C’est un grand honneur d’accueillir Shayan, membre fondateur (guitare/chant) du groupe extrême d’origine iranienne TRIVAX. Il a fondé ce projet en 2009 à Téhéran, puis s’est installé en Angleterre (Royaume-Uni) en 2011 pour développer sérieusement celui-ci. Si vous aimez le blackend death metal, entre MELECHESH et BEHEMOTH, avec une approche à la fois puissante, sombre et mélodique très particulière, vous tomberez sous le charme singulier de TRIVAX ! Nous parlons ici de la fondation de TRIVAX, de son évolution, de ses racines et influences culturelles et musicales, de son déménagement à Birmingham, de la révolution islamique iranienne de 1979, et bien sûr de ce troisième album studio plus que réussi intitulé The Great Satan, sorti en mai 2025 sur le label français (Osmose Productions). Alors, écoutez-le vite ! De la musique géniale par un artiste génial et sympathique. La musique est notre religion ! [Interview réalisée par Zoom avec Shayan (guitares/chant) par Seigneur Fred – Photos : DR]
->> Single « Here Comes The Flood » par TRIVAX extrait de l’album The Great Satan (Osmose Prod.)
Troisième long verset satanique pour TRIVAX, projet solo au départ fondé par son guitariste/chanteur iranien Shayan à Téhéran en 2009, avant son émigration pour la Grande-Bretagne en 2011 pour développer pleinement et librement sa musique d’obédience satanique… Musicalement, The Great Satan comme assurément comme l’œuvre la plus aboutie et travaillée du projet devenu groupe, et ce, à tous les niveaux, dans l’écriture, la composition musicale ici des neuf morceaux, avec une approche singulière par moment, presque avant-gardiste, avec des sonorités orientales perses et metal, à la fois old school et new school, même si l’on baigne globalement dans un black/death metal puissant et occulte. Et cela débute par la charmante intro « Atash » qui vous met d’emblée au parfum, et très vite monte en puissance malgré ses, à peine, trois minutes. Une belle entrée en matière, rappelant quelque peu l’œuvre du Néerlandais (mais d’origine israélienne) d’Ashmedi MELECHESH qui dût, lui aussi, fuir son pays pour pouvoir continuer plus sereinement son art blasphématoire basé sur l’ancienne civilisation mésopotamienne. Puis les salves black/death s’enchaînent avec d’excellents riffs de guitares bien black, presque thrashy par moment, appuyés par des rythmiques très changeantes, passant de parties plus lentes et heavy à des accélérations éclair, un peu à la manière d’ABSU (récemment reformé). Un titre comme « To Liberation and Beyond » s’impose très vite, avec un chant rappelant quelque peu celui de Nergal dans BEHEMOTH, avec cette même atmosphère très sombre, terriblement puissante et épique.
Mais Shayan sait aussi souffler le chaud et le froid, et calme le jeu par moment comme sur le superbe et mélodieux « Lawless Eternal » qui n’a cependant rien à voir ici avec WATAIN et son quatrième album. La guitare au son clair est splendide, et arrivé à la seconde moitié du morceau qui s’avère être totalement instrumental, on part sur un mid-tempo fédérateur et une belle montée en puissance. Plutôt osé en seulement troisième position, cet interlude surprend et démontre tout le talent du jeune compositeur iranien qui a ici tout produit. Puis survient la tempête, ou plutôt le déluge comme dans l’Ancien Testament de la Bible, avec le single « Here Comes The Flood », quelque part entre le meilleur de HATE et BEHEMOTH. Un futur classique de TRIVAX à n’en pas douter, qui ne demande qu’à s’exprimer totalement en live sur scène, et si la maîtrise technique et sonore est tout aussi bonne, on se dit que TRIVAX risque de faire un malheur, car il y a une rage et des riffs de guitares vraiment réussis. Le break central avec cette basse et Shayan qui ‘exclame au micro, ne semblant presque pas se prendre au sérieux, surprend là encore. Les structures de morceaux requièrent de l’attention et c’est tout ce que demande The Great Satan pour l’apprécier pleinement. Rien n’est choisi par facilité.
Et la trompeuse et ironique chanson-titre, « The Great Satan », débutant sur une douce mélodie et un sample d’une voix féminine, nous fait sortir de notre zone de confort, et on se demande où l’est avant qu’un superbe riff nous entraîne dans l’histoire contemporaine perse et sa révolution de la république islamique qui survint en 1979, où le Sha d’Iran tomba, au profit de l’ayatollah Khomeini (à l’effigie de la pochette de The Great Satan, avec des mosquées en feu en arrière-plan). Une certaine mélancolie et rage règnent aussi par moment, un peu comme chez les formations helléniques (ROTTING CHRIST, NIGHTFALL, NECROMANTIA…), comme sur le séduisant « Daemon’s Melancholia ». Mais la cible et priorité ici de TRIVAX demeurent les religions monothéistes, à commencer par l’Islam qui a bouleversé la culture perse. Cela se traduit par l’autre single, très provocateur celui-ci : « Operation Ramadan ». Cet autre temps fort de l’album s’avère véritablement épique, et progressif dans son évolution et ses différents breaks et structures. Les riffs de guitares finissent par devenir hypnotiques, pour déboucher à la fin sur un court solo, plutôt modeste, avant de repartir de plus belle. La fin de l’album, justement, sonne quasi religieuse et cinématographique avec « Tamam Shod », qui conclut de fort belle manière cette œuvre ambitieuse et plus complexe qu’elle n’y paraît. Alors si le dernier BEHEMOTH vous a réconfortés mais que vous vous commencez à vous lasser des Polonais derrière leurs accoutrements, et comme MELECHESH ne fait plus grand-chose de nos jours (rien depuis Enki paru en 2015 !), il serait temps pour vous de se pencher sérieusement avec une oreille plus qu’attentive sur The Great Satan de TRIVAX. [Seigneur Fred]
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