
Dans la galaxie black metal francophone, Malhkebre se pose comme un résistant, puisant dans l’orthodoxie originelle du style, tout en y incluant quelques références death metal et divers éléments plus contemporains. Mais au delà des influences, la musique de Malhkebre met effectivement un grand coup de pied dans notre société bien pensante via des textes brutaux, voire martiaux, et une volonté inébranlable de marteler l’auditeur sans lui laisser le temps de respirer. Metal Obs s’est entretenu avec la formation toulousaine afin de mieux cerner sa philosophie, sa musique et sa direction artistique inébranlable autour de leur nouvel et troisième brûlot intitulé B.A.M.N , digne successeur de Satanic Resistance ! [Entretien réalisé par email avec Eklezjas’Tik Berzerk (chant) par Dave Saint Amour – Photos : DR]

Comment présenteriez-vous votre musique et MALHKEBRE à un néophyte ?
Salutations, MALHKEBRE est un groupe de metal extrême dédié à l’Adversaire, fondé en 2001
dans la région toulousaine. Ce groupe n’est pas un loisir, mais une nécessité, une nécessité pour ses géniteurs qui, au travers de celui-ci éructent leur amertume de ce monde, afin de mieux y trouver leur place. Il n’y a aucun plan de carrière, juste le besoin de se retrouver entre frère pour suivre un même chemin. Nous sommes des moine-soldats au service d’une cause plus grande que nous et qui dépasse l’entendement.
Mais au fait, que signifie ce nom « MALHKEBRE » ? Quelle est son origine ? Peux-tu nous en dire plus s’il-te-plaît ?
MALHKEBRE est un de Ses Messagers, nous n’avons pas choisi ce nom, il nous a été dictée et
nous l’avons embrassé.
B.A.M.N, votre nouvel opus est sorti le 30 avril 2026 chez Battlesk’Rs Productions. C’est votre troisième album. Il y est décrit dans sa présentation comme une « volonté de créer au centre de l’orthodoxie musicale ». Entendez-vous ainsi de rester fidèle au black metal des origines ? Et que pensez-vous de l’évolution du black avec une partie de la scène qui, par l’ajout d’éléments venant d’autres scènes, la transforme peut-être trop radicalement ?
Nous sommes en effet fidèles au black metal des origines, celui-ci nous alimente et nous anime. Toutefois nous ne sommes pas enfermé dans une vision spécifique. Nous sommes libres, comme l’était les géniteurs du black metal et en ce sens nous sommes fidèles à ses origines. Le fait que le black metal se transforme au fil des décennies, il n’y a rien de surprenant à cela. D’ailleurs, la manière dont nous sonnons est finalement très contemporaine. Le problème bien souvent ne réside pas dans le fait d’ajouter des choses d’autres scènes, ou de transformer le black metal. Le problème vient principalement de l’intention avec laquelle cela est fait. Dans quel but certains transforment le black metal. Nous sommes avant tout fidèles à nous-même et au Tout-Puissant, celui-là même qui
nous impose de douter pour mieux comprendre et appréhender ce monde.
Le titre d’ouverture de B.A.M.N. annonce vos intentions belliqueuses à l’égard de certains aspects de notre société et ces intentions sont déclamées en français. Etait-il important pour vous de bien affirmer votre propos dans notre langue afin de ne laisser aucune ambiguïté ?
En effet, c’est important. Sur chacun de nos disques j’ai utilisé la langue française. C’est la
première fois que je l’utilise aussi peu d’ailleurs. Toutefois le français reste ma langue maternelle, et c’est important pour moi de m’exprimer en français. Je ne suis pas certain que cela aide à ôter toute ambiguïté, toutefois cela n’est pas l’objectif principal. Ces choix sont un besoin, ils se font à l’instinct et au feeling.
Et de ce fait, pourquoi switcher ensuite sur l’anglais afin de propager la bonne parole du
« messager » ? Et quel propos entendez-vous développer sur B.A.M.N. ? Etes-vous toujours dans cette « résistance » évoquée par votre précédent LP Satanic Resistance ?
Encore une fois, cela n’a pas été conscientisé, les titres de cet album sont assez directs. L’anglais m’est venu naturellement. Certaines thématiques méritaient également que le plus grand nombre puisse comprendre facilement ce qui nous anime et à ce titre l’anglais est plus fédérateur. Nous sommes toujours dans la resistance, peut-être même encore plus qu’en 2019, année de sortie de notre album précédent. Le monde et surtout les humains qui peuplent celui-ci nous abreuvent chaque jour de sujets, qui font que nous n’avons pas d’autres choix que de continuer le combat. Alors oui, nous sommes toujours en résistance et nous le clamons haut et fort.
Mais que signifie au juste ce titre d’album composé de l’acronyme « B.A.M.N. » ? Y’a-t’il une
volonté ici de s’inspirer de ce qu’a pu faire DARKTHRONE sur sa période punk/black’n roll avec les albums The Cult Is Alive et surtout F.O.A.D. (= « Fuck Off And Die ») ? (sourires)
« By Any Means Necessary » !!! Malhkebre revient de loin, de très loin, nombreux étaient nos
détracteurs qui pensaient que l’on ne foulerait plus les planches. Nous sommes de retour et tous les moyens sont bons pour propager Sa parole. J’avais choisi ce nom d’album, toutefois je le trouvais trop long donc j’ai choisi de l’abréger B.A.M.N. !!! Un peu comme une explosion, un coup dans la gueule, « BAMNNNN » !!! Je trouvais ça beaucoup plus efficace et original.
On décèle toutefois quelques influences death metal dans votre black. Et dans une interview donnée il y a quelques années à Pierre, pour Le Scribe du Rock, tu citais le premier DEICIDE dans les vingt albums les plus importants pour Malhkebre. Comment ce style s’infuse dans votre musique ?
Oui. Nous écoutons tous du death metal, et d’ailleurs pleins d’autres styles, donc cela doit forcément se ressentir à l’écoute de nos titres. Cela s’infuse de manière inconsciente dans notre musique. En fait, nous n’avons pas de dogme établit par rapport à cela. Seule l’intention compte, si l’intention est là et que le résultat nous convient alors nous ne nous posons pas de questions. Nous sommes libres et ça personne ne peut nous l’enlever que cela plaise ou non. Effectivement les premiers Deicide nous correspondent bien plus que 80% de ce qui sort et est étiqueté black metal de nos jours.
Meynach , de MÜTILATION , intervient sur B.A.M.N. sur le titre « You Failed ». Expliquez-nous svp dans quelles circonstances est née cette collaboration avec cet artiste culte du black metal francophone ?
C’est assez simple, je connais Meyhnach depuis 1996, soit plus de trente ans. C’est une personne culte, certes, de cette scène, toutefois pour moi, c’est avant tout un Frère d’arme. Lorsque l’on a eu l’idée de réenregistrer ce titre qui était sortie sur une cassette limitée à 100 copie en septembre 2023, je me suis dit, cela serait intéressant de mélanger nos voix sur cette nouvelle version. J’en ai parlé à Meyhnach et il était très motivé, tout simplement. Ce titre symbolise trente ans d’amitié, de combat, de trahison… We Need No More Traitors !
B.A.M.N. a été enregistré en 2024 et ne sort qu’en 2026. Pourquoi un tel délai ? Problème de
label ou distribution ?
Les raisons sont multiples, déjà, nous faisons énormément de choses par nous-même. Donc
forcément cela prend du temps, ensuite nous avons préféré revenir d’abord avec un EP. Cet EP est un pas sur le côté, toutefois c’était un pas nécessaire. Ensuite, nous avons étudié des propositions de labels. Un label était intéressé par nous, et nous proposait une belle somme et du soutien à tous niveaux, sauf qu’au bout de quelques mois d’échanges, il nous a demandé de changer la pochette de l’album. On a donc préféré nous asseoir sur ce beau paquet de pognon, car s’il y a bien un point sur lequel nous ne lâcherons pas c’est nos choix artistiques. Soit tu nous signes et tu nous laisses la liberté artistique, soit tu vas te faire voir… Bref, on a perdu 3 à 4 mois et on a renoncé à plusieurs milliers d’euros… Après cette édition, on a décidé de finalement tout gérer par nous-même sur Battlesk’rs Productions. Donc là forcément cela a pris quasiment un an de plus. Au final, sommes-nous si libre que cela ? Non, car la masse de travail est titanesque, mais nous sommes fiers de n’avoir fait aucun compromis.

Pouvez-nous parler de l’artwork réalisé par Metastazis ?
C’est un artwork qui correspond à ce que l’on recherchait, il est personnel, unique et en dehors des standards graphiques qui usent le black metal depuis de trop nombreuses années. Avec Metastazis, on peut même se « fritter » régulièrement, toutefois une chose est certaine, sa vision de directeur artistique alliée à notre absence de compromission font que cela fonctionne.
En 2023, vous aviez sorti deux de vos titres en K7. Que représente ce support pour vous ? Un
rappel de l’underground des origines, voire une certaine nostalgie d’une époque qui s’éloigne ? Les walkmans reviennent un peu à la mode, comme les platines vinyles, mais ça reste minime tout de même de nos jours… Est-ce pour l’aspect collector et surtout underground ?
Avec Battlesk’rs Productions, je n’ai jamais arrêté de sortir des cassettes, la première production en 2002 était une cassette et tant que nous pourrons produire des cassettes nous le ferons. Cela n’est pas une question de mode, c’est une manière d’aborder cet art noir qu’est le black metal et l’underground en général. C’est une manière de s’adresser à un public d’initiés également. Et pour couronner le tout, j’adore le son que l’on peut retrouver sur les cassettes…
Quelques mots svp à présent sur l’EP paru en 2025 To Those Who Forged Us chez Battlesk’rs Productions qui incluait une surprenante reprise (« You Want It Darker ») de Leonard Cohen ?
Un jour je suis entré en salle de répétition, et j’ai partagé avec tous les membres du groupe le besoin de faire un titre en hommage à tous ceux qui nous ont quitté, que cela soit des membres de nos familles, des sœurs et des frères d’armes. Et puis notre guitariste S. Evangelista suite à cette discussion nous a proposé des riffs, et nous avons commencé à créer tous ensemble ce morceau particulier. C’est un pas sur le côté comme je l’ai dit pour Malhkebre, Ensuite, je n’ai jamais été très attiré par les reprises, toutefois dans cet état d’esprit met venu l’idée de reprendre ce morceau de Leonard Cohen, titre incroyable d’une personnalité hors du commun.
Et comment vous situez-vous sur la scène metal et plus spécialement, forcément, black metal aujourd’hui, parmi les formations de post black metal, blackgaze, blackcore, folk/pagan black à la mode, et celles de black symphonique quelque peu en déclin, et celles plus traditionnelles qui redeviennent underground mais attirent toujours un public de fans comme dans le milieu du punk/hardcore ?
Nous ne nous situons pas spécialement, ce que l’on peut dire c’est que parfois nous avons
l’impression d’appartenir à une espèce de dinosaures en voie de disparition. Il semblerait qu’il soit assez difficile de faire des liens avec des formations plus jeunes qui ne comprennent pas spécialement ce qui nous anime, et ce que l’on incarne. Après les étiquettes stylistiques ne nous importent pas du tout, ce qui compte encore une fois c’est la sincérité et l’intention. Dans le black metal, je rencontre peu de nouvelles formations qui ont des flammes dans les yeux, une exception récente toutefois, c’est Arozza le groupe de black metal corse avec qui nous avons partagé la scène à Ajaccio en octobre dernier. Après la scène au sens large est un champ de bataille, nous y avons des alliés et des ennemis.
Enfin, quels sont vos projets pour la promotion live de B.A.M.N. ? Je crois savoir que l’Est de
l’Europe est au programme (le groupe doit se produire en Roumanie en avril). Est-ce que l’étranger compte beaucoup pour vous ? Ou bien la France reste votre cœur de cible ?
Nous revenons tout juste du Underground For The Masses à Bucarest en Roumanie, un festival énorme, où nous avons joué avec de nombreuses autres formations françaises. Nous n’avons pas de terre de prédilection, bien évidemment la France compte pour nous, toutefois nous aimons découvrir de nouvelles terres, rencontrés des passionnés issus d’horizons et de cultures différentes. Nos expériences les plus notables ont été dans des lieux qui sortent un peu des sentiers classiques, l’Ukraine, le Mexique, la Roumanie, la Corse… Jouer devant des publics déjà totalement conquis n’est pas non plus ce qui est le plus motivant. Nous aimons le défi et la nouveauté.
Merci d’avance de vos réponses et votre attention à nos questions. Et bon courage avec ce troisième opus studio. A bientôt en live peut-être !
Merci à vous Dave et Fred, longue vie à Metal Obs, longue vie à la presse qui permet de mettre en lumière notre Art Noir. A.M.S.G.
Le black metal francophone est un monde quelque peu à part, avec des combos qui ont souvent cherché à s’émanciper de la tutelle parfois envahissante des scènes scandinaves, même si la plupart des codes en étaient repris. Malhkebre a ostensiblement pris cette direction : garder certains aspects du black metal originel, y intégrer un soupçon de death metal (lors d’une interview donnée à Pierre, pour Le scribe du Rock, le premier album de Deicide était alors cité comme une influence majeure), tout en refusant de lisser sa musique par quelque artifice que ce soit, et balancer dans la tronche de l’auditeur sept brûlots incandescents avec B.A.M.N., une suite logique à Satanic Resistance, leur second et précédent opus paru en 2019 chez Lamech Records.
Dès l’introduction, en français, E. Berzerk déclare la guerre « à la pensée unique, à la médiocrité, à un nouveau monde aseptisé » et reprend même la phrase si controversée « Soyez avec nous, ou contre nous ! ». La phrase est d’ailleurs répétée en anglais sur « We fight and We protect ». Tout est dit : Malhkebre n’est pas là pour caresser l’auditeur dans le sens du poil ou lui offrir une expérience plaisante, mais au contraire le plonger dans les affres d’une violence musicale incontrôlée. Et avec ce troisième méfait, les Toulousains entendent imposer une musique âpre, faite d’alternance de riffs rapides et d’arpèges saturés et poussés par une batterie qui use de la double pédale pour notre plus grand bonheur, le tout porté par un chant quasi déclamé, pas forcément guttural d’ailleurs ! Particularité plutôt rare dans le metal extrême, la basse n’est pas oubliée dans le mixage, bien au contraire. Elle fait entendre sa voix et refuse de laisser le champ libre aux guitares.
Diversité pourrait être le maître mot de B.A.M.N., diversité dans la construction des titres (aucun ne ressemble à un autre), diversité dans la façon de passer d’une ambiance purement evil rappelant le Mayhem des origines, à des moments nettement plus posés, bien plus lourds comme sur « You Failed » avec une partie centrale où les hurlements de Berzek agressent sans aucune pitié le malheureux qui aura posé ce disque maléfique sur sa platine. A noter ici une apparition de Meyhna’ch (Mütiilation) au chant également pour un featuring intéressant, en quelque sorte : Malhkebre Vs Mütiilation.
Ce culte de l’ultra violence se distingue du tout venant par une volonté régulière de laisser toutefois respirer la musique. Comme le déclamait il y a (bien) longtemps Exodus, parfois il faut taper 10 fois moins vite, mais 100 fois plus fort ! Et c’est tout à fait l’impression que nous ont fait des nouveaux morceaux comme « Falling to Rise », ou le très long (quasiment 8 minutes) « For those who forged us » qui fait aussi office de single, en plus du précité « You Failed ».. Dès que l’on sent une sorte d’accalmie, le quatuor français nous assomme encore plus, sans aucune pitié.
Evidemment, B.A.M.N. est un disque qui demande un certain nombre d’écoutes pour bien comprendre toutes les nuances, et ce, afin de l’apprivoiser totalement. Il ne se laisse pas approcher facilement, à l’image de Noirsuaire ou Himinbjorg, autres formations francophones black metal old school qui refusent le moindre compromis en 2026. Mais au delà des blasts beats, des riffs parfois simples mais dévastateurs, c’est la façon de placer le chant au dessus du reste de la musique qui surprend. Celui ci est mixé très en avant, ce qui tranche également avec les productions actuelles où tous les éléments de la musique se mélangent sans qu’aucun n’émerge vraiment, à grand renfort de réverb’. Imaginez un Barabas chanté en anglais et vous aurez une petite idée de la façon dont les vocaux survolent le reste, ce qui n’empêche pas la production de leur offrir quelques coquetteries comme le doublage de certains passages ou des moments quasi parlés. Un pari osé, qui peut surprendre, voire irriter, mais qui fait le sel de l’expérience. Effectivement Malhkebre nous déclare la guerre et la haine qui suinte des paroles n’en est que plus sublimée ainsi. C’est à la fois old school et quasi expérimental par moment.
Preuve supplémentaire de ce jusqu’au boutisme assumé, la présence de Meynach, tête pensante du cultissime Mütilation, sur « You failed » comme évoqué précédemment. Cela montre que nos musiciens français s’unissent pour refuser tout ce qui pourrait s’apparenter à une quelconque approche « commerciale ». Quand on sait ce que Meynach représente pour la scène black metal, on se doute bien qu’il n’aurait pas accordé ce featuring s’il jugeait la musique de Malhkebre médiocre. Les grands artistes savent reconnaître la qualité quand ils la voient !
Dans un monde où le black metal est parti dans tellement de directions (post, progressif, atmosphérique, doom, death, symphonique…), certains artisans continuent de vouloir « créer au centre de l’orthodoxie musicale ». Malhkebre fait assurément partie de cette scène qui entend prolonger l’expérience des débuts mais en la transcendant, en lui gardant sa brutalité originelle tout en la modernisant ! B.A.M.N. est peut être un album spécial sur la scène et diffère des productions actuelles post black metal qui ont tendance à envahir le marché, et permet ainsi de sortir des sentiers battus en osant innover. Si ce troisième méfait des Toulousains ne se laisse donc pas approcher facilement, une fois qu’on en a compris les intentions, il devient cependant très clair que son potentiel est énorme ! A voir s’il tiendra ses promesses avec le temps, et surtout à vérifier en live si toute cette énergie se traduit par des concerts de fous furieux surtout que Malhkebre s’exporte déjà à l’étranger, en Europe. En attendant, B.A.M.N. est une expérience que tout fan de black metal se doit de tenter ! [Dave Saint Amour]

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