DIMMU BORGIR : Grand Serpent Rising

Grand Serpent Rising - Nuclear Blast
Nuclear Blast
Grand Serpent Rising
Black/dark metal symphonique
Nuclear Blast

Si Dimmu Borgir nous avait habitué à des sorties régulières et rapides dans les années 1990 et 2000, en moyenne tous les 2 ou 3 ans, force est de reconnaître que depuis le départ de Vortex et Mustis, le rythme s’est considérablement ralenti : Abrahadabra en 2010, Eonian en 2018 et Grand Serpent Rising en 2026. Certes, l’illustre combo norvégien a tourné avec un énorme orchestre dans les années 2010 et , de l’aveu même de Silenoz, guitariste et membre fondateur, ils ne savent pas écrire sur la route, mais ces laps de temps interpellent. Traduiraient-ils un manque d’inspiration ? Ou bien la musique du groupe est-elle devenue si complexe avec toutes ces orchestrations, cette chorale qu’il faut bien plus de temps pour l’écrire qu’à l’époque de Stormblåst ? Qui plus est, le départ de Galder pour continuer son ouvrage avec son groupe Old Man’s Child, a amené, une fois encore, Silenoz et Shagrath à devoir compléter le line-up de Dimmu Borgir, même si l’on sait que depuis 2010, on est plus dans une formation dont le noyau dur repose sur le duo, le reste de l’équipe étant composée de membres de session, dont Daray, l’éternel batteur intérimaire officiel.

Cela étant posé, que vaut Grand Serpent Rising sur l’échelle Dimmu ? Ou plutôt Dimmou pourrions-nous écrire en français car c’était devenu plutôt mou dernièrement sur album… Il faut reconnaître que malgré de belles fulgurances, les deux derniers albums ne tenaient pas forcément la route avec ceux de l’époque bénie Puritanical Euphoric Misanthropia/Death Cult Armaggedon/In sorte Diaboli qui avait vu une plénitude atteinte, renforcée par le charisme indéniable de musiciens qui parvenaient à mixer parfaitement un look hallucinant, des compositions cultes, et des concerts aux allures de communion avec son public, avec une puissance scénique grandiose. Dimmu Borgir n’avait alors plus rien à prouver. Et puis, le départ de Vortex (basse/chant clair/chœurs) et Mustis (claviers) en 2009 fit perdre une partie de cette magie, départ dont on ne sait toujours vraiment pas les raisons… Sur YouTube, Dimmu avait d’ailleurs mis en ligne une vidéo récente où les deux membres sus-cités, ainsi que le batteur Tjoldav (ex-Dimmu Borgir, évoluant depuis longtemps au sein de son groupe de thrash/black Susperia) rejoignaient sur scène le reste du groupe pour interpréter quelques classiques de la grande époque et l’on avait pu voir que le line up parfait était bien celui-ci.

Mais Dimmu Borgir a choisi de ne pas vivre dans le passé et de continuer à avancer, faisant fi des critiques et de la nostalgie. Et sur ce point, Grand Serpent Rising est loin d’être un mauvais disque, au contraire. Car s’il ne masque en rien l’aspect « progressif » développé depuis 16 ans, avec toujours ces orchestrations dignes d’une BO de cinéma et des chœurs que ne renieraient pas Epica, le duo d’Oslo n’en a pas oublié ses racines black metal. Alors oui, elles sont parfois discrètes, enfouies sous des couches musicales parfois envahissantes, mais les blasts beats sont présents encore par moment, le chant de Shagrath, moins gorgé d’effet qu’à l’accoutumée, est toujours aussi malsain et relativement grave. Côté guitares, plusieurs soli de Silenoz parsèment ici et là les treize titres, l’arrivée de Damage ayant remis cet aspect du groupe au centre de la musique. Et on sait que Silenoz est un grand fan avant de heavy metal et de thrash metal. Plus étonnant, même si quelque peu anecdotique, certains titres sont chantés en norvégien, ce qui n’était plus arrivé depuis 2004 !! On sent donc un Dimmu Borgir qui entend se reconnecter à ses racines et à son public, mais sans rien renier de leur évolution vers un metal plus « mainstream ». Enfin tout est relatif quand on parle de black metal symphonique, ça ne passe pas encore aux cérémonies des Jeux Olympiques d’hiver ! De toute façon, rien de surprenant à cela, quand on sait nos compères ont horreur de faire du surplace, Silenoz et Shagrath étant toujours à la recherche de nouveaux défis mais sur Grand Serpent Rising, ils ont quelque peu écouté les vieux fans afin de les satisfaire, mais aussi de faire plaisir avant tout.

Dès l’introduction  « Tridentium », on est plongé dans le Dimmu contempirain avec orchestrations, chant parlé, piano et ambiance macabre, digne d’une bonne série B d’épouvante. Puis les choses sérieuses commencent avec « Ascent » qui va synthétiser toute la musique que produit le groupe scandinave depuis ses débuts, avec même quelques petites tentatives vocales de Shagrath à la Attila et, comme dit plus haut, un premier excellent solo de guitare de Damage. La structure est complexe, partant dans plusieurs directions tout en donnant le ton pour tout ce qui va suivre, prouvant qu’il faudra plusieurs écoutes pour bien s’imprégner des différents titres, qui ne se livrent pas si facilement, ce qui est généralement bon signe dans ce cas. Le premier morceau en norvégien de l’album « Ulvgjeld & blosodel » en est un autre exemple frappant : une introduction quasi tribale avec des instruments que n’auraient pas renié Sepultura période Roots, l’arrivée d’un riff à la Bathory, des chœurs en arrière plan, du piano secondant les guitares et les claviers, et toujours ce chant surpuissant du frontman de Chrome Division (side project de Shagrath) déclamant sa haine dans sa langue natale, ainsi que l’arrivée d’un blast saccadé à la toute fin. Un condensé de savoir-faire parfaitement servi par une production d’enfer qui met en avant tous les instruments, mélange pas si évident à mixer, on peut s’en douter, même si de nos jours tout est réalisable en studio ! Restera à voir le cap du live, mais chez Dimmu Borgir, on est rarement déçu de ce côté-là.

Une constante apparaît sur cet album, c’est le soin apporté aux introductions de chaque titre comme à l’accoutumée : des guitares acoustiques sur « Repository of divine transmutation » ou « The Gryptfarer », un mélange orchestral/électrique sur « Phantom of the Nemesis », « Shadows of a Thousand Perceptions », ou « At the precipice of Convergence », Silenoz et sa bande ne laissant rien au hasard pour annoncer la furie à venir, d’autant plus que ces longues introductions ne sont pas gratuites, vu qu’on retrouve leur thème dès que l’électricité revient ! Mais parfois ça manque un peu d’emphase pour véritablement décoller.

Bien entendu, que serait un disque de Dimmu Borgir sans quelques morceaux bien speed comme « The Exonerated » où les riffs sauvages se succèdent ? Sans aucun doute, un sommet de cet album pour ceux qui vénèrent leurs vieilles orientations, d’autant plus que les 6 minutes et quelques passent comme dans un rêve, une partie plus mélodique prenant place au milieu, entre deux accélérations, s’appuyant à nouveau sur de superbes parties de guitares nées du génie Silenoz ! Et cette fin, portée par la chorale ! Gageons que « The Exonerated » va devenir un classique sur leur set-list 2026-2027 sur les futurs concerts lors de la tournée avec Behemoth (Diantre, quelle affiche de malade !).

« Gjoll », belle pièce instrumentale de 4 minutes conclut ainsi l’album, outro instrumentale qui serait d’ailleurs parfaite pour ouvrir les concerts. Certains la considéreront peut-être dispensable, mais on voit là l’attachement de ses géniteurs pour la musique classique.

Selon nous, Dimmu Borgir a donc réalisé ici un très bon album, honnête, avec un certain retour aux sources, tout en s’inscrivant dans la continuité artistique d’Abrahadabra et Eonian. Ce dixième opus n’aura  pas à rougir dans leur féconde discographie et gagnera certainement en épaisseur au fil des écoutes. Evidemment, il faudra voir comment ces nouveaux titres vont s’intégrer dans la set list live d’un groupe qui compte un sacré paquet de classiques, mais Great Serpent Rising contient pas mal d’atouts dans sa manche pour tenir en haleine les fans, voire relancer totalement la machine. Il faut juste espérer, mais sans trop y croire, que son successeur ne sortira pas avant 2034 ! [Dave Saint Amour]

Publicité

Publicité