TEXTURES : Genotype

Genotype - TEXTURES
TEXTURES
Genotype
Djent/metalcore progressif
Kscope

On peut avoir été au top, mais il est souvent difficile pour un artiste ou un groupe de revenir au top du top, une décennie plus tard, surtout dans le metal et plus généralement le monde de la musique où tout va très vite de nos jours. Aussitôt un single publié qu’il est aussi vite oublié et englouti sur le web, et il en va de même pour les albums que la majorité des gens ne prennent même plus le temps d’écouter et dont ils ne connaissent même pas le concept ni format. En ce début d’année 2026, la formation batave que l’on suit depuis ses débuts à METAL OBS avec l’album Polars (Listenable Records-2003) effectue son grand retour à la fois sur disque et live, Genotype étant suivi d’une immédiate grande tournée européenne en première partie de JINJER (rien que ça !). Belle double surprise donc, alors que TEXTURES avait décidé de se retirer de la scène en 2017, après la publication de l’album Phenotype en 2016 dont voici la suite avec ce sixième LP. Si nous étions donc restés déjà un peu sur notre faim avec ce dernier, alors que la synthèse était parfaite entre brutalité et mélodies progressives sur Dualism (Nuclear Blast-2011), TEXTURES avait besoin d’une pause, de se ressourcer, et cela était tout à fait louable. Déjà que son guitariste et producteur Jochem Jacobs s’était retiré en 2013, restant dans l’ombre, enfermé dans son studio à produire des musiques diverses et variées (même d es publicités, eh oui, il faut bien payer ses factures comme tout le monde). Pour rappel, TEXTURES excellait alors avec talent entre djent metal énervé et intelligent, relativement technique, et metalcore déjà plus mélodieux et tendance mais avec ce sens de la polyrythmie propre au mathcore et de la versatilité vocale (quel talent là encore ce chanteur Daniel De Jongh !!)… Alors quid du cru TEXTURES en 2026 ?

Eh bien, après l’intro instrumentale « Void » partant d’une nouvelle page blanche pour dessiner une belle première texture à la fois sombre, aérienne, place au premier single inattendu « At The Edge Of Winter » où notre amie Charlotte Wessels (ex-DELAIN, ex-ELYSIUM) vient taper la chansonnette sur un morceau plus typé metalcore progressif, à la fois complexe et mélodieux, preuve une fois encore que la belle sait tout faire et continuellement s’adapter, quand elle ne crée pas mais est simple interprète, à son environnement sur la féconde scène metal néerlandaise dont elle est issue (en attestait déjà ses trois premiers albums solo dont le dernier The Obsession pour ceux qui n’y croiraient pas, voir notre interview en 2024 dans son studio). Une bonne surprise donc ici comme entame, relativement dramatique aux arrangements d’une grande classe. Mais voilà, depuis dix ans, nous on en veut déjà plus, on veut du riff en veux-tu, en voilà de Bart Hennephof, des rythmiques syncopées signées Stef Broks, mais heureusement le chanteur Daniel de Jongh assure au micro en duo avec l’ex-DELAIN.

Survient alors « Measuring the heavens », quelque part entre les derniers LEPROUS et CULT OF LUNA. C’est propre, enivrant, et les guitares commencent un peu à s’énerver, et vocalement, on croit entendre parfois Mike Patton (FAITH NO MORE, TOMAHAWK, MR BUNGLE…). La fin trompeuse devient plus musclée, plus heavy, et on commence à retrouver nos sensations d’antan (Silhouettes ou Dualism), mais il manque un poil d’agressivité et de rythmiques catchy même si ça groove, entre deux samples futuristes et nappes de claviers. Tout aussi modernes et progressives, des plages musicales telles que « Nautical Dusk » ou « Vanishing Twin » viennent flirter avec Devin TOWNSEND, LEPROUS ou VUUR, le tout avec une production sonore à tomber. C’est beau, magnifique, mais encore une fois, peu d’énervements et de djent finalement, eux les pionniers du genre au début des années 2000, dans le sillage des maîtres du genre que sont MESHUGGAH. Notons tout de même un magnifique solo de guitare final sur « Nautical Dusk » qui vous scotchera.

Si ça ne décolle jamais vraiment, on sent que les gars de TEXTURES sont en mode « retenu », car on est loin de l’explosion de riffs et rythmes fous du chef d’œuvre Drawing Circles (2006), quoique l’on flirte avec sur le surprenant et versatile « Closer To The Unknown », très entraînant mais assez formaté, alors que sur « A Seat For The Like-Minded », on retrouve des sonorités des derniers opus de DARK TRANQUILLITY quand le chant clair proche de celui de Mickael Stanne prédomine sur un metal plus atmosphérique et relativement heavy. Une magnifique performance là encore du crooner, oui oui, crooner, qu’est Daniel de Jongh. Et c’est « Walls of The Soul » qui conclut de manière épique (durée : 7’52 mn) ce bal de sons tous plus travaillés les uns que les autres, modernes, progressifs, mélodieux, charmeurs, violents (mais pas assez), avec une volonté certaine d’explorer une nouvelle voie : celle du metalcore progressif. Mais bon, étiqueter les choses ainsi, les génies n’aiment pas ça généralement, alors laissons-les s’exprimer librement tels des électrons libres pour le moment. Après tout, il est déjà sacrément bon de retrouver nos sympathiques Bataves de TEXTURES (à la ville comme à la scène, des souvenirs du Fury Fest, puis du Hellfest 2006 peuvent en témoigner) et dont il faut pour l’heure digérer leur nouvelle offrande Genotype pour l’apprécier à sa juste valeur, notamment en live. [Seigneur Fred]

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