Allez, on prend les mêmes, et on recommence ! Doté d’un artwork très classique rappelant le premier album éponyme Biohazard en 1990, voici le dixième uppercut au long format avec tous les membres historiques du fameux gang de New-York hardcore ! S’il aura fallu attendre de nombreuses années sans aucune nouvelle création artistique pour avoir droit à un successeur de Reborn In Defiance (2012), leur récente tournée de réunion entre-temps avec son line-up historique lancée en 2022 jusqu’en 2023 leur fit grand bien (passant notamment par la France en août 2023 au Festival Motocultor où nous immortalisâmes une interview culte de Biohazard après celle du Hellfest 2011). Cette tournée aux quatre coins du globe ressouda les liens entre les gars (Billy Graziadei, Evan Seinfeld, Bobby Hambel, Danny Schuler), même si Evan était entre-temps parti (dès 2011 après sa participation à cet album), avant de revenir au bercail fin 2014, et insuffla un regain d’énergie chez Biohazard, même si Billy, le principal compositeur et finalement leader du quatuor, resta continuellement chaud bouillant grâce à ces albums solo sous le nom de Billybio, mais aussi son side project Powerflo (au côté de Christian Olde Wolbers (ex-FF, Vio-lence), Rogelio Lozano (Downset) et Senen Reyes (Cypress Hill)). Si Divided We Fall apparaît comme très classique sur sa pochette comme évoqué en préambule, qu’en est-il des onze commandements hardcore/metal, les fans savent donc déjà à quoi s’attendre : à du hardcore teinté d’influences heavy metal comme l’a toujours fait avec brio à l’instar de ses camarades d’école que sont Cro-Mags quelques années plus tôt, influences apportées par l’incroyable guitariste Bobby Hambel.
C’est donc sans surprise que « Fuck The System » nous donne envie de lancer un pogo après une courte intro dotée d’un sample et d’un riff de guitare contagieux. L’attaque est rapide, le rythme bien heavy et rentre-dedans et la batterie de Danny Schuler ne chôme pas, même si on a connu l’homme plus véloce. Un break écrasant à 2’30 permet de relancer les hostilités sans aucun compromis avec de beaux soli signés Bobby. Vous l’aurez compris, ça commence fort ! Puis la rage punk/hardcore de « Forsaken » s’enchaîne dans cette violence maîtrisée, avant un dernier break et une relance monstrueuse par Billy Graziadei sur un riff mortel et Bobby qui finit le boulot par des leads magiques. Bien sûr, on trouve de nombreuses similitudes dans les schémas de construction des chansons des Américains, et les mélodies comme sur « Eyes On Six » rappelant l’ambiance du métro newyorkais de State Of The World Address (1994) avec son intro aux cordes dissonantes comme un piano, ou les mêmes gimmicks qui font toujours mouche, avec cette dualité vocale partagée entre Evan, à la voix plus grave, et celle de Billy, plus typique punk/hardcore, créant ce dynamisme typique du genre, doublé de chœurs (l’ultime et épique « Warriors »). Les morceaux sont tantôt plus écrasants les uns que les autres par moment (« Death of Me », « The Fight To Be Free ») ou speed (« Word To The Wise »), avec toujours ce groove qui vous colle à la peau, où l’on s’imagine déjà dans le pit des prochains shows de Bio.
Si ce groove est toujours là et peut toutefois apparaître un peu forcé par moment (« S.I.T.F.O.A. »), très vite, on tombe la garde et se laisse virevolter par l’impact des riffs et des chants vraiment très convaincants et fédérateurs. D’une durée moyenne n’excédant jamais les quatre minutes, chaque chanson est calibrée pour faire mal en concert, permettant à peine au guitariste lead de s’exprimer (« Tear Down The Walls »), et rien que pour ça, Bobby est très fort et habile. Mais au bout du compte, la recette de Biohazard, champion du NY hardcore, demeure imparable en 2025, au côté des Agnostic Front (qui s’apprête à sortir aussi un nouveau skeud), Sick Of It All et autres Madball. Alors on aurait aimer davantage de prise de risque ou des invités inattendus (comme les rappeurs d’Onyx ou Cypress Hill en 1994) sur Divided We Fall, afin de réaffirmer cette volonté, et non mode, de surprendre par son côté crossover, mais bon, le groupe de Brooklyn montre les dents avec ses propres armes internes, toujours prêt à en découvre, avec générosité. Ce Divided We Fall est peut-être l’album le plus heavy de sa part car passés ces onze missiles, on est tout de même bien KO sur le ring, démontrant que Biohazard sait toujours faire parler la poudre et tient la dragée haute aux plus jeunes générations, sans être détrôné par les puissants Hatebreed ou Born From Pain (qui revient également cet automne avec un EP, interview très bientôt !) qui sont les héritiers de toute une scène finalement unie : le hardcore/metal. En 2025, Bio, c’est encore du très costaud ! [Seigneur Fred]
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