VOIVOD : Synchro Anarchy

VOIVOD
Synchro Anarchy
Metal progressif
Century Media

Synchro-Anarchy-cover

Voivod, groupe unique sur la scène metal internationale, tient le rythme des trois à quatre années entre ses sorties studio, le dernier en date, The Wake ayant laissé de très bons souvenirs aux fans. En guise d’interludes, nous avons cependant eu droit au EP The End of Dormancy, ainsi qu’un live intéressant enregistré à la maison : Lost Machine (2020). Quelle générosité tant studio que sur scène de la part de nos vétérans cousins québécois qui nous livrent à présent ce Synchro Anarchy. Alors quid du cru 2022 ? Eh bien, ce qui ressort dans un premier temps est la grande maturité des Canadiens si novateurs dans les années 80’s avec leurs terribles War and Pain (1984) et Killing Technology (1987) qui font encore écho aujourd’hui, même si clairement Voivod a ralenti ici le tempo et les décibels. Mais on ressent une osmose parfaite entre ses membres. La patte intemporelle de Voivod demeure la même, à la différence que ce sont des influences plus progressives et space rock qui dominent nettement. Il faut dire que l’imagerie futuriste a toujours été sa marque de fabrique : ce côté froid presque industriel et l’espace sidéral extra-terrestre. Sur cette quinzième galette studio, on retrouve avec plaisir ce monde. La sauvagerie techno thrash des débuts a néanmoins disparu. Le temps est donc loin où Voivod explorait la bordure extérieure des limites du metal, avec le feu mécanique de Dark Vador. Ici, le vaisseau vole à l’expérience dans un hyper-espace rock/metal relativement sécurisé (« Quest for Nothing” et son break prog’ atmosphérique). Mais les saccades et accélérations ne sont pas absentes pour autant, elles surgissent comme des astéroïdes dans l’espace, passent, puis soudain quittent les radars. Le capitaine Denis Bélanger, alias “Snake”, pousse encore à certains moments quelques vocaux punks ou écorchés sur la plupart des neuf morceaux, qui, dans l’ensemble, sonnent très progressifs dans leur approche structurelle (« Paranormalium », « Sleeves Off »).

Sur cette base solide, le groupe de Joncquière (Québec) assume tout de même quelques petites prises de risques, comme par exemple les vocaux heavy crooner sur la chanson-titre, ou bien les parties plus heavy/speed de « Sleeves Off ». Paradoxalement, le retour de l’accessible Voivod époque Angel Rat (1991) sur « The World Today », ou l’influence vieux rock des années 60’s-70’s de « Memory Failure » (ils avaient d’ailleurs fait une reprise de Pink Floyd sur leur dernier album live), s’entremêlent intelligemment à toutes ses incartades plus novatrices citées précédemment. La guitare de Chewy apprécie ainsi de partir dans des tonalités plus aigües sur des colorations jazzy. Quant à la batterie d’Away, elle est métronomique et très claire dans le mixage sonore, nous rassurant dans ce dédale ponts et digressions. Enfin, la basse de Rocky n’est pas loin de prendre l’ascendant sur la guitare parfois sur des chansons telles que « Synchro Anarchy », « Planet Eaters », et surtout l’ultime « Memory Failure » véhiculant une certaine agression oppressante de ligne arrière.

En guise de conclusion, alors non, nous ne sommes peut-être pas sur le niveau de standards de Voivod comme Killing Technology, Dimension Hatross, et les fans qui appréciaient davantage la violence d’antan de leur techno thrash metal passeront leur tour. Non, on ne trouvera pas là de traces de War and Pain, Rrröööaaarrr, ou Negatron, vous l’aurez compris. C’est ainsi et cela appartient désormais au passé. Malgré tout, Synchro Anarchy reste solide, cohérent, inventif, et nous balade dans une autre galaxie, plus accessible celle-ci et soft, de ce groupe aussi singulier qu’a toujours été et sera Voivod. [Morbidou & Seigneur Fred]