WE CAME AS ROMANS : L’âge de la maturité

Pour quiconque découvre leur musique, impossible de les enfermer dans une case. À la croisée du metalcore, de l’électronique agressive et d’une écriture profondément introspective, le son des Américains oscille entre brutalité et lucidité, force brute et poésie. Un chaos maîtrisé, toujours au service d’une réflexion plus vaste. Paru cet été, le tout nouvel album de We CAME AS ROMANS, intitulé All Is Beautiful… Because We’re Doomed, s’annonce comme leur œuvre la plus aboutie, tant sur le fond que sur la forme. Pensé comme un concept album, il a nécessité de longs mois de travail méticuleux, chaque morceau, chaque transition, chaque ligne de texte ayant été conçu avec une précision chirurgicale. Ce n’est donc pas un simple enchaînement de titres et remplissage comme bien souvent dans le metalcore actuel, mais un récit, un ensemble cohérent porté par une vision forte défendue ici par l’un des musiciens que nous avons pu interroger au sujet de cette septième offrande… [Entretien réalisé avec Andy Glass (basse) par Emma Hodapp – Photo : DR]


Dans le premier single que vous avez dévoilé, « Bad Luck », vous évoquez les épreuves que le groupe a traversées au fil des années. Diriez-vous que ce nouvel album est le plus personnel de votre carrière ? À l’origine, la chanson “Bad Luck” parlait de l’idée que le groupe était peut-être maudit. Nous avons traversé tant d’épreuves, de difficultés et de revers, souvent hors de notre contrôle (en tournée et en dehors), qu’on s’est demandé si on allait s’en sortir. Mais à travers ces moments durs, on a trouvé des occasions de grandir et un sens à ce qu’on faisait. Quand on est confronté à l’adversité, on ne fait pas demi-tour. On l’affronte, et le fait de surmonter ces obstacles nous a rendus plus forts, plus solides, et plus capables qu’on ne l’aurait jamais imaginé.

J’ai même l’impression que ce disque marque un tournant pour le groupe, notamment sur le plan technique. Selon moi, le morceau qui incarne le mieux cette évolution s’appelle « Culture Wound », qui a beaucoup changé au cours des sessions studio et reflète vraiment cette quête de précision et de dépassement de soi…
« Culture Wound » a connu un parcours assez particulier. Au départ, Will, Dave et moi l’avons écrite autour d’un tout autre concept, plutôt centré sur les grands laboratoires pharmaceutiques, l’addiction et la médecine. Mais le morceau a beaucoup évolué, tant au niveau musical que lyrique. À un moment, on l’avait même mis de côté, puis en studio, on l’a relancé, en gardant son énergie d’origine, mais avec un sens plus personnel. Le thème final pose cette question : « La nature humaine est-elle une maladie ou un salut ? L’enfer, ou le paradis envoyé à une fin amère ? » C’est une réflexion sur notre impact en tant qu’espèce : sommes-nous en train d’améliorer ou d’aggraver le monde ? D’aider ou de blesser les autres ?

Vous poursuivez également l’héritage de votre regretté chanteur, Kyle Pavone—en particulier dans les lignes vocales. Comment parvenez-vous à vous réinventer sans trahir l’ADN originel du groupe ?
Perdre Kyle a été l’épreuve la plus difficile qu’on ait traversée. C’était comme perdre un frère. On a partagé tant de souvenirs, on s’est battus ensemble pour atteindre nos objectifs, on a connu les hauts et les bas de la vie et des tournées. Quand une pièce essentielle de ce qui fait ton groupe disparaît, c’est difficile de continuer à évoluer sans se perdre. On y est arrivés en s’ouvrant les uns aux autres, en apprenant à lâcher prise, à écouter, et à essayer de nouvelles choses. Bien sûr, on aurait pu refaire ce qu’on savait déjà faire, ou ce qui venait naturellement, mais cet album n’a pas suivi ce chemin. Hors de question donc de simplement reproduire les recettes qui marchaient… On a trouvé une vraie joie dans le fait de repousser nos limites et de créer quelque chose de nouveau. C’est comme ça qu’on garde notre passion vivante.

Il y a quelques semaines, vous avez sorti « Where Did You Go ? », le troisième single de l’album. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce morceau ?
Je crois que « Where Did You Go ? » a été l’un des derniers morceaux qu’on a écrits. Il nous fallait quelque chose de différent, qui garde notre tranchant, mais qui s’intègre bien à l’album. Les paroles sont assez ouvertes à l’interprétation pour chaque membre. On avait tous des idées différentes en tête, mais elles tournaient toutes autour du même thème. On a donc choisi de rester dans l’ambiguïté. Pour moi, c’est une question adressée à cette version meilleure, plus élevée, de soi-même : « Où es-tu passé ? » Dans un monde qui nous tire dans tous les sens, il est facile de se perdre, mais chaque fois que je ressens ce besoin de me recentrer, je me pose cette même question : « Où es-tu passé ? ».

Qui a réalisé la pochette de l’album ?
La pochette de l’album a été conçue par Aaron Nandor. C’est un artiste génial, et une personne encore plus incroyable. On voulait une image qui reflète le concept du disque—au départ j’avais quelques idées, mais à mesure que les morceaux prenaient forme, on a fini par s’arrêter, avec notre équipe, sur l’image d’une grotte remplie de couleurs vibrantes. Les pochettes des singles sont en noir et blanc (comme une sorte de jaquette), mais l’album complet regorge de couleurs, pour symboliser que, dans le bon comme dans le mauvais, la vie peut être belle et pleine de nuances. On joue aussi avec cette idée : est-ce l’aube ou la nuit qui tombe ? Difficile de savoir quand on est à l’intérieur de la grotte.

Vous serez en concert le 1er octobre 2025 au Trabendo, à Paris. Que représente cette date pour vous ? Ce sera votre première fois dans cette salle, non ?
J’adore jouer au Trabendo ! On a déjà joué plusieurs fois dans la petite salle, et à chaque fois, c’est une expérience incroyable : des stage dives, du pogo, le public qui chante avec nous, et une ambiance de pur bonheur. En plus, la nourriture, le vin, le fromage et les paysages sont incroyables. Je prends toujours le temps de me balader dans Paris. Alors oui, on est plus qu’impatients d’y revenir, c’est toujours un endroit où l’on a hâte de jouer ! Quelque chose à ajouter ? J’essaie d’être plus ouvert et vulnérable en interview, parce que je veux que les gens comprennent que, comme tout le monde, les artistes traversent des hauts très hauts, mais aussi des bas très profonds. Ce disque est une réussite, mais sa création a été extrêmement difficile. Il y a eu des moments de solitude, de peur, de doute—on a cru qu’on n’y arriverait pas. On a failli craquer sous la pression. Mais on a continué à avancer, à se soutenir, et on a appris à être honnêtes et vulnérables sur ce en quoi on croit. À tous les artistes : n’abandonnez pas ! Même quand tout paraît sombre, continuez. Vous êtes peut-être à un seul pas de créer quelque chose qui va changer votre vie, et celle des autres. C’est ça, être créatif, être un artiste.

All Is Beautiful… Because We’re Doomed - WE CAME AS ROMANS
WE CAME AS ROMANS
All Is Beautiful… Because We’re Doomed
Metalcore
Sharptone Records

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