SWALLOW THE SUN : Shining

Shining - SWALLOW THE SUN
SWALLOW THE SUN
Shining
Doom/gothic metal
Century Media

Vingt-et-un ans après son premier opus The Morning Never Came et ses débuts sur la scène doom/gothic metal scandinave, le spleen de Swallow The Sun connaîtrait-il à présent une lueur d’espoir doublée d’une démarche plus commerciale ? C’est l’impression que l’on a eu à l’écoute de Shining, neuvième acte longue durée des Finlandais. Enfin pour le spleen de nos cinq hommes du nord, il s’agit essentiellement celui de son guitariste, co-fondateur et principal compositeur Juha Raivio qui mène la barque sur les eaux du Styx au côté de son complice de toujours, le chanteur versatile Mikko Kotamäki. Pour la petite histoire (faite d’amour, et de tristesse) et expliquer le contexte de ces dernières années, le sympathique musicien et touchant en interview (cf. notre récent entretien d’octobre 2024 à retrouver ici avec Juha Raivio) a migré il y a quelques années déjà dans les forêts suédoises pour rejoindre sa bien-aimée Aleah Stanbridge (R.I.P.) (alors dans Aleah), lançant le side-project Trees of Eternity. Malheureusement leur idylle amoureuse et artistique ne se passa pas vraiment comme l’auraient espéré les deux tourtereaux, ou plutôt cygnes (comme le logo de Swallow The Sun). Ce projet fut éphémère puisque sa douce succomba d’un cancer en 2016 (R.I.P.), le guitariste l’accompagnant jusqu’à son dernier souffle. Cette perte fut irrémédiable, provoquant un état de tristesse absolue chez Raivio, donnant naissance à l’œuvre probablement la plus profonde et sans retour, When a Shadow Is Forced into the Light, en 2019. S’en suivit le magnifique Moonflowers, un poil plus léger, et surtout plus diversifié. En 2024, Swallow The Sun publie un neuvième album quelque peu disparate, mais en même temps plus facile d’accès sur certains morceaux peut-être pour les néophytes qui pénètrent dans leur univers mélancolique façonné avec le temps et les larmes à l’aide d’albums indispensables comme The Morning Never Came (2003), Hope (2007), New Moon (2009), le copieux triptyque Songs From The North I, II, & III (2015), ou l’énorme donc When A Shadow (…) dont le titre était un clin d’œil à My Dying Bride et The Light At The End Of The World (1999). Enregistré et produit au studio SoundSpiral Audio par le réputé Britannique Dan Lancaster (Muse, Blink-182, 5 Seconds Of Summer, Bring Me the Horizon, Don Broco, A Day to Remember…) accompagné de l’autre guitariste Juho Räiha (également membre de Before The Dawn), et masterisé au fameux Fascination Street Studios, la production sonore de Shining est presque surfaite, trop claire, avec cette batterie triggée à mort, et des arrangements à la limite de la pop.

On regrette les précédents batteurs comme le premier Pasi Pasanen, parti voguer vers d’autres horizons depuis belle lurette (2009) et actuellement dans Theia Collision, ou l’excellent Kai Hahto, très convoité et bien occupé désormais chez Nightwish ou Wintersun. C’est pour vous dire ! Le premier single précité, « Innocence Was Long Forgotten », témoigne d’emblée de cette orientation artistique plus light, même si le riff, hypra classique, est efficace, et sa mélodie vous cueille doucement vers la mélancolie. Un autre single qui fera mouche à tous les coups dans vos cœurs et vos chaumières cet automne, c’est le single « MelancHoly » plutôt ironique à travers lequel son chanteur Mikko prend du recul et s’interroge sur l’évolution du groupe, les critiques, et semble fuir le monde pour plonger au cœur d’une forêt finlandaise après une balade en voiture sans fin avec chauffeur. Comme si STS (=Swallow The Sun pour les intimes) se moquait de lui-même et n’assumait pas le poids des années et de certains albums. On appréciera au passage l’ironie du groupe…

Autre chanson très mainstream mais tout aussi déprimante, « Under The Moon & Sun », donne dans un gothic metal easy listening presque ennuyant, avec l’omniprésence de la voix claire de Mikko Kotamäki. Il fat dire que Swallow The Sun flirte avec le gothic/doom metal, s’éloignant un peu du death/doom metal atmosphérique qu’on lui connait. Heureusement, des compositions aux riffs plus plombés et à l’atmosphère sinueuse cherchent à contrebalancer cet aspect un peu trop lisse, comme sur la seconde partie de cette chanson donc, « Under The Moon & Sun » au thème récurrent autour de la lune avec un court chant black metal signé Mikko, mais aussi « What I Have Become » qui nous refamiliarise durant seulement quatre minutes et sept secondes avec les ténèbres des Finlandais. « Kold » affiche un riff inspiré sur une boucle mélodique vraiment prenante, et les growls de Kotamäki rassurent un peu, mais de nouveau alternés par un chant clair, puis un chant black dont on sait qu’il est capable d’assurer même en concert. Enfin un solo potable ressort sur le très froid, donc, « Kold ». De nouveau, STS lance un clin d’œil sur « November Dust », non pas envers lui-même cette fois, mais comme vous l’aurez peut-être deviné avec ce titre en référence à l’album culte October Rust, vers Type O Negative, l’un des groupes de gothic/doom metal qui les influença à tout jamais et dont son guitariste Juha Raivio ne nous cacha pas son admiration lors de notre entretien. Il nous confia les avoir croisés qu’une seule petite fois lors d’un festival. Il en va de même sur « Tonight Pain Believes », très sur « Velvet Chains », un duo avec une chanteuse nous rappelle un peu un groupe voisin comme Draconian, sauf que l’on entend que des chants clairs. Comment ne pas penser non plus à Trees of Eternity ? Un titre presque frissonnant, enfin ! On approche alors de la fin de l’album, et survient « Charcoal Sky » (« Un ciel de charbon »), heavy à souhait et menaçant. Mais la fin approche déjà !

Enfin, la belle chanson-titre « Shining », nous emmène un peu plus dans le doom/gothic atmosphérique alors que les growls et screams glaçants de Mikko Kotamäki déchirent une petite mélodie aux claviers et quelques arpèges (bien rares). On dirait alors vraiment qu’il y a donc comme une lumière au bout du tunnel pour Swallow The Sun et Juha Raivio sur ce nouvel enregistrement studio qui dresse finalement comme une synthèse plus moins habile du savoir-faire de nos Scandinaves ici. Et si tout avait dit et écrit par Swallow The Sun en 2024 ? L’avenir nous le dire, surtout si le succès est au rendez-vous pour ce Shining presque trop lumineux par moment étonnamment pour un disque de doom, et bien trop surfait et surtout pas assez déprimant pour nous capter et nous toucher tout du long, même si un peu de douceur dans un monde de brutes, ça fait du bien parfois. [Seigneur Fred]

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