Nouveau venu sur la scène post black metal atmosphérique, voici DE L’ABÎME NAÎT L’AUBE !! Depuis sa Suisse romande natale, la tribu de DANA (pour les intimes) s’est formée vers 2022 et publie en février 2026 son 1er album intitulé Rituel : Initiation ( @hypnoticdirgerecords ). Ce titre à la fois clair et paradoxalement énigmatique nous invite à se retrouver, se ressourcer avec philosophie dans un univers ésotérique de reconnexion avec la nature et surtout soi-même, sans pour autant tomber dans les travers des sectes malgré les apparences de leurs superbes vidéo clips à l’esthétique très léchée (« Le Vertige d’une Descendance », « Un Sanctuaire de Cendres »…). Ce premier essai produit par Tim De Gieter (DOODSESKADER, ex-bassiste d’AMENRA) et masterisé par notre ami Nikita Kamprad (DER WEG EINER FREIHET) captive tout autant qu’il interroge car les influences sont riches et diverses, et l’ambiance est vraiment captivante et emprunte d’une certaine poésie. Les fans de post metal, post black metal, metal atmosphérique en tout genre, et autre blackgaze, etc. seront aux anges. Et il faudra donc désormais compter sur le sextet helvète DANA dont les membres ont des projets plein la tête. Ils se produisent d’ailleurs déjà en concert un peu partout en Europe. [Entretien réalisé par Zoom avec Seb (chant), Dom (guitares), Val (batterie) et Fantine (chants) par Seigneur Fred – Photos : DR]
Si l’on s’attendait à chroniquer un énième album de black metal mélodique/atmosphérique francophone à la vue de ce Rituel : Initiation, eh bien non ! Enfin pas tout à fait… Le spectre observé tout au long des cinq longs titres qui composent ce premier essai de longue durée, est bien plus complexe à vrai dire ! Et donc doublement plus intéressant à sa découverte à la l’écoute, et donc à chroniquer par votre serviteur… La famille, la tribu de DANA [acronyme du groupe DE L’ABÎME NAÎT L’AUBE] propose une musique, ou plutôt une vision artistique à la fois musicale et lyrique fort en émotions avec un univers extrêmement pensé et travaillé, qui représentent un dépassement de plusieurs genres de metal, voire d’un certain rock tout court… Car DANA, ce n’est pas que du black metal ou du post black metal, pour le passage oblige d’étiquetage dans notre analyse de journaliste passionné (et bénévole, rappelons-le !).
Le coin de terre montagnard du metal mélangeant, disons, le post rock au death mélo pour les parties rugueuses de la roche, à l’atmosphérique doom chamanique, presque hypnotique par moment, pour représenter l’air d’altitude, ne semblait pas occupée par un quelconque seigneur jusqu’à présent ! ELUVEITIE, peut-être, en version folk/death metal peut-être, ou bien, comment ne pas penser un peu à AORLHAC pour le côté rugueux et brut du black, et diverses formations de post black européennes ou américaines pour le côté plus édulcoré et atmo (WOLVES IN THE THRONE ROOM…), mais là encore DANA s’affirme déjà sur ce premier opus finalement assez hybride.

Dans cette vallée suisse des cantons francophone (Suisse romande), peut donc éclore cet album Rituel – Initiation, né avec l’aide d’un crowdfunding des fans membres de la tribu de DANA. Des fans certainement envoûtés auparavant, c’est le mot juste, par les performances live du groupe qui n’est cependant pas une secte ici, fort heureusement ! Néanmoins, les mots initiations, rituels, émotions, et puissances résonnent ici au pluriel. Une famille donc, une tribu, où chaque membre du groupe, non seulement assure le fait d’être musicien, mais aussi chacun s’occupant d’un autre aspect de la gestion de la maison : écriture des paroles, production, communication (écrite, visuelle, artwork, réseaux sociaux, etc.), son, etc. Côté esthétique : les membres du sextet sont vêtus tout de blanc immaculé, l’imaginaire développé par le groupe est ancré, passionnant et immersif. Cet univers évoque notamment le chamanisme (évident avec les chants diphoniques de Sébastien), la nature, la place de l’humain en général dans notre société où les relations et valeurs se perdent, s’individualisent, et en particulier une certaine présence cosmique du féminin représenté ici d’une certaine manière par la chanteuse Fantine Schütz (arrivée en fin de notre entretien vidéo malheureusement)… Ce parcours rituel évoquerait plutôt un cérémonial qu’un « simple » album conceptuel.
Musicalement, les cinq morceaux, hors l’interlude « Une première épiphanie », alternent rigoureusement des parties emphatiques, suspendues dans l’atmosphère des massifs alpins, et des déflagrations de riffs claquantes comme l’orage des cimes qui se déchainent sur les monts alpins brumeux… Ces parties sont alors liées par des breaks lourds ou plus acoustiques, des ponts où les soli aériens de Dominique, parfois introductifs, reviennent structurer le morceau tout en lumière. Signalons que les différents vocaux ici, visiblement très importants pour le groupe, sont à l’avenant des changements de tempos : pour Fantine, ses interventions vont des envolées cristallines en chant clair aux growls de chœur death mélodique ; pour son pendant masculin, Sébastien, on passe du chant screamé black, aux diphonies sibérienne (pour cela, nous ne pouvons que vous recommander le top du top en matière folk shamanique avec NYTT LAND : interview ici) ou mongols, parfois au chant clair également.
Pour illustrer son propos, DANA nous a d’ailleurs gratifiés depuis plusieurs mois de trois magnifiques vidéo clips permettant d’approcher son monde, afin de peut-être mieux aussi percevoir son message. Ces films ont clairement une signature visuelle, une empreinte philosophique qui sert la musique. Là encore, c’est extrêmement travaillé, léché. Par exemple, parlons du titre « Un Sanctuaire de Cendres » débutant par des riffs post-rock lourds mais où nous rencontrerons un chœur mêlé rituel en chant clair de Fantine Schütz et Sébastien Defabiani au milieu de soli de guitare doux et légers comme un matin de printemps. L’intervention de Fantine au premier tiers du morceau, cristalline et profondément aérienne constitue assurément une perle du morceau. ..
Quant au single « Le Vertige d’une Descendance », celui-ci nous paraît le titre à la fois fort, et emblématique, de ce seulement premier album, rappelons-le ! S’ouvrant par un riff en élévation dans l’infini, assez marquant, nous passerons là encore par des phases plus lourdes, des chœurs chamaniques sur la musique de nouveau apaisée, avant un retour du riff en élévation d’introduction accompagné de chœurs cristallins. Superbe.
Ce court, mais difficile, track by track, démontre que l’appellation d’album concernant Rituel – Initiation n’apparait pas pertinente. Les morceaux eux-mêmes sont tous traversés de multiples ambiances et variations qu’il serait trop fastidieux de les décortiquer davantage ici au risque d’y perdre leur sens, de leur faire perdre leur âme, même si, nous insistons, tout semble rigoureusement codifié chez DANA en fin de compte ! Chaque partie a son sens, chaque élément est pensé, et a sa place. D’ailleurs, son leader et tête pensante, Sébastien Defabiani, ne se cache pas, comme il nous passionnément expliqué durant notre entretien.
Chez DE L’ABÎME NAÎT L’AUBE, les alternances musicales entre les parties ressembleraient presque aux vicissitudes de l’existence : nous aimons à la fois l’introspection atmosphérique et douce (les beaux riffs suspendus, les doux vocaux cristallins en élévation, etc.) mais acceptons aussi « l’adversité » dispensée par les riffs d’airain imposants en nappes, symbolisant l’action d’avancer dans la vie. Rituel, rituel,… Nombreuses sont donc les forces du groupe pour avancer sereinement dans le futur, avec un univers, disons, très complexe, pouvant interroger cependant, comme certains types de chants peut-être « sous-utilisés », même si présents ici, auxquels la présence d’une plus grande variété peut-être dans les riffs dit « orageux », et encore, seraient bien les seules remarques à formuler pour ce premier album solide et attirant, remarqué et plus que remarquable déjà.
Avec le plaisir d’être témoin et prendre part à l’un de leurs prochains concerts, telle une cérémonie du bonheur et du malheur, lors de leur tournée européenne ici et là. [Morbidou]

Publicité