Affichant déjà sept albums au compteur dont l’avant-dernier Eventide qui permit au groupe américain d’élargir en 2021 son auditoire grâce à une meilleure promotion et visibilité sur la scène metal extrême (mais aussi folk et prog’), The Flight Of Sleipnir nous propose aujourd’hui un nouveau voyage épique. Nature’s Cadence (et non décadence que l’on pourrait dire par lapsus) se compose seulement de cinq plages sonores, mais quelles plages ! De longs espaces sonores (entre 4’11 et 11’50 mn). Ceux-ci sont indépendants et ne constituent pas pour autant un album conceptuel ici comme on pourrait le croire dans ce genre musical sinueux et atmosphérique… Et cela débute par la chevauchée de Sleipnir (cheval d’Odin dans la mythologie nordique) qu’on pourrait presque s’imaginer ici sur la chanson intitulée « North ». Passée donc une intro au galop sur un riff heavy/black, place à une atmosphère apaisante. Les hostilités se calment durant plusieurs minutes, quelques arpèges et des chœurs en voix claire nous amènent jusqu’aux Ases, accompagné que nous sommes par les Walkyries. Des percussions bien dosées, puis les choses reprennent sur un ton lourd et enfin le chant, black metal quoiqu’en disent ces auteurs vient assombrir l’ambiance par des cris colériques essentiellement assurés par le multiinstrumentiste et cofondateur Clayton Cushman. Un superbe solo de guitare ponctue ce passage plus agressif avant une fin épique, qui n’est pas sans rappeler Enslaved, l’excellent Heimdal, voire carrément le diptyque Frost/Eld. Moins longue, la chanson suivante, « Madness », se veut plus complexe et sinueuse, avec ce chant black intéressant, alors que les guitares évoluent dans des sonorités black/doom…
Puis l’on retrouve le superbe single « Vingthor » dont le vidéo clip tourné dans une forêt près de chez dans le Colorado. Celui-ci raconte en gros le dernier combat d’un valeureux guerrier ou héros dans la mythologique toujours d’inspiration nordique, vous l’aurez deviné. Ici ce serait un des nombreux dérivé du Dieu du tonnerre et de la force guerrière, que l’on pourrait traduire par « Thor-qui-consacre ». Sur un rythme mid globalement plus lent mais des guitares plus lourdes, on est balancé par cette rythmique qui donnne envie de headbanguer, avec là encore un solo de guitare simple, mais efficace, et un break à la basse qui n’est pas rappelé celle de Grutle Kjelsson, suivi de chœurs et d’un lead de guitare plus nerveux en trémolo.
Les influences folkloriques chères à The Flight Of Sleipnir se font entendre sur « The Woodsman », un titre assez relaxant avec de la guitare lap steel. Le chant clair est ici interprété par le batteur et confondateur David Csicsely. Assez planante avec des influences rock seventies, cette chanson n’aurait pas déplu à Opeth période Pale Communion (alors que les Suédois reviennent au charbon en novembre avec un nouvel opus aux sonorités death metal progressif d’antan…). Enfin « Wanderer » conclut ce long voyage musical fait de digressions, de moments d’accalmie puis de colère. Avec une belle intro guitare folk/électrique où une vieille Stratocaster avec plein de reverb’ et d’effets comme seul le défunt compositeur italien Ennio Morricone sut le faire sur les musiques des plus célèbres westerns spaghettis (Il était une fois dans l’Ouest ; Le Bon, La Brute, et Le Truand, etc.) dans les années 60. Puis le reste de la chanson oscille dans un black/doom metal typique du groupe, rythmé, et vraiment entraînant. Dans le même genre, on peut aussi d’ailleurs vous recommander chaudement le dernier album American Gothic d’autres Yankees, aux influences folk et parfois plus bluesy mais tout aussi proche du black metal : Wayfarer.
Produit à la maison dans son home studio chez le multi-instrumentiste Clayton Cushman, et mixé aux World Famous Studios par Pete de Boer (Spectral Voice, Blood Incantation, Obscene Worship, Wayfarer, Biohazard…), ce vaste ensemble qu’est Nature’s Cadence s’écoute franchement avec plaisir, et met bien en avant toutes les riches subtilités des chansons, cela, avec grande fluidité. Aucune surenchère, tout semble ici naturel, biologique presque, et progressif. C’est aussi un album qui permet à la fois détente et réflexion sur la force de la nature, son inexorable évolution dont l’Homme fait partie mais ne respecte pas toujours de nos jours. Des racines extrêmes, le viking black metal et le doom de The Flight (…) prédominent même si le combo de Denver ne se revendique pas comme appartenant à la scène black, mais plutôt folk et metal progressif. Ils ne sont donc pas tout à fait dans le même trip par exemple que leurs compatriotes de Wolves In The Throne Room dont on pourrait pourtant les rapprocher par facilité à cause de ce côté nature et black/pagan metal présent. Alors faites une pause fraîcheur cet automne avec Nature’s Cadence, un album somptueux et sans faute. [Seigneur Fred]
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