tout avec un côté à la fois épuré mais riche en émotion. Puis la chanson « See You On The Road » semble comme un message, ou plutôt un appel, lancé aux fans du groupe européen qui espèrent bien les (re)voir sur les routes en concert, et ce, malgré le contexte actuel et la situation compliquée dans leur pays toujours en tension avec son voisin belliqueux, Igor craignant peut-être un nouvel appel au front comme cela a lieu régulièrement (les membres de 1914 en savent quelque chose, leurs visas étant annulés à plusieurs reprises avant de partir pour leurs tournées). Enfin, survient « Quicksand », sixième et déjà dernière plage, où le trio entame par une simple guitare folk, quelque part entre ALICE IN CHAINS et FILTER, toujours sur un air mélancolique, vite rejoint par une basse électrique, sur une rythmique hypnotique. Igor parle, chantonne, tout en progression, on sent cette mélancolie mais surtout une colère contenue qui gronde. Celle-ci va monter crescendo jusqu’à la fin, soit près de 10 minutes où la tension croît jusqu’à une explosion totale, telle une délivrance pour son auteur. Le batteur, Yurii Ciel, se lâche aussi sur ses fûts et charleys. Cet ultime titre, « Quicksand » aurait pu être une conclusion à un grand album, mais non, Igor n’a pas dit son dernier mot, et a d’ores-et-déjà prévu une suite puisqu’il s’agit donc ici de la première partie d’une trilogie qui risque fort de nous faire passer par toutes les émotions et nous succomber à son subtil rock stoner progressif aux délicieux accents doom, quitte à nous faire passer les montagnes russes en flirtant avec le danger. Mais la musique adoucit les mœurs, il paraît. La preuve avec ce chef d’œuvre, Songs To Sun, signé par un Jésus un peu trop stone(d) en 2025… [Seigneur Fred]

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