VÍGLJÓS : Tome II Ignis Sacer

Second volet pour nos voisins helvètes de VÍGLJÓS qui récidive avec son black metal old school à la fois simple et alambiqué, presque hypnotique et progressif d’une certaine manière, s’inscrivant dans le sillage de ses pairs dont ils se revendiquent à la fois et en même temps veulent s’éloigner avec intelligence, non sans une belle singularité qui fait le charme de leur second album méfait intitulé Tome II ; Ignis Sacer (paru le 19 septembre 2025 sur le label français qu’on ne présente plus, Les Acteurs de l’Ombre Productions). Ses mystérieux membres ont bien voulu répondre à nos questions de manière collégiale et mystérieuse, derrière leur masques et tenues de moines apiculteurs, préférant l’expression de la plume à la webcam. C’est tout à leur honneur que nous leur offrons donc cette tribune qui nous a permis de mieux cerner ces trois êtres fortement imprégnés par la seconde vague black metal scandinave des années 1990… [Entretien réalisé par email avec l’ensemble du groupe VÍGLJÓS par Seigneur Fred – Photos : DR]

Tout d’abord, pourriez-vous vous présenter, s’il vous plaît ? Qui se cache derrière ces masques d’apiculteurs dans VÍGLJÓS ?
Nos identités importent peu, nous sommes un groupe d’amis unis par notre vision commune et notre amour de la musique… La formation actuelle se compose d’une batterie, de guitares, d’un mellotron et de chants.

D’où vient le nom de votre groupe, VÍGLJÓS, et que signifie-t-il exactement ? Est-ce un vieux mot celtique comme ELUVEITIE ? (mdr !) Ou un vieux mot allemand, peut-être ?
« Vigljos » signifie, en vieux norrois, une lumière juste assez brillante pour tuer. Nous l’avons trouvé dans un vieux manuscrit et cela nous a interpellés.

Pouvez-vous maintenant résumer l’origine de la fondation du groupe et son histoire, s’il vous plaît ? Comment a-t-il été fondé en 2023 en Suisse ? Aviez-vous d’autres projets musicaux avant cela ?
Nous nous sommes rencontrés avec l’intention de jouer du black metal old school. Certains d’entre nous étaient déjà actifs dans d’autres projets comme Gravpel, Signum Karg ou Aorrta, tandis que d’autres en étaient à leur premier projet.

Désolé si ça sonne un peu cliché, mais VÍGLJÓS est originaire de Suisse. Alors avez-vous grandi en écoutant de la musique comme Hellhammer et Celtic Frost, et plus généralement des groupes et disques de la première vague black metal ; ou avez-vous été davantage influencé par les groupes black scandinaves, et plus particulièrement norvégiens, de la deuxième vague, comme DARKTHRONE, MAYHEM, BURZUM, GORGOROTH, etc. ?
Nous avons tous des parcours musicaux très variés et avons été clairement influencés par tous ceux mentionnés ci-dessus. Cependant, nous ne considérons pas Vigljós comme un groupe hommage. Il est indépendant et allie des aspects du métal, du folk, du psychédélisme, du rock et du dungeon synth.

En écoutant votre nouvel album, Tome II – Ignis Sacer, les premières œuvres de Burzum sont probablement la principale influence de votre musique et de votre son. Êtes-vous personnellement d’accord avec l’histoire de Christian Varg Vikernes « Burzum », ses meurtres et ses opinions politiques, et avec ce qu’il affirme encore, surtout récemment ? A noter qu’il a vécu en France ces dernières années et a eu de sérieux problèmes avec la justice française…
Comme nous ne sommes plus sur TikTok, Varg n’a plus sa place dans nos vies. Il a perdu de sa pertinence il y a des décennies, et nous méprisons absolument sa vision du monde.

Votre précédent et premier album studio sorti en 2024 se nommait Tome I : Apidae. Selon vous, quelles sont les principales différences et surtout les principales évolutions entre celui-ci et le nouveau Tome II : Ignis Sacer, avec un peu de recul aujourd’hui ?
Il y a maintenant deux sons de cloches à vache, on va dire… (rires) Non, mais sérieusement, on trouve que c’est plus élaboré, tant au niveau du son que de l’écriture. Nous avons élargi notre palette musicale et l’album, dans l’ensemble, semble plus mature et unique.

Le son général de l’album est très brut et direct sur Tome II : Ignis Sacer, notamment la distorsion des guitares. Vous souhaitiez un son très brut et une approche old school ?
Où l’avez-vous enregistré ? Chez vous, en home-studio, peut-être ? On apprécié ce son live sur ces nouveaux morceaux…

L’album, comme le précédent, a été enregistré au Hutch Sounds Studio d’Oberwil par Marc Obrist (de ZEAL & ARDOR). Il a fait un excellent travail en conservant notre essence et notre côté brut, tout en donnant à notre son une profondeur particulière. L’album sonne exactement comme nous l’avions imaginé.

Sur ce nouvel disque, vous usez, sans en abuser, de claviers qui sonnent presque religieux, tubulaires, comme de l’orgue, mais vous les utilisez peu sur l’ensemble : d’abord dans l’intro « Sowing » ; ici et là, comme sur « Dellusions of Grandeur », qui rappelle un peu le split EP Wrath Of The Tyrant d’Emperor/Enslaved ; et aussi à la fin de « Fallow – A New Cycle Begins ». Souhaitez-vous ici rendre hommage à ces anciennes formations cultes du black metal comme EMPEROR, ENSLAVED, BURZUM ou SATYRICON (époque Dark Medieval Times) ?
Comme nous avons complètement laissé de côté la basse, nous avons toute une palette sonore que nous pourrions occuper avec autre chose. Le mellotron et le synthé que nous utilisons s’intègrent parfaitement et constituent un élément central de notre son.

Concernant la chanson « Claviceps », elle parle de drogues hallucinogènes, et plus particulièrement du champignon qui peut vous transporter dans un état second, comme d’autres drogues et l’alcool. Pourriez-vous nous expliquer les paroles de ce morceau de l’album ? Avez-vous utilisé ce champignon dans un gâteau ou d’une autre manière pour composer cette belle chanson ?
Ce nouvel album est entièrement construit autour du phénomène de l’ergotisme et de ses effets sur la société. Au Moyen-Âge, on s’empoisonnait volontairement ou non avec ce champignon. C’est également la base à partir de laquelle le LSD a été synthétisé dans les années 1960 par Albert Hoffmann dans notre ville natale. L’impact considérable de ce champignon sur notre histoire et sur l’histoire de l’art et de la musique en général nous fascine depuis un certain temps déjà. Cependant, nous vous déconseillons fortement de le consommer cru, car il est hautement toxique et potentiellement mortel.

Sur ce Tome II : Ignis Sacer, le chant est également très brut, typique du black metal. À Luca Piazzalonga : Avez-vous beaucoup répété et préparé vos parties vocales avant d’aller en studio, car elles sont parfois tellement schizophrènes et maléfiques ?!
Le chant, lui, vient très naturellement. Nous improvisons et expérimentons beaucoup, et nous le considérons comme un quatrième instrument plutôt qu’un simple élément narratif.

VÍGLJÓS semble très proche de la nature, et peut-être aussi du paganisme. On entend des sons de la nature à la fin de l’album, dans les dernières secondes du septième morceau, « Harvest ». Y a-t-il un message écologique à travers vos paroles et les thèmes abordés ?
Nous utilisons des allégories dans notre art pour véhiculer un message ou un sentiment. Dans le premier tome, nous faisions référence aux abeilles pour formuler une critique sociétale, tandis que le deuxième tome est construit comme un cycle qui peut être vu à la fois comme une référence à la culture du blé et au totalitarisme. Écoutez-le et faites-vous votre propre opinion : expliquer l’art le rend générique.

De nos jours, la scène black metal semble redevenir underground, un peu comme au début des années 1990. Qu’en pensez-vous ? Est-ce une bonne ou une mauvaise chose, selon vous ?
Tant qu’il y a de la créativité et des gens passionnés et passionnés par la musique, peu importe son ampleur. Nous ne sommes pas là pour la gloire et la fortune. (sourires)

Sur les photos promotionnelles du groupe, on ne voit pas votre visage à cause de votre masque spécial, semblable à un panier renversé. Vous n’avez pas de douleurs mortelles, ni d’armes, ni de sombres peintures en noir et blanc sur le visage, mais des vêtements à mi-chemin entre ceux des moines et ceux des apiculteurs… Il est important pour vous de préserver votre identité afin de rester mystérieux et votre musique doit captiver le public.
Nous avons choisi de ne pas montrer nos visages, car ils n’ont tout simplement pas d’importance. Nous ne faisons pas de mystère de qui nous sommes, mais cela ne fait tout simplement pas partie de notre art. En fait, VÍGLJÓS est plus que la simple somme de ses créateurs, ça va donc plus loin que les apparences.

Pour conclure, quels sont vos projets avec VÍGLJÓS pour cette fin d’année 2025 et en 2026 ? Un Tome 3 avec un nouvel album studio ? Peut-on espérer vous voir bientôt en concert en France ? Lors d’une soirée spéciale du festival Les Acteurs de L’Ombre avec les artistes du label quelque part en France, peut-être ? Lors de festivals d’été l’an prochain ? (Hellfest, Motocultor, Sylak…)
On verra bien. On entamera d’abord une plus grande tournée en Europe et dans les Balkans cet automne, puis en Afrique au printemps prochain. On ne sait pas encore ce qui se passera ensuite !

Tome II : Ignis Sacer - VÍGLJÓS
VÍGLJÓS
Tome II : Ignis Sacer
Black metal
Les Acteurs de l’Ombre Productions

Les « Suisses masqués », tels des apiculteurs, du groupe VÍGLJÓS dont le nom signifie en vieux norrois « La lumière juste assez brillante pour tuer » [voir interview Metal Obs ci-dessus], récidivent déjà avec un Tome II faisant suite à leur galette « apicole – Apidae » publiée en 2024 (chez Dusktone). C’est aussi la première sur le label français Les Acteurs de l’Ombre Productions. Le chemin de black metal emprunté ici est clairement atypique, se ressourçant dans l’histoire de la paysannerie médiévale, plus particulièrement liée ici aux psychotropes présents dans la nature… A consommer avec modération donc. Les autochtones le savaient d’ailleurs. Ses habitants des montagnes privilégiaient les vallées pour leurs activités, certes, car les cimes n’apportaient que rudesse et stérilité de la roche. Les ruches de VÍGLJÓS sont à mi hauteur de la montagne, avec leur son black metal brut et sec, et par rapport au précédent opus, le passage chez Marc Obrist (ZEAL & ARDOR) a été visiblement salutaire pour magnifier ce nouvel assaut de true black metal.

Mais ce Tome II : Ignis Sacer est contrebalancé : à l’abri de la vallée, la tempérance viendra des synthés et du mellotron (« Delusions of grandeur… », avec ses nappes arrières hypnotiques, flottantes, remplaçant la basse et son épaisseur. Justement. C’est par moment basique et terriblement accrocheur, mais aussi paradoxalement un peu redondant. Fort heureusement, les riffs de guitares possèdent suffisamment de crunch pour bien dépoussiérer vos cages à miel. Il y a même un certain groove ici. Le chant a gagné en étendue à partir de sa prédilection pour la tessiture aigue, allant toujours jusqu’aux hurlements : grande expressivité. (« A Seed Of Aberration »,  » Delusions of Grandeur »).

Il serait aisé de faire le lien avec les racines du groupe se trouvant dans une certaine vague norvégienne des années 1990’s dont les trois membres de VÍGLJÓS ne se cachent pas, et plus particulièrement avec un certain on man band norvégien fortement sulfureux à cette époque… Si nous parlons d’un chant à la fois mélancolique, limite maladif (pour ne pas dire schizophrène ici) et guerrier, accompagnant un son black metal froid et brut, le tout dans un imaginaire lié à l’histoire paysanne… Cela ne vous évoque rien ? Revoyez la pochette de l’album Filosofem de qui vous savez… ! Mais un tel raccourci musical et lyrique serait trop simple : l’art de VÍGLJÓS est fait de contrastes, à l’image de leur fief géographique naturel, fait de plaines, vallées et haute montagne. On baigne ici entre une approche à la fois simple et alambiquée, presque hypnotique, oui, mais dans le sens progressif (« The Rot », etc.), avec des fulgurances heavy dans certains breaks et plans de guitares (« A seed of Aberration », « Harvest »).

Les morceaux apportent beaucoup d’idées, par exemple : la batterie martiale au début de « The Rot », quelques bruits de natures en outro (« Harvest »), avec une démarche presque proto black 1980’s. On entend même le « ouh ! » exclamatif de Tom G. Warrior (ex-CELTIC FROST, TRIPTYKON ex-HELLHAMMER, APOLLYON SU) sur, encore une fois, la chanson « Delusions of Grandeur » qui sort un peu du lot. Beaucoup de choses, de directions, certes… Mais, défauts de ces qualités, nous ne retrouvons pas justement l’accroche des groupes scandinaves de cette fameuse scène black métal 90. Les univers paysans, populaires, et médiévaux, ave son ergotisme, sont dans un mélange constant et dans une certaine fragilité structurelle. Alors oui, VÍGLJÓS fait part d’une ambition esthétique dans ses titres plutôt longs, mais il y manque peut-être un message en cohérence, quelque part suivant le bon sens paysan. En tous les cas, beaucoup de voies leur sont ouvertes pour l’avenir qui s’annonce peut-être radieux et brillant comme son nom le signifie, à condition qu’il affine davantage le sillon qu’il est en train de creuser. Et cela commence par la scène toute une série de concerts en Europe et même en Afrique ! [Morbidou]

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