CHANGELING : Changeling

Quoi ? Vous ne connaissez pas encore CHANGELING ??! Prenez l’excellent musicien et compositeur à la créativité illimitée, Tom Geldschläger alias « Fountainhead », guitariste fretless bien connu et actuel guitariste soliste de BELPHEGOR et ex-membre d’OBSCURA (la liste des ex-membres commence à devenir longue de nos jours…), Mike Heller (l’ancien batteur américain de FEAR FACTORY qui eut la lourde tâche de succéder à Raymond Herrera et Gene Hoglan et ex-SYSTEM DIVIDE, entre autres) ; Arran McSporran, l’ancien bassiste des excellents DE PROFUNDIS ; et notre fidèle ami Morean, l’ancien chanteur de DARK FORTRESS et actuel guitariste/chanteur d’ALKALOID et NONEUCLID), et vous obtenez un line-up de choc pour un nouveau projet international passionnant : CHANGELING. Passé un peu inaperçu des radars au printemps 2025, nous vous présentons donc CHANGELING, magnifique projet d’un seul homme, l’artiste néerlandais Tom Geldschläger, qui a donné corps et âme pour accoucher dans la douleur d’un premier album éponyme de death metal progressif tout bonnement grandiose en sachant s’entourer de musiciens tous plus brillants les uns que les autres au service d’un concept passionnant. Il nous parle de tout ça dans cet entretien touchant. [Entretien réalisé par Zoom avec Tom « Fountainhead » Geldschläger (guitares (fretless et non fretless), oud, claviers) par Seigneur Fred – Photos : DR]

->> Single « Falling in Circles » par CHANGELING extrait de l’album éponyme Changeling (Season of Mist)

Changeling - CHANGELING
CHANGELING
Changeling
Death metal progressif
Season of Mist

Décidément, OBSCURA semble être une bonne école passagère pour les artistes de talent qui ont tous le même point commun : n’être que de passage, et être en fin de compte d’excellents musiciens doublés de compositeurs. Nous ne relancerons pas là la violente polémique qui éclata l’hiver dernier (2024-2025) sur la toile autour d’anciens membres qui revendiquaient l’utilisation à leur insu de leurs propres compos par le leader d’OBSCURA, Steffen Kummerer. Etrangement, notre interview avec le principal intéressé pour la promotion de son dernier opus, A Sonication (Nuclear Blast-2025) tomba brusquement à l’eau. Nous attendons toujours après d’ailleurs… Qu’importe, à présent, penchons-nous sur le dossier non pas Warren de Conjuring (le film), mais le cas très intéressant : CHANGELING ! Car ce premier essai en solitaire du guitariste/bassiste fretless allemand Tom « Fountainhead » Geldschläger qui officia donc, notamment, chez OBSCURA (l’album Akróasis en 2016), mais aussi BELPHEGOR (live), DEFEATED SANITY (live aussi), etc. risque fort d’exciter les oreilles des fans d’OBSCURA, et même les enchanter peut-être davantage que les presque cliniques derniers albums de Kummerer. Cet album éponyme s’ouvre sur une intro instrumentale qui va crescend (« Introject », vite suivie par deux morceaux plutôt classiques dans le genre (« Instant Results » avec son refrain entêtant, et le premier single « Falling In Circles », plus basique mais assez technique) qui sonnent étrangement comme du OBSCURA. Enfin étrange, pas tant que ça, quand on connait l’histoire évoquée précédemment. C’est très propre et met bien en condition l’auditeur. Et on se régale déjà. On est servi à tous les étages. Parfaitement exécutés au millimètre près, ou plutôt au bpm près, on retrouve ici tous les ingrédients qui ont fait et font encore la recette du combo de death metal prog’ allemand précité : basse fretless, riffs véloces, soli de gratte à tous les étages, et un timbre de voix tantôt plus clair, tantôt growlé qui nous est familier. Tiens donc, il s’agit du chanteur allemand Morean (ex-DARK FORTRESS, NONEUCLID, ALKALOID…). Et ça, dans le line-up de choc qu’a recruté Tom Fountainhead pour performer sur son album solo, c’est un sacré atout. Puis l’ex-OBSCURA nous emmène dans son odyssée musicale avec un dépaysement total par cette intro surprenante interprétée non pas à la guitare, mais avec un oud. Très vite, les bases death metal reviennent à l’assaut, mais les transitions et les arrangements sur lesquels le multi-instrumentiste a dû s’arracher les cheveux en post-production lors du mixage confèrent une étonnamment une grande fluidité à l’ensemble qui, pour autant, défile à 300 bpm parfois. Mais ces breaks, amenés à la basse fretless par Arran McSporran (VIPASSI, VIRVUM, ex-DE PROFUNDIS, entre autres), et par l’ex-batteur (eh oui, déjà !) de FEAR FACTORY, l’énormissime Mike Heller. Au chant, Morean encore une fois performe, tel un caméléon, et sait s’effacer quand Fountainhead fait des siennes sur sa guitare fretless avec laquelle il n’abuse cependant pas trop car l’éclectisme est mis à l’honneur tout du long cet album éponyme.

C’est ainsi que nous avons droit à un bref interlude de musique classique (« Metanoia Interlude »), presque trop court pour l’apprécier, composé au piano par Fountainhead, mais confié par acquis de conscience à un vrai pianiste, Matthias Alexander, pour l’enregistrement en studio à l’un des nombreux (une bonne quarantaine) invités ici, et c’est le seul bémol ici, car en live, ça sera quasiment impossible d’interpréter ces dix morceaux comme sur disque, faute de moyens évidents et de planning commun. Dans le lot, on retrouve aussi aux crédits une bonne dizaine de choristes qui apporent beaucoup sur les passages plus mélodieux mais chargés, dont un certain John Schaffer, mais rassurez-vous, ce n’est pas notre manifestant américain lors du putsch raté au Capitole de Washington et leader d’ICED EARTH et ex-membre de DEMONS & WIZARDS ici, gracié entre-temps par le président des Etats-Unis… Sur la chanson-titre « Changeling », nouvelle intro au oud, agréable, puis on part sur des tonalités plus heavy avec toujours ces superbes effets de slide à la guitare fretless par Mountainhead, et ce chant habité et versatile de la part de Morean. Un régal. On atteint des sommets, ou plutôt des profondeurs en matière d’intensité et de lourdeur sur cette chanson et la suivante, l’excellent « Abyss » à l’intro particulièrement angoissante… Assurément l’un des temps forts de l’album, jusqu’au presque final « Abdication », un ultime morceau de rock/metal progressif sans limite, quelque part entre le meilleur de DEVIN TOWNSEND et CYNIC, évoluant vers une brutalité sans nom et des growls incroyables signés Morean. Quel tueur ce chanteur (doublé d’une grande sympathie qui plus est ! Regardez notre interview de DARK FORTRESS pour son ultime album live avec son ancien groupe de black metal) !

Entre-temps, on a droit à un nouvel et étrange interlude « Cathexis Interlude » avec ces sonorités si uniques et déconcertantes qui font du bien (ah cette guitare fretless sur laquelle Tom Fountainhead brille de mille feux), nous faisant sortir des sentiers un peu trop balisés et cliniques et désormais sans émotion chez OBSCURA dont l’ombre n’est jamais trop loin. Et que dire du réel final « Anathema » qui pourrait être à lui seul la musique d’un film d’anticipation. En conclusion, le talentueux multi-instrumentiste allemand Fountainhead s’affranchit là totalement de son passé, avec ses influences, bien sûr, mais dans un élan de créativité qui lui a pris plusieurs années et lui permet d’accoucher d’un nouveau monstre de death metal progressif et bien plus encore, sans limite, en espérant qu’il puisse développer encore son projet dans lequel il s’est temps investi, comme il nous l’a confié en interview, et qui ne demande qu’à prendre vie sur scène… [Seigneur Fred]

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