EX DEO : Year Of The Four Emperors

Year Of The Four Emperors - EX DEO
EX DEO
Year Of The Four Emperors
Heavy/death metal épique
Reigning Phoenix Music

Si l’année 68 évoque pour certains la révolution de mai 1968 plus près de nous, et si le nombre 69 évoquera « l’année érotique » de notre Gainsbarre national, nous allons ici aborder tout autre chose en musique, mais en lien pourtant avec notre ère et aussi notre histoire européenne. A travers ce tout premier EP des puissants Canadiens d’Ex Deo, nous allons faire un flashback sur ce que l’on nomma durant « l’année des quatre empereurs » dans l’Antiquité. Cette période sanglante de la Rome antique s’étend de juin 68 à décembre 69 après J-C. Pour rappel, Ex Deo est le projet parallèle de death metal symphonique aux influences plus heavy, mené d’une main de fer par le chanteur québécois Maurizio Iacono (désormais exilé sous le soleil de la Floride) et ses camarades des puissants Kataklysm (death metal/Montréal-CA), dont le guitariste Jean-François Dagenais. Maintenant que le tableau est posé, retournons dans le passé explorer notre histoire, et quelle histoire ! Alors que Néron a ordonné dans le secret d’incendier Rome en 64 pour faire accuser les Chrétiens devenant un peu plus encore persécutés, les quelques années qui suivirent sont difficiles. N’ayant plus la majorité au Sénat, le chaos règne sur la capitale de l’Empire. Et Néron décide de se suicider, en compagnie de son scribe. Tout cela nous renvoie en fait à la fin du tout dernier album en date d’Ex Deo, The Thirteen Years of Nero. A la mort du cruel homme de pouvoir, pas moins de quatre empereurs font ainsi se succéder à la tête du vaste empire romain, à commencer par le commandant Galba, gouverneur d’Hispanie tarraconaise en Ibérie (actuelle Espagne). On est tout de suite mis dans le bain par l’intro de la chanson « Galba », où ce dernier est interpellé par la mort de l’Empereur qui a mis fin à ses jours. Galba entreprend alors de marcher sur Rome. Plutôt martiale, cette première plage sonore introduit bien le sujet épique et dramatique ici. Ex Deo distille un heavy death metal orchestral et puissant, plus mélodieux cependant que Kataklysm. Une chose est sûre : du sang va couler jusqu’à son arrivée à Rome. Quelques mois à peine, ce sera le tour de Marcus Salvius Otho, d’abord considéré comme usurpateur, de devenir furtivement empereur, après avoir fait assassiner Galba. C’est l’objet de la seconde chanson « Otho ». Pour les paroles historiques, Iacono a certainement dû s’inspirer des biographies de Suétone et Plutarque, complétées par les annales de Tacite et celles de Dion Cassius (nous lui poserons très prochainement la question lors d’un entretien à son retour de tournée avec Vltimas et Septicflesh en février 2025). Ce second morceau possède de superbes et étonnants relents orientaux du plus bel effet dans ses orchestrations et lignes de guitares. Peut-être cela fait-il référence ici au passé d’Othon, et plus précisément à son père. En effet, ce dernier, Lucius Othon, fut proconsul d’Afrique sous Tibère, et même élevé au rang de patricien par l’empereur Claude (empereur de 41 à 54 après-JC). Si cette seconde plage sonore est plus courte (4’21) que la précédente (6’15) dédiée à Galba, son règne sera aussi relativement plus bref que son prédécesseur puisqu’il sera « imperator », de janvier à juin 69 après J-C, contre six mois pour Galba, mais tout aussi funeste : Othon finit par se suicider… Et bis repetita…

Place à présent au troisième prétendant empereur, « Vitellius », qui succède à la tête de Rome du 19 avril au 22 décembre de l’année 69. Sur une rythmique et un riff écrasant et entraînant, à l’image du personnage décrit par le presque contemporain Tacite dans ses chroniques Histoires comme un « animal paresseux qui reste couché et engourdi tant qu’on leur donne à manger »… À la seconde bataille de Bedriacum (le 14 avril 69, près de Crémone en Lombardie, au nord de l’Italie), le commandant en chef des légions de Vespasien, Antonius Primus, affronte l’armée de Vitellius et la défait. Ce dernier parvient alors à rentrer à Rome et à cacher la nouvelle de sa défaite. Antonius, avança sur Rome, où il fit prisonnier Vitellius, qui fut tué quelque temps après. Quand le peuple l’apprendra, c’est la fin du règne de Vitellius, qui, après trois tentatives d’abdication, connaitra le sort de la lapidation par la foule romaine… Un épilogue sanglant là encore. Son corps est jeté dans le Tibre. La victoire à Bedriac, où six mois plus tôt avait été décrétée l’accession au trône de Vitellius, permet ainsi à Vespasien de devenir empereur. Place donc à « Vespasien », victorieux, qui va instaurer durant dix ans une certaine stabilité dans l’Empire, et surtout imposer une nouvelle dynastique impériale au pouvoir : celle des Flaviens. Ce quatrième et ultime morceau de l’EP se veut plus classique, mais aussi globalement plus musclé, sur un mid tempo fédérateur et très heavy. Du grand art, même si on on aurait aimer en avoir davantage, mais concept album, ou plutôt format d’EP oblige, quatre empereurs, donc quatre chansons, qui s’enchaînent à merveille avec une production sonore titanesque digne d’un péplum, totalement adaptée ici à cette saga historique sanglante et idéale pour du death metal épique au final. Idéal pour patienter d’ici un prochain album d’Ex Deo, ou Kataklysm… [Seigneur Fred]

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