UNLEASHED
Il suffira d’un signe

C’est fou comme parfois la fiction, ou plutôt la mythologie nordique en l’occurrence ici avec Unleashed, peut rejoindre la réalité. Alors que leurs quatre dernières offrandes studio étaient consacrées au monde d’après le Ragnarök, les survivants de Midgard continuent leur combat pour survivre dans Odahlheim, tout comme nous après cette récente pandémie qui n’en finit pas… L’heure est donc à la reprise des hostilités contre le Christ Blanc pour nos pionniers du viking death metal avec ce quatorzième album studio baptisé No Sign Of Life. [Entretien avec Johnny Hedlund (chant/basse) par Seigneur Fred – Photos : DR]

Question classique de nos jours, mais moi et les fans avons besoin de savoir : comment vas-tu personnellement, un an et demi après le début de cette triste pandémie ? (Ndlr : entretien réalisé fin septembre 2021) Ce qui signifie aussi un an et demi sans aucun show pour Unleashed et tous les groupes de Metal et Rock en général… Comment avez-vous vécu cette situation qui a engendré cette crise sanitaire, culturelle, et économique, sans précédent ?
Eh bien ! Je dirais que cela a été très triste, comme tu l’as dit, étant donné que nous devions tous littéralement rester à la maison et attendre que cette merde passe… Mais nous avons toujours été créatifs en travaillant dur sur le nouvel album, et aussi prévoir pour le futur (post-corona), donc ça va. Le travail avec le nouvel album est fait de manière très numérique ces jours-ci de toute façon, donc ça a fonctionné sans aucun retard en fait. A part ça, deux bons amis à moi sont décédés malheureusement… Cependant, je pense que nous devons tous aller de l’avant, et regarder vers l’avenir maintenant. J’espère que cette pandémie ne nous embêtera pas trop longtemps encore.

D’un point de vue mythologique typiquement viking façon Unleashed, peut-on interpréter cette pandémie liée au Covid-19 comme le début de Ragnarök sur Midgard, c’est-à-dire la planète Terre ? Par analogie, penses-tu que l’on puisse l’assimiler à vos histoires contemporaines inspirées justement par la mythologie nordique évoquées depuis vos albums As Yggdrasil Trembles et Odalheim ?
Ha ha ! (rires) Bien, je peux comprendre ton analyse et je vois ce que tu veux dire par là, mais c’est loin d’être le cas… En fait, le « Fimbulwinter » et la venue du Ragnarök sont bien différents dans le « Monde d’Odalheim » décrit dans mon livre inachevé et dont la suite fut, en effet, les derniers albums d’Unleashed, comme tu sais. (sourires) Navré, il s’agit donc d’un début de scénario totalement différent sans liaison ni analogie pour autant là.

Étant donné que vous ne pouviez vous produire sur scène et partir en tournée à travers le monde, avez-vous profité de cette pause et pris plus de temps pour composer ce nouvel album intitulé No Sign Of Life, chose que vous ne faisiez peut-être pas dans le passé sur les précédents disques d’Unleashed, faute de temps ? D’ailleurs, tous ces événements dans le monde t’ont peut-être inspiré… ?
Pas vraiment. Notre nouvel album aurait été fini de toute façon sans cela. Nous avons eu plus de temps libre, oui, mais je doute que cela aurait été fait plus rapidement sans la pandémie. On travaille toujours ainsi à notre rythme. Et non, les événements liés au corona virus ne m’ont inspiré en rien pour être honnête. C’est juste sacrément triste que ce soit arrivé. Je ne laisserai pour rien au monde cela affecter tout ce que nous créons dans le groupe.

Côté studio, avez-vous répété et enregistré ce quatorzième album studio différemment de ce que vous faites habituellement avec Fredrik Folkare et tes compagnons Anders et Tomas ?
Comme je te le disais précédemment, le processus de création a été le même qu’avant. Arrivés en studio, le processus d’enregistrement n’a pas changé non plus.

En tant qu’ingénieur du son et producteur, votre guitariste soliste Fredrik Folkare a-t’il encore produit ce nouvel album No Sign of Life comme les précédents ? Ce n’est pas dangereux parfois d’avoir un membre au sein du groupe qui produit tout car parfois, il peut manquer de recul sans l’œil critique d’un tiers, tu ne crois pas ?
Oui, il l’a  produit. Et non, je ne pense pas qu’il y ait un risque. Il est très professionnel, tu sais, et il écoute aussi ce que le reste d’entre nous pense, tout le temps, tout au long de l’enregistrement, mixage et mastering… C’est un processus avec de nombreuses contributions également d’autres personnes, et pas seulement des membres du groupe. Nous avons donc là un bon personnel, une équipe solide qui nous apporte leur contribution là où c’est nécessaire.

Le titre de ce nouveau disque semble très défaitiste et pessimiste : No Sign of Life. Peut-on y voir un clin d’œil à votre premier album studio Where No Life Dwells paru en 1991 ? Pourquoi le choix d’un tel titre ?
Ha ha ! (rires) J’ai entendu ici ou là déjà plusieurs fois cette remarque, mais désolé, non. Cela n’a rien à voir avec notre premier album. C’est très fortuit. La chanson elle-même parle des guerriers de Midgard chassant le Christ blanc dans la péninsule du Sinaï et, comme tu peux l’imaginer et donc le comprendre, en entrant dans un tel désert, tu ne ressens probablement « aucun signe de vie » tellement c’est inhospitalier…

Mais penses-tu vraiment qu’il n’y ait aucun signe de vie (NDLR : « No Sign of Life » en anglais donc) de nos jours sur Terre ? Il n’y a aucun espoir ? A l’écoute de l’avant-dernière chanson intitulée « It is Finished », j’avoue avoir été perplexe… (sourires)
Eh bien, c’est une histoire post-apocalyptique. Et donc je pense toujours que la terre d’aujourd’hui est pleine de vie (mais aussi de mort). Je crois aussi que l’ensemble de l’album est très positif. Il s’agit des « Midgard Warriors », c’est-à-dire des combattants sur Terre qui se battent pour leur mode de vie contre un ennemi très puissant, qu’ils tiennent à la gorge dans les deux dernières chansons de l’album. Après la grande bataille dans le désert du Sinaï, le Fils de Thor cloue le Christ Blanc lui-même sur une croix au sommet du mont Sinaï. « It Is Finished » est en fait la chanson sur les pensées et les esprits du Christ Blanc demandant à son maître/esclave pourquoi il l’a abandonné. Il sent clairement que c’est fini. Et je pense que n’importe qui aurait ressenti la même chose dans une telle situation de désespoir et de mort.

Au contraire, musicalement, No Sign of Life est très énergique et pas apathique. Parfois, on peut retrouver des influences thrash metal dans votre viking death metal typique, légèrement sur « The King Lost His Crown » ou « The Shepherd Has Left the Flock » par exemple. Bien sûr, le thrash metal a toujours fait partie aussi des racines du style Unleashed comme sur des albums Victory ou Hammer Battalion
En effet, c’est inévitable, je suppose. Tout ce que nous écoutons peut, bien entendu, avoir une influence sur nous, même si nous n’y pensons pas trop tout le temps. C’est inconscient. Il s’agit de garder les racines, et de ne pas se laisser trop influencer par d’autres styles dans leur ensemble.

Comment décrirais-tu par tes propres mots No Sign of Life et le placerais-tu dans la discographie d’Unleashed ? Proche d’un Hammer Battalion peut-être ? La pochette rappelle également l’album Sworn Allegiance, avec ce gros marteau de Thor représenté sur l’artwork. Qu’en dis-tu ?
Hum… Je ne sais pas vraiment répondre… Tu as peut-être raison. Je ne pense jamais ainsi, à vrai dire. Je passe juste du temps à créer de nouvelles choses. Mais il y a vraiment des similitudes avec les deux œuvres d’art dessinées en couverture, tu as raison. Je crois que ce nouvel album, même si c’est cliché de dire ça, est maintenant notre meilleur album à ce jour. (sourires)

Encore une fois, les leads de guitare sont incroyables sur No Sign Of Life !! Comme par exemple sur « The Highest Ideal », « Did You Struggle With God » ou « Here At The End Of The World ». Est-ce Fredrik qui les a tous composés et interprétés ? Tomas en a-t-il joué ?
Merci ! Tomas a fait quelques riffs sur le nouvel album mais je ne sais pas vraiment comment lui et Fredrik en ont séparé la structure. Désolé. Quoi qu’il en soit, Fredrik est comme d’habitude à l’origine de quatre-vingt-seize pour cent de toute la musique.

D’ailleurs, pour les guitaristes amateurs qui nous lisent : à propos de l’accordage de guitare en général utilisé sur les morceaux d’Unleashed, comment jouent généralement Fredrik et Tomas ? Est-ce en accordage ouvert en Drop #C (do) ou un accordage standard B (si) ?
Nous nous accordons sur un « B » (si) à la guitare en général.

Au niveau des paroles, No Sign of Life est-il un album conceptuel, et donc la suite lyrique directe de Dawn of The Nine et The Hunt for White Christ ? En général, il y a des cycles d’albums dans la discographie et la musique d’Unleashed ?
Eh bien, nous avons commencé à créer des chansons conceptuelles, oui, à partir du livre The World of Odalheim. En fait, je n’ai jamais eu le temps de finir le livre mais les chapitres sont maintenant devenus des albums depuis As Yggdrasil Trembles. Cela s’est en fin de compte transformé en chansons au lieu de chapitres dans un livre. No Sign of Life est donc le cinquième album maintenant suivant ce scénario.

Il n’y a plus de parties de guitare classique sur ce quatorzième album No Sign of Life comme vous l’aviez fait de manière fantastique sur l’album Odalheim. Il n’y a pas non plus de nouvelles chansons inspirées par l’univers de la Terre du Milieu de J.R.R. (Le Hobbit, et Le Seigneur des Anneaux), ni les jeux de rôle et des films comme vous l’aviez écrit pour les chansons « The Dark One » et Destruction (of The Race of Men) » sur votre album culte Where No Life Dwells, et plus tard Sworn Allegiance… Pourquoi avez-vous arrêté de nos jours ces deux expérimentations particulièrement intéressantes dans la musique d’Unleashed ? C’était original. Envisages-tu de recommencer ce genre de choses pour satisfaire les vieux fans que nous sommes ?
Oh, j’entends ce que tu veux dire, des parties de guitare acoustique ? C’est cela ? Oui, c’est vrai, il n’y en a pas cette fois. Je présume que Fredrik ne pensait pas que cela conviendrait cette fois-ci sur No Sign of Life… Concernant les chansons sur la Terre du Milieu, ha ha ! (rires) Eh bien ! Je suis d’accord que c’était en fait très amusant d’écrire les paroles dont tu parles. Tolkien a toujours une forte influence. Nous verrons ça à l’avenir. Il faut que ça s’y prête bien. Je pourrais facilement le refaire, en effet. Seulement, nous faisons maintenant le scénario mentionné précédemment à partir du livre sur Odalheim et son monde, donc on suit et crée de nouvelles chansons en lien à ce thème. Nous verrons donc bien où cela s’achèvera…

Avant de se quitter, as-tu une pensée à l’égard de notre vieil ami commun Lars Goran Petrov (R.I.P.) décédé bien tristement cette année… ? Votre guitariste Fredrik Folkare a d’ailleurs joué et collaboré deux fois avec L-G Petrov au sein de Firespawn. Quant à toi, à l’époque pré-Unleashed et pré-Entombed, tu as joué bien sûr quelques temps à la fin des années 80 avec Lars dans Nihilist avant que ce groupe culte ne splitte pour permettre à L-G, Alex Hellid, Nicke Andersson et Ulfe Cederlund de créer Entombed sans toi, alors que tu allais fonder de ton côté du coup Unleashed en 1989. Tout cela appartient à l’histoire… Avec le temps, je sais que vous étiez redevenus amis, toi et L-G… Unleashed avait d’ailleurs tourné avec Entombed, Grave, et Dismember pour une tournée du Big Four du death metal suédois dans le cadre du Masters of Death Tour en novembre 2006...
Oh, tu sais, je suis toujours resté bon ami avec L-G Petrov. Même après la scission de Nihilist. En effet, ça ne date pas d’aujourd’hui. Je pense que les gens en général pensent à l’époque où nous étions adolescents, et supposent que les choses étaient comme une petite guerre entre nous, mais ce n’était pas le cas à l’époque de Nihilist (1988-1989). Ce n’était pas si grave, vraiment. Et en ce qui concerne L-G Petrov, c’était une personne fantastique. Je me souviendrai toujours de sa personne, gentille, et de ses blagues débiles. Il n’y a jamais eu un mauvais moment où il était là. On rigolait bien. Les Walkyries sont venues le chercher beaucoup trop tôt, ça c’est sûr. Hail Odin !

Enfin, quels sont les projets pour Unleashed fin 2021 et l’année prochaine déjà peut-être ? Allez-vous donner un concert live en streaming sur internet pour la sortie de No Sign of Life à défaut de faire mieux, ou vraiment jouer en live avec la foule dans une configuration « normale » dans une salle ? Peut-on espérer vous voir live en Europe, et surtout en France ? Des festivals français d’été vous ont peut-être déjà demandés ?
Nous jouerons notre premier concert après la pandémie le 10 décembre aux Pays-Bas, au Eindhoven Metal Meeting Festival. Espérons que si le monde reste normal, nous pourrons simplement passer à autre chose. Je ne crois pas que nous ayons quelque chose de réservé en France au moment où nous parlons, mais j’espère bien le faire !! Quant à la sortie du nouvel album, il me semble un peu juste de lancer une sorte de fête. Je ne sais pas encore par conséquent quel genre ça va être par contre… Peut-être un concert en streaming, je ne sais pas encore… Merci encore Fred pour l’interview et ta fidélité. J’espère vous revoir tous sur scène, et ce, le plus tôt possible !

CHRONIQUE ALBUM

UNLEASHED
No Sign of Life
Viking death metal
Napalm Records

Tout d’abord, respect à Unleashed : quatorzième album studio et pas une ride, ou presque ! Si la formule n’a guère changé depuis le début des Suédois en 1989, le guitariste Fredrik Folkare a su, fort heureusement et progressivement, apporté de la diversité et de la mélodie dans le death metal brut et énergique de nos terribles Vikings. Rentre-dedans et moins varié, No Sign Of Life constitue le cinquième chapitre thématique écrit par Johnny Hedlund à propos d’Odalheim, le monde de l’après Ragnarök où les combattants de Midgard traquent le Christ Blanc jusqu’en Orient. Les soli de Fredrik étincellent toujours, avec quelques influences thrash de Tomas, même si des passages acoustiques auraient été bienvenus comme sur Odalheim, ou un certain Where No Life Dwells avec lequel il n’y a ici aucun lien malgré le titre. En temps de crise, les valeurs sûres rassurent et font du bien, alors même si l’on note aucune évolution musicale chez Unleashed, ne boudons pas notre plaisir de retrouver les pionniers du viking death metal (eh oui, ils étaient là avant Amon Amarth, pour rappel !). Hail Odin ! [Seigneur Fred]

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