FOLTERKAMMER : L’opéra noir

Si Gåte représente la Norvège au concours de l’Eurovision en 2024 (groupe de folk rock que l’on n’avait déjà interviewé à Metal Obs en 2021 pour son bel album Nord), Folterkammer n’aurait pas dénaturé non plus cette année avec son surprenant mélange de black metal et d’opéra. Cela n’aurait pas été pire que les Teutons de Lord Of The Lost qui se ramassèrent totalement l’an passé, finissant dernier de la compétition. Le seul problème est que derrière Folterkammer se cache diverses nationalités, dont le guitariste américain Zachary Ezrin d’Imperial Triumphant, mais aussi deux européens : sa chanteuse suissesse Andromeda et le bassiste français Laurent David. Mais à notre époque, avec les polémiques actuelles mélangeant divertissement et politique, mieux vaut ne pas trop afficher les couleurs de son pays. Folterkammer s’en moque et casse les codes musicaux, dénonçant au passage de manière satirique les abus du Vatican, leur sombre opéra n’ayant pas de frontière… [Entretien avec Laurent David (bassiste, compositeur, éditeur) et Andromeda Anarchia (chanteuse, parolière, compositrice) par Seigneur Fred – Photos : DR]

Afin de mieux vous connaître, vous et votre histoire, pouvez-vous nous dire où le groupe est-il basé principalement et comment est né Folterkammer ? J’ai cru comprendre que vous êtes une formation internationale éparpillée un peu partout dans le monde (New York/USA, Suisse, France…)…
Laurent : Oui, c’est vrai, nous sommes un groupe international, c’est-à-dire que trois d’entre nous viennent des États-Unis (de New York) et deux d’entre nous viennent d’Europe ; Andromeda vient de Suisse et Laurent de France. Mais nous avons tous un lien avec New York. New York est le lieu de naissance du Folterkammer. C’est l’endroit où nous nous rencontrons et où nous travaillons sur notre musique.
Andromeda : Nous deux (Laurent et moi), avons déjà travaillé ensemble sur d’autres projets. Darren, Zachary et Brendan se connaissent depuis leurs études au California Institute of the Arts (USA). Zachary et mois nous sommes connus grâce à des amis musiciens communs et à des intérêts musicaux communs. Zachary m’a demandé d’apporter des guest vocals sur les albums d’Imperial Triumphant. Cela leur a tellement plu qu’ils ont souhaité avoir un groupe complet qui mélange le chant d’opéra allemand et le black metal. Et le batteur d’Imperial Triumphant, Kenny Grohowski, fait également partie d’un groupe avec Laurent David (Kilter). Laurent et moi, ainsi que Kenny travaillent tous pour le même opéra (La Suspendida). Tous sont donc liés à plusieurs niveaux. Zachary connaît tout le monde directement et nous a tous mis en relation. En fait, il est le producteur du groupe. Folterkammer a commencé comme une expérience amusante, qui s’est avérée si amusante que nous voulions la poursuivre et la développer.

Dès le départ en 2020, le but était-il de mélanger metal extrême (black metal essentiellement) et musique d’opéra pour résumer le concept musical de Folterkammer ? C’est ça l’idée originel (et non le péché originel) ? (rires)
Laurent :
Ha ha ! (rires) Nous ne croyons pas au concept de péché ou de blasphème. Cela n’existe que pour ceux qui croient en une religion ou en un dieu. Cela ne nous intéresse pas. Nous faisons ce que nous voulons et comme nous le voulons. Notre approche, qui est un peu inhabituelle au sein du metal, est qu’Andromeda chante du vrai bel canto, pas du chant musical avec un son légèrement classique, comme le font la plupart des chanteurs symphoniques dans le metal. Elle combine également le bel canto avec des shouts metal et d’autres styles/techniques vocaux, d’une manière très théâtrale, comique à certains endroits, et également avec des éléments expérimentaux. Leur style vocal non conventionnel, techniquement exigeant et varié est au cœur de notre musique.
Andromeda : Nous ne voulons pas être un groupe de metal symphonique : Nous combinons le black metal pur et dur des années 90 avec le chant d’opéra et certaines approches de composition que l’on connaît dans la musique classique. Mais ce n’est pas tout. Darren est un grand fan de musique baroque (comme Bach et Purcell), ce qui fait toujours partie de ses contributions à nos chansons. Personnellement, je suis une grande fan de Verdi, de Strauss et de Kurt Weill, ce qui fait qu’elle s’inspire de leurs compositions pour écrire des mélodies. Et elle aime les chanteurs et chanteuses comme Nina Hagen, Joan Sutherland, Angela Gossow, Margot Hielscher, Mike Patton, Nils Frykdahl, Birgit Nilsson et Ute Lemper. Zach aime entre autres Henry Purcell, Hellhammer, Nina Hagen et Klaus Nomi. Deuxièmement, nous mettons aussi l’accent sur la basse depuis que Laurent David a rejoint le groupe. Il apporte une touche de Jaco Pastorius et de Steve Harris au son de la Folterkammer, mais il est aussi un grand fan de Meshuggah et de Sunn O))). Dans le metal, surtout dans le black metal, on entend rarement bien la basse dans le mix, nous voulons changer cela. Brendan aime le côté brut que l’on connaît du punk. Laurent, Zach et moi-même sommes également de grands fans de jazz et le jouent sur des scènes internationales. Folterkammer a donc de nombreuses influences musicales différentes, et nous sommes (volontairement) un peu anarchistes dans notre approche, dans la manière dont nous combinons les ingrédients et les approches typiques du black metal avec d’autres styles musicaux. Nous voulons que le black metal s’ouvre à ce que nous ressentons ; quoi que nous pensions, quoi que telle ou telle chanson ait besoin. Nous sommes avant tout des musiciens et nous aimons jouer et être créatifs. Nous ne voulons pas être mis dans une case, nous voulons penser, expérimenter et jouer en dehors des cases. Mais nous partageons tous un grand amour pour le metal extrême et bien sûr pour l’opéra, en particulier l’opéra allemand. La langue maternelle d’Andromeda est l’allemand, donc tous les textes sont écrits et chantés en allemand.

Question pour toi, Andromeda Anarchia, maintenant : même on l’a déjà plus ou moins évoqué précédemment, quelle est donc ta formation musicale (background) précisément et quel est ton timbre de voix : alto ou soprano ? As-tu un passé musical metal ou pas du tout ? Raconte-nous ton histoire depuis ta Suisse natale ! On veut tout savoir… ! (sourires)
Andromeda : J’ai toujours voulu être musicienne, depuis que je suis toute petite. Dès que j’ai su parler, j’ai chanté. Mais je voulais aussi jouer d’un instrument. J’ai commencé par la guitare classique à l’âge de cinq ans, mais je ne me sentais pas à l’aise, alors je suis passée au piano à sept ans. Ma première prestation publique a eu lieu sur un orgue d’église à l’âge de dix ans, mais le chant a toujours été ce qui me tenait le plus à cœur. J’ai toujours voulu pouvoir chanter et tout imiter avec ma voix. J’ai commencé le chant classique à l’âge de seize ans et on m’a recommandé d’étudier le chant classique. Mais comme j’ai toujours voulu composer ma propre musique et que je n’ai jamais voulu devenir une chanteuse d’opéra traditionnelle, car j’aime aussi d’autres styles de chant, je suis passée au département jazz après sept ans de formation classique. Mais je n’ai pas voulu y rester non plus, car ma voix est aiguë et très forte, ce qui ne convient pas vraiment au jazz. Je me suis donc tournée vers le rock et le metal. Mais surtout, j’ai toujours évolué dans le domaine de l’expérimental, de l’avant-garde et du progressif. Et j’ai un penchant particulier pour le jazz metal. Je veux tout combiner et c’est ce que je fais maintenant, que ce soit avec Folterkammer, avec Andromeda Anarchia’s Darkmatters, avec l’opéra La Suspendida, ou en tant qu’invité pour des groupes comme Imperial Triumphant, Kilter, etc. Ma voix est celle d’une soprano dramatique colorature, avec une tessiture élevée couvrant quatre octaves. J’ai eu la chance de recevoir une solide formation auprès de grands professeurs en Suisse et en Allemagne. Mais je fais une musique tellement peu orthodoxe que je n’ai pas eu d’autre choix que d’aller à l’étranger : La France, l’Espagne, l’Allemagne et surtout l’Amérique, en particulier New York. J’aime tous les types de musique, mais j’ai un amour particulier pour la musique intense et bruyante, comme le metal, le jazz metal, la musique classique contemporaine et toutes les musiques complexes. En ce qui concerne le metal, je préfère généralement le metal extrême et progressif. Meshuggah et Judas Priest sont, je pense, mes groupes de metal préférés. Meshuggah a le meilleur son d’un groupe de metal que j’aie jamais entendu. Et ils ont de superbes compositions. Mais j’aime aussi des groupes punk comme Bad Brains et Ho99o9. Ils sont très différents, mais incroyablement énergiques et créatifs. J’adore ça. Oh oui, j’aime aussi Krallice, CB Murdoc, Slayer, Motörhead, Annihilator, Car Bomb, Cattle Decapitation, Dio, et bien sûr Imperial Triumphant parmi beaucoup d’autres. J’aime toujours écouter des groupes originaux avec une approche unique et très créative, un son et une intensité excellents, et de bonnes compétences. En France, j’aime particulièrement : Magma, M&t@l, Welcome-X et CKRAFT. Tous ces groupes sont extrêmement bons, mais là aussi, je pourrais en citer d’autres, mais cela dépasserait le cadre.

Toujours pour Andromeda (navré Laurent, priorité aux femmes) (sourires) : tu viens de Suisse, je crois, de quel canton ou partie es-tu originaire ? Et as-tu été influencée dans ta jeunesse par les disques de Celtic Frost et tout particulièrement l’album Into The Pandemonium qui introduisait alors pour la première fois des influences de musique classique et symphonique, voire d’opéra, dans leur dark gothic/doom/black metal très avant-gardiste pour l’époque vers 1987 ? (je pense aux chansons cultes « Tristesses de la Lune » (« Sorrows Of The Moon » en anglais) ou « Rex Irae (du fameux Requiem) pt. I ») ?
Andromeda : Je viens de la partie germanophone de la Suisse, mais tout le monde en Suisse doit apprendre le français à l’école, car c’est l’une de nos quatre langues nationales. Zach, Brendan, Laurent et Darren adorent l’allemand et ils veulent toujours que j’écrive et que je chante dans cette langue. Bien sûr, je suis une grande fan de Hellhammer et de Celtic Frost ! Ils ont ouvert des portes à de nombreux musiciens en Suisse. Pour moi, Tom G. Warrior et Martin Eric Ain sont des modèles. Ils ont toujours été très sincères et passionnés par ce qu’ils faisaient avec leurs deux groupes, et Tom Warrior avec ses groupes actuels également. Ce n’est pas tant le style de musique qu’ils jouaient, même si je l’adore, mais la façon dont ils l’abordaient, en travaillant très dur et en étant si concentrés et déterminés. J’ai une profonde admiration pour cela. À l’époque, ils sont partis de rien, d’un petit coin de Suisse, et ils ont influencé le monde entier du metal. Il est facile de voir qu’ils aimaient travailler et évoluer dans la musique, et j’admire l’engagement constant et le travail acharné de Tom Warrior dans la musique, ainsi que le soutien qu’il apporte à d’autres musiciens et groupes. Ce n’est jamais vraiment une question de style de musique, mais plutôt une question d’état d’esprit, de focalisation et d’éthique de travail. Je n’ai jamais prévu de devenir une musicienne de metal, mais simplement une musicienne. J’aime tous les types de musique.

Laurent David, toi, tu es bassiste français : peux-tu me dire quel est ton parcours musical à toi aussi, et tes influences musicales s’il-te-plaît ?
Laurent :
J’ai étudié la guitare classique et en parallèle, au grand dam de mon prof, la basse électrique. Par ailleurs, je suis compositeur, arrangeur, producteur, j’ai été prof aussi au CIM (Paris), et diverses écoles, ainsi que jury pour des examens et concours de musiciens professionnels. Je produis et compose également pour la musique à l’image. En tant que leader de groupe, je mentionnerais Kilter, La Suspendida opera, Shijin, M&t@l etc., et en tant que side man j’ai travaillé avec : Ibrahim Maalouf, Guillaume Perret & Electric Epic, Yael Naim, Didier Lockwood, et bien d’autres. Mais j’ai également arrangé de la musique pour des musiciens classiques (quatuors à cordes et voix lyrique), par exemple l’album Schubert Transgressions (Cristal/Sony). Mes plus grandes influences : Metallica, Jaco Pastorius, Benjamin Britten, Meshuggah, Sunn O))), Charles Mingus, Iron Maiden, John Coltrane, Danyel Waro et bien d’autres encore.

Dans le mixage du nouvel album Weibermacht, on entend relativement bien ta basse justement, Laurent, ce qui est assez rare dans le black metal (excepté des groupes comme Khold, Enslaved…). Comment et où s’est passé l’enregistrement en studio et qui a mixé l’album car ça n’a pas dû être si facile ni évident étant donné votre style musical et le simple fait que les membres de Folterkammer sont éloignés géographiquement ?
Laurent : En ce qui concerne la basse, j’ai un truc, je ne donne jamais le son direct pour que personne ne puisse manipuler la basse comme il l’entend. Ça permet de garder un peu le contrôle du son et surtout de ne pas la voir disparaître dans le mix, spécialement pour le metal. Le fait que la basse fasse partie intégrante de l’instrumentation a été une décision de l’ensemble du groupe, ce qui la met en valeur et, à mon avis, fait ressortir mes influences heavy metal des années 80 ! À propos de l’enregistrement : nous avons enregistré l’album dans différents studios à New York et dans les environs, ainsi que certaines parties en home studio, et quelques voix ont même été enregistrées à Paris. L’album a été mixé et masterisé à New York, respectivement par Colin Marston et Fred Kevorkian.

Pourquoi avoir choisi comme nom de groupe « Folterkammer » qui signifie en allemand, si je dis vrai, « chambre de torture » en français ? Ce n’est pas très accueillant comme nom ?! (rires) C’était pour avoir un nom provocateur, un peu comme Iron Maiden (« La Vierge de Fer » renvoyant à un instrument de torture) le fit à sa fondation, en décembre 1975, qui peut-être vous a là inspiré ?
Laurent : Nous cherchions simplement un nom de groupe allemand qui soit facile à prononcer, même pour les non germanophones, et qui ait une signification qui puisse être interprétée de plusieurs façons. Nous sommes tous très sensibles à l’histoire et aux choses médiévales, mais par exemple, pour Andromeda, la seule vraie « chambre de torture » est le cerveau humain. De ce point de vue, il y a beaucoup de possibilités différentes, car le nom évoque beaucoup de terrains de jeu différents en termes de thèmes, de textes et d’esthétique. Nous ne sommes pas un groupe puriste ou élitiste, nous voulons que le black metal soit moderne et ludique, qu’il soit ouvert et mélangé à tout ce que nous aimons dans la musique. Comme nous l’avons déjà dit, nous sommes avant tout des musiciens qui veulent faire de la musique et qui veulent être créatifs avec la musique et aussi avec les thèmes que nous chantons dans nos textes. Nous n’acceptons aucune frontière. Nous venons tous d’horizons très différents et nous laissons tout cela se refléter dans nos créations. Le centre de nous tous est ce qui fait la musique de Folterkammer. Folterkammer est aussi un nom qui doit refléter le fait que nous ne jouons pas forcément de la musique douce, du elevator jazz ou du rock douillet. Et nous avons tous un sens de l’absurde, de l’humour, de la satire et de la comédie. Nous voulons que tout cela soit présent dans notre travail.

Est-ce pour cela que l’on retrouve un côté sombre et dur chez Folterkammer, à la limite du sado-masochisme (SM), avec les sons et visuels (prêtres autour de la pulpeuse Andromeda) comme sur le premier single et le vidéo clip « Anno Domina » où l’on peut entendre divers cris et bruits de fouets (rires) qui dérangeront les puritains et bien-pensants du Vatican ? (sourires)
Laurent : Folterkammer est provocateur, à dessein, et dans de nombreuses directions différentes, y compris en ce qui concerne les sujets sur lesquels Andromeda écrit et chante. Elle veut toujours dépeindre des personnages féminins forts, et tout ce que nous associons aux femmes fortes. Nous aimons tous les opéras avec des voix fortes et dramatiques. Andromeda est une soprano dramatique colorature de formation. Il convient à son type de voix de chanter un répertoire difficile et fort avec une tessiture élevée. Sur le dernier album, nous avons dépeint une sorte de déesse vicieuse et abusive, ce qui était notre approche d’un black metal un peu plus traditionnel critiquant les systèmes de croyances religieuses, les institutions abusives et autres systèmes de chantage émotionnel et d’oppression. Nous ne sommes pas des satanistes. D’autres groupes ont déjà abordé ce sujet dans le black metal, et très bien. Il n’est pas nécessaire de les copier. Il est temps d’aborder de nouveaux sujets, comme (par exemple) la domination féminine dans une société patriarcale, le Femdom, etc. Le lien entre le metal et le BDSM n’est pas nouveau, mais au sein du BDSM, le Femdom n’est qu’une petite partie, la représentation de femmes dominantes et d’hommes soumis est encore rare. L’art n’est pas confortable, il peut parfois être divertissant, mais c’est avant tout une forme de rébellion, de révolution et d’opposition. Le black metal a toujours été rebelle par nature, et nous voulons qu’il le reste. Des sujets comme le satanisme étaient provocateurs dans les années 80, lorsque l’on grandissait dans un pays chrétien conservateur. Aujourd’hui, il est plus important de parler d’autres sujets, comme les droits des femmes, l’inégalité structurelle, la violence contre les femmes, les féminicides, etc. Triste mais vrai, c’est toujours un sujet important que nous devons aborder pour faire évoluer nos sociétés.
Laurent : Andromeda souhaite écrire sur des sujets qui la touchent et l’émeuvent, de manière créative et ludique. Et les thèmes que nous abordons changent à chaque album. Le nom « Weibermacht » (Andromeda le traduit par « bitch power ») est une terminologie connue (qui remonte à l’époque médiévale et à la Renaissance) qui fait référence à un motif artistique et historico-culturel et qui décrit le triomphe des femmes (et de leur pouvoir érotique) et de l’amour sur les hommes. Dans la poésie et l’art, des hommes particulièrement puissants, sages, forts et beaux se laissent séduire par la folie de l’amour et perdent leur maîtrise de soi, leur vertu, leur domination, voire leur vie. Qu’est-ce qui nous lie aux femmes dominantes de notre époque : une dominatrice. Le BDSM et les « kinky lifestyles » sont déjà très, très anciens, mais les associations visuelles que nous avons faites sont également très répandues dans le monde moderne. Weibermacht est un album dédié à toutes les femmes qui sont « badass » ! (sourires)

Au sein du groupe, certains membres viennent-ils réellement de la scène musicale opéra ou musique classique pour intégrer ces influences-là dans votre musique, et tout spécialement dans ton chant lyrique, diva Andromeda Anarchia ?
Andromeda :
Oui, Zachary Ezrin a étudié la composition, Laurent David a commencé par être un guitariste de formation classique bien qu’il soit un métalleux et un punk. Il s’est ensuite tourné vers le jazz (il a par exemple joué et tourné dans le monde entier avec des artistes comme Ibrahim Maalouf, Electric Epic de Guillaume Perret, Yael Naim, etc.), puis a écrit, arrangé et joué pour des ensembles classiques, des quatuors à cordes (comme le Quatuor Kadenza), des chanteurs d’opéra comme Laurence Malherbe, etc. Avec son groupe Kilter (dans lequel Kenny Grohowski d’Imperial Triumphant joue de la batterie et Ed Rosenberg de Jerseyband joue du saxophone), il a écrit un opéra dont le livret a été écrit par William Berger, qui travaille pour le Metropolitan Opera.
Laurent : Andromeda chante en tant que soliste dans cet opéra. Darren intègre des influences de musique baroque dans ses compositions. Nous sommes tous de grands amateurs de musique classique et d’opéra. De plus, Andromeda a commencé sa formation vocale par le chant classique, en étudiant avec des professeurs en Suisse et en Allemagne. Mais elle n’a jamais voulu être une chanteuse d’opéra traditionnelle, car elle aime aussi d’autres styles de chant, et elle aime aussi écrire sa propre musique. Pour sa propre musique, elle a également collaboré avec des musiciens classiques d’Espagne, de Grèce et de Suisse.

Votre second album s’appelle donc Weibermacht. C’est le premier album chez Century Media, label allemand et américain. Avez-vous trouvé facilement un contrat avec une maison de disques ? Car avec un tel style de musique, ce n’est pas forcément évident de convaincre un label. Folterkammer s’inscrit dans un genre bien spécial de metal et qui plaira difficilement aux puristes de musique classique et d’opéra ? (rires)
Laurent : Tu serais surpris de voir combien de personnes qui jouent et/ou écoutent de la musique classique et de l’opéra, et même du jazz, aiment aussi le metal, en fait. (sourires) Century Media est un label très ouvert d’esprit en ce qui concerne les styles musicaux. Toute l’équipe est incroyablement favorable aux différents styles. Et ils ont un grand interêt pour la créativité et l’originalité. Cela nous a aidé de commencer avec Gilead Media pour le premier album, qui a attiré du coup l’attention de Century Media. De plus, le groupe de Zachary, Imperial Triumphant, est également signé chez eux, et ils connaissent son attrait pour les approches avant-gardistes du metal. Ils ont aimé les paroles et le chant d’Andromeda, ainsi que le travail de Brendan pour les vidéos musicales, etc. C’est un grand honneur de travailler avec Century Media.

Et pourquoi avoir choisi l’allemand comme langue principale exclusive ici sur Weibermacht ? Pour donner un côté plus dur et sombre aux chansons, comme Rammstein le fit il y a trente ans, avant d’écrire quelques chansons finalement en anglais plus tard (« America »)… ?
Laurent : Nous aimons tous l’opéra allemand et le son de la langue. De plus, c’est la langue maternelle d’Andromeda. Comme elle écrit toutes les paroles et les mélodies, il est logique qu’elle chante dans sa langue ! Nous pensons tous que l’allemand, aussi poétique soit-il, a aussi un son agressif, qui s’accorde aussi bien avec les cris du metal qu’avec les chants d’opéra. La langue parfaite pour Folterkammer. Andromeda est très portée sur la littérature et la poésie, et a adore écrire des paroles de cet album !

Qui chante sur le morceau « Herrin der Schwerter » au côté d’Andromeda ?
Laurent : Andromeda chante 99,9 % de toutes les voix de l’album. Nous n’avons qu’une seule chanteuse dans le groupe : Andromeda. Zach ne veut pas chanter dans Folterkammer, puisqu’il le fait déjà pour Imperial Triumphant. Il aime se concentrer sur le jeu de guitare cette fois-ci. Darren et lui ne font que quelques chants d’accompagnement pendant les cris de l’outro de Leck mich et dans les parties de « La Maupin » de Herrin der Schwerter, aux côtés d’Andromeda.

Dans le line-up de Folterkammer, il y a donc le guitariste Zachary Ezrin du groupe Imperial Triumphant comme évoqué précédemment. Est-il membre à plein temps du groupe ou il est simplement invité (guest) sur ce nouvel album Weibermacht ?
Laurent : Il est le producteur de Folterkammer, le guitariste principal et il aussi compose compositeur. Tous les membres de Folterkammer écrivent pour le groupe, mais la plupart des compositions sur Weibermacht ont été faites par Darren, Zachary et Andromeda. Sur le morceau « Anno Domina », Steve Blanco, bassiste d’Imperial Triumphant, est notre invité. Il est pianiste de jazz de formation et nous a joué un harpsichord en solo.

Quelques mots à présent sur le superbe artwork de Weibmacht réalisé par le très demandé et à la mode Eliran Kantor. Pouvez-vous le décrire ?! On dirait une femme qui domine un homme comme si ce dernier était un balai de sorcière que la femme chevauche dans les airs au côté des anges dans un sabbat aérien…
Andromeda :
C’est exactement ça. Elle est assise face à lui, tout en le chevauchant comme un balai. L’image est inspirée des peintures de la Renaissance représentant des anges dans le ciel. Mais comme nous chantons sur le féminisme et le concept artistique et littéraire de « Weibermacht » (les femmes dominant les hommes forts/intellectuels et mettant les hommes dans des positions de soumission et d’obéissance), nous voulions qu’Eliran adapte cela comme un motif dans la peinture. Il a fait un travail incroyable !

Et pourquoi avoir choisi cet artiste très prisé Eliran Kantor dont les dessins sont malheureusement de plus en plus similaires et répandues dans le milieu du metal ? (Kreator, Hatebreed, Soulfly, Loudblast, Venom Prison, etc.)
Laurent : Nous adorons son travail, c’est un véritable génie. Et il est difficile de trouver quelqu’un qui peigne d’aussi belles peintures à l’huile, avec un ciel bleu azur et une femme dominante sur un homme en balai dans une robe rose, pour un album de black metal. Nous pensons que son art correspond parfaitement à ce que nous voulons exprimer avec notre musique.

Très honnêtement, avant de lancer Folterkammer et enregistrer votre désormais deux albums Die Lederpredigt (2020) puis le nouveau Weibermacht, connaissez-vous ou plutôt connaissiez-vous la musique de la chanteuse d’origine russe Ayin Aleph qui enregistra des albums d’opera metal il y a déjà une vingtaine d’années avec le guitariste et producteur britannique Mark Mynett du groupe Kill To This (qui a également produit les deux derniers superbes albums de My Dying Bride…) car j’ai trouvé de nombreux aspects communs entre Folterkammer et Ayin Aleph, sauf que Folterkammer sonne plus extrême musicalement en matière de metal ? (sourires)
Andromeda : Nous ne connaissons pas Ayin Aleph et nous n’avons pas été inspirés par eux, mais nous avons écouté leur musique après avoir lu votre question. C’est un groupe très créatif, mais nous avons d’autres influences, un son différent et une approche musicale, compositionnelle et conceptuelle différente. Mélanger le metal et la musique classique n’est pas nouveau, c’est même assez courant, même avec l’influence de la musique baroque, mais il y a beaucoup d’approches différentes et créatives pour le faire. Musicalement, vocalement, et aussi en termes de thèmes abordés, la musique d’Ayin Aleph est très différente de ce que nous faisons.

Enfin, avez-vous des projets de concerts en Europe et tout particulièrement en France ? Des festivals de prévus cet été aux Etats-Unis ou en Europe ? Ou bien Folterkammer n’est en fin de compte qu’un projet musical de studio ? Chacun étant peut-être trop occupé par ses autres groupes principaux ou carrière solo (Imperial Triumphant, une carrière de chanteuse d’opéra pour Andromeda, etc.)
Andromeda : Nous sommes définitivement un groupe, même si nous avons tous d’autres projets. Nous sommes sur le point de partir en tournée sur la côte est des États-Unis d’ici la fin du mois de mars et nous planifions actuellement d’autres tournées (en Europe, aux États-Unis et en Amérique latine).

Merci beaucoup par avance pour vos réponses collégiales.
Laurent et Andromeda : Merci beaucoup aussi ! Ce fut un plaisir !

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