DARKENHÖLD a émergé en France en 2008 sous la forme d’un trio composé d’Aldébaran (guitares), Cervantes (chant) et Aboth (batterie), avec pour ambition de créer un black metal mélodique, épique, atmosphérique, et imprégné par l’esprit des années 1990’s dans lesquelles le groupe français originaire de Nice a toujours puisé l’essentiel de ses influences. Son univers s’est établi dès les débuts autour d’un imaginaire médiéval onirique, arpentant les forêts profondes, les montagnes élevées et les grottes mystérieuses du Sud-Est de la France chères à la troupe. Les vieilles pierres des châteaux forts, les bestiaires fantastiques, les contes et légendes, les paysages denses et complexes de la Côte d’azur sont les sources d’inspiration d’un black metal qui s’est d’abord signalé par la publication de deux split-CD autoproduits en 2009, mêlant des reprises à des compositions originales. Introduisant l’animal emblème du groupe qu’est la Vouivre et posant les premiers jalons de son univers, ils préparaient le terrain pour la sortie d’un premier album, A passage to the Towers… , paru en 2010. Ensuite, DARKENHÖLD publia un second album, défendu tout au long d’une tournée française, avant d’introduire la langue française dans son troisième recueil, Castellum, qui leur ouvrira de nouveaux horizons. La sortie en 2017 de leur quatrième opus intitulé Memoria Sylvarum, paru en autoproduction, verra DARKENHÖLD accéder à des plus larges scènes, avec comme point d’orgue une prestation bien reçue au festival Hellfest en 2018 sur la scène Altar. L’année 2020 marque une étape supplémentaire avec la signature du groupe sur le label Les Acteurs de l’Ombre Productions, et la sortie de leur cinquième album, Arcanes et Sortilèges. Au sortir de la période covid qui mettra un frein à l’ascension du groupe, DARKENHÖLD a retrouvé une activité live en 2022 avant d’entamer la composition de leur sixième album, Le Fléau du Rocher paru le 06 juin 2025 chez Les Acteurs de l’Ombre Productions. [Entretien réalisé en vidéo par Zoom avec Cervantes (chant, parolier) par Seigneur Fred – Photos : DR]
->> Single « L’Ascension du Mage Noir » par DARKENHÖLD issu de l’album Le Fléau du Rocher (Les Acteurs de l’Ombre Productions)
Si DARKENHÖLD a réellement émergé de la scène black metal underground française méridionale à partir de sa signature avec le label nantais qu’on ne présente plus, Les Acteurs de L’Ombres Productions, et la publication commune du split EP Atra Musica avec leurs frères d’armes GRIFFON en 2019, un fléau mondial survint malheureusement en 2020 au moment de la parution de son cinquième opus, le très bon Arcanes & Sortilèges. Privé de concerts comme tous les artistes à cause du virus covid-19, cela ralentit alors l’ascension du combo niçois, du moins durant quelques années. On était donc plus qu’impatienter d’écouter son successeur. Nommé Le Fléau du Rocher nous emmène à présent dans une nouvelle épopée artistique et musicale, où son chanteur Cervantes (en interview ci-dessus et sur la chaîne YouTube METAL OBS TV) nous conte avec son phrasés diverses légendes d’autrefois ayant pour cadre la Côte d’Azur et le folklore issu de l’arrière-pays de l’ancien comté niçois (rattaché à la République française seulement en 1860 pour la petite histoire). Formé en 2008, la bande de troubadours ne cache pas son amour pour la langue de Molière et le black metal des années 1990 (2ème vague black metal européenne, et tout particulièrement scandinave). Ainsi, d’emblée, DARKENHÖLD nous entraîne dans son univers passionnant parfaitement retranscris dans l’artwork (signé ) grâce au morceau mid tempo « Codex de la Chevalerie », déjà épique, et qui lâche les chevaux passé le break à 2’55 où les choses s’emballent. On croirait revenir à l’année 1993 quand tour ou tour, les ENSLAVED, EMPEROR…
Puis l’autre single « Le Cortège Royal » laisse place là aussi à un morceau mid tempo avec un chant lourd et black convaincant. Là encore, l’orage arrive et les blast beats ne tardent pas à vous faire headbanguer à 300 bpm. Un petit interlude (« Temps Enfouis ») aux claviers magiques, presque tubulaires, quelque part entre Dark Medieval Times de SATYRICON et le Frost d’ENSLAVED, et la bande-son de Mike Oldfield (L’Exorciste), pose alors l’ambiance et calme le jeu même si l’on a à faire ici à du black metal finalement plutôt mélodique et mélodieux. On retrouvera plus loin dans l’album une autre plage sonore tout aussi réussie et appréciable (« Sortilège ancestral »). L’atmosphère devient alors plus ténébreuse sur « L’Ascension du Mage Noir », et on retrouve ensuite la mascotte en quelque sorte de DARKENHÖLD sur le morceau « Dans l’Antre de la Vouivre » au rythme mid-tempo groovy et au riff entêtant. Quand on se penche plus attentivement sur les paroles en français de Cervantes, c’est tout l’album qui prend son sens et on apprécie l’effort. Dommage qu’il ne chante cependant pas en occitan comme certains de ses confrères (STILVE VOLK, ou AORLHAC). On apprécie alors quand les guitares deviennent plus incisives et les breaks plus sauvages, renouant parfois avec le meilleur de DARKTHRONE (époque A Blaze In The Northern Sky et Transylvanian Hunger). En outre, l’incursion de délicates parties de guitares acoustiques est toujours faite avec parcimonie mais confère ce côté atmosphérique bienvenu, qui par exemple faisait défaut au dernier album d’AORLHAC sur le même label. Et le point d’orgue de ce sixième opus serait peut-être la transition entre la fin de « Dans l’Antre de la Vouivre » justement avec la plage suivante baptisée « Troubadour » avec des chœurs épiques et ce rythme conquérant, auquel succède la chanson-titre, vraiment captivante.

En fait, chaque chanson possède sa propre histoire, sa propre saveur, avec des claviers très présent mais gracieusement mixés de telle sorte que même s’il y a beaucoup de réverbération dans les instruments, le côté organique et naturel demeure, tout en restant propre, et on se prend vite aux jeux des paroles de Cervantes. Chaque morceau est ainsi une carte postale de la Côte d’Azur, sans ses clichés bling bling actuels, mais avec son folklore, son âme, revisité à la sauce black metal mélodique ici par DARKENHÖLD, seigneurs du Comté niçois depuis 2008, et gardiens de secrets alchimiques et d’un glorieux passé qu’ils s’approprient à leur manière (« Gardienne des Dryades »), même si des influences comme SETH ou MISANTHROPE peuvent surgir, notamment en fin de disque (« La Cavalerie Fantôme ») avant un ultime assaut plus pompeux mais toujours aussi épique (« Pour le Royaume ») où des riffs plus nordiques se font entendre. Par conséquent, si vous aimez le black metal plutôt old school et mélodieux, épique et raffiné, vous ne pouvez passer votre chemin face au Fléau du Rocher à l’artwork magnifique (signé au passage Claudine Vrac) représentant le pays des membres de DARKENHÖLD, avec cet aspect imaginaire et folklorique omniprésent qui leur sied à merveille ici une nouvelle fois. [Seigneur Fred]
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