Absolute Elsewhere porte bien son nom. Un album venu d’ailleurs, tel un OVNI tout droit débarqué de l’espace, ou plutôt d’un espace dont seul Blood Incantation semble connaître l’origine et son secret. Musicalement aussi violent que méditatif, ce troisième opus marque définitivement la nouvelle ère post Hidden History of the Human Race (second album), album mythique paru en 2019. Le quatuor américain, pleinement conscient qu’il n’arriverait pas à convaincre sans prendre le temps de nous introduire progressivement à son univers rempli de sonorités synthétiques, nous a guidés, malgré notre scepticisme, pas à pas avec tout d’abord l’EP Timewave Zero en 2022, puis Luminescent Bridge en 2023. Disons-le d’emblée, Absolute Elsewhere relève à merveille le défi que le groupe de Denver (Colorado) semble s’être lancé, à savoir, intégrer la formule « philosophie cosmique » et sonorités progressives à un death metal américain pure souche. Clairement, Blood Incantation est une formation musicale définitivement à part sur la scène metal, capable d’excellence en insufflant un brin de fraîcheur à un genre habituellement peu enclin à l’extravagance, et ça fait du bien, surtout dans la masse de combos death metal qui pullulent (ce qui est une bonne chose pour ce genre si populaire dans les années 90’s) mais qui n’innovent plus, préférant copier leurs maîtres et ne pas prendre trop de risque artistique… En matière d’inspiration, Paul
Riedl et sa bande se sont cette fois-ci tournés vers le groupe de rock progressif des années 70, Absolute Elsewhere, d’où le nom de l’album. Celui-ci est composé de deux morceaux intitulés : « The Stargate » et « The Message », d’une durée d’environ vingt minutes. Mais pas de panique ! En effet, chaque titre est construit autour de trois parties. Trois mouvements riches en sonorités et en émotion qui oscillent entre un son brut (blast beats, chant guttural et caverneux, rythme lourd, solos de guitares techniques et endiablés), synthétiseurs (signés Nicklas Malmqvist du groupe suédois Hällas, aux synthés principaux/claviers, au piano) et passages narratifs. Et pour tous ceux qui seraient encore sceptiques à ce stade de la chronique, pas d’inquiétude, on retrouve bien ici l’ADN de Blood Incantation dès les premières notes de chaque titre (« The Stargate [Tablet I] », « The Message [Tablet I] »). Toutefois, les morceaux se veulent nettement progressifs. La structure des titres à tiroirs, typique du rock prog’ et psychédélique des années 1970, ne fait pas de doute quant aux inspirations et aspirations du groupe. En définitif, Absolute Elsewhere résonne à nos oreilles comme un mélange harmonieux entre les intentions de ses membres et leurs racines death metal communes.
Illustré une fois de plus par Steve Dodd, l’artwok sublime la musique faisant de cet album une œuvre quasi-totale. Ajoutons à cela, que la version physique de Absolute Elsewhere comprend également un long métrage intitulé « All Gates Open: In Search Of Absolute Elsewhere » retraçant le séjour de ces Yankees à Berlin pendant l’été 2023, lors de l’enregistrement aux studios Hansa. D’une grande justesse, ces musiciens sont capables de naviguer à leur guise entre plusieurs genres et sonorités, osant expérimenter dans un genre encore très populaire mais balisé. Blood Incantation, fort de son identité, s’aventure au-delà du monde connu pour nous offrir un voyage spatial digne des plus grandes œuvres de science-fiction. Si dernièrement et dans un autre contexte, Dune réalisé par Denis Villeneuve a suscité un engouement planétaire, Blood Incantation secoue définitivement la sphère metal et est en passe de devenir un nouveau pionnier de l’avant-garde, sur les traces de Death à son époque, puis Cynic ou Nocturnus… [Louise Guillon]

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