Fondé seulement en 2022 dans les anciens bassins miniers du département du Nord (59) de la France, GALIBOT se veut avant tout un simple projet musical lancé principalement par son guitariste/chanteur Thomas. Nourri par son patrimoine et son histoire locale, @Galibotband se développe très vite. Thomas est alors rejoint la jeune chanteuse Agathe, et plus tard Julian (également producteur) qui a donné une seconde vie à leur 1er album Auch Mau Noir, initialement paru en 2024, et réédité sous le nom Euch’ Mau Noir Bis par le label Les Acteurs de l’Ombre Productions. D’ailleurs, musicalement GALIBOT puise ses influences à la fois dans les jeunes et solides formations francophones lancées ces dernières années par le label français @Ladloprods (LUNAR TOMBFIELDS, PENITENCE ONIRIQUE, RÜYYN, MIASMES, HOULE, LES BÂTARDS DU ROI…) mais aussi les classiques du genre black metal scandinave, bien sûr. Nous avons fait ainsi connaissance avec 3 de ses membres. Ils nous parlent en toute sincérité de l’origine du projet, du concept, de cette réédition de disque, et du déjà second véritable album qui arrive en mai 2026, intitulé Abraha, également prévu chez LADLO. Un grand merci à eux !! Et ne manquez pas en fin d’entretien notre bonus « quizz spécial Ch’ti » !! [Entretien réalisé par Zoom avec Julian (guitare, production), Agathe (chant, textes), et Thomas (guitare, chœurs, textes) par Seigneur Fred – Photos : DR]
->> Single « Les Nords » par GALIBOT, extrait de l’album Euch’ Mau Noir Bis (Les Acteurs de l’Ombre Productions)
Souvenirs, souvenirs… Galibot fait remonter un peu du passé de votre serviteur pour cette chronique… Les quais battus par les vents, dans la plaine nordiste infinie, de la halte ferroviaire de Pont de Sallaumines, dans le Pas-de-Calais ! Les terrils au loin, mystérieux, souvent sombres, fantomatiques… encore plus quand la brume s’installe, et ce, durant deux mois de labeur. Des terrils cachant, nous l’avions peut-être oublié, nombre d’histoires et tragédies dans le monde ouvrier au XIXème et début du XXème siècle dans notre beau pays. Sous le crachin, ou la pluie, ou le vent, se relayant, incessant, nous marchons dans un paysage surprenant, pour ceux qui ne sont pas nordistes… Ici nous verrons que la vie se vit ensemble… avec le soleil dans le cœur, à travers des moments partagés, bien souvent alcoolisés, le sourire sur les visages grimés… Les matchs des Sangs et Or à Lens sont un horizon échappatoire de fin de semaine. Que de souvenirs donc, dans ch’ Nòrhd que nous n’avons pas oublié dans nos cœurs. Même si « le ciel gris est loin de nous », comme le dit le groupe sur le titre « Schlamms », l’un des singles phares de cette réédition de leur premier album Euch’ Mau Noir (publié à l’origine en autoproduction en 2024), agrémenté ici pour l’occasion par « Bis » à la fin.
En effet, le reflet du charbon ne s’oublie pas. Ce minéral se reconnaît même intimement, sans l’avoir jamais vu. Cette chronique est un choc temporel faisant revenir ces souvenirs d’un Ligerien dans le Nord, ces noms de lieux éprouvés. Des explications à ces paysages, longtemps après, des réponses et d’autres interrogations… notamment de la lecture sur la Catastrophe de Courrière survenue un jour de mars 1906 pour le propos qui nous concerne ici. Les textes du principal compositeur Thomas Deffrasnes (guitare, chant sur un titre) sont porteurs d’images fortes, images imbriquées étroitement dans la musique qui se veut viscérale ici. On baigne dans un black metal sombre et sauvage, avec un univers lyrique fort et vite passionnant. Passons vite à la musique justement même si l’écoute faite nous fut tout de suite, et d’abord, émotionnelle. « Les Galibots » est une intro d’ambiance, au pluriel, rendant ici hommage d’emblée aux jeunes enfants que l’on envoyait alors au charbon, c’est le cas de le dire. L’ambiance est cinématographique, avec ses nappes de claviers menaçantes, des bruits de pioches… une entrée en matière claustrophobique dans les mines… Puis, « Cheval de Fosse » déboule sans crier gare sur une rythmique rapide et martiale. Enfin si, des cris il y en a justement. Ceux d’Agathe surgissent de ce monde souterrain, dépaginant le triste sort des chevaux descendant au fond des mines, partageant le même destin que les mineurs. Ce second morceau, plus raw et bien black, court et rapide, même si non présent sur la démo « Wallers-Arenberg » (ville d’origine du groupe), paraît faire le lien avec celle-ci. « Courrières », du nom du lieu de la catastrophe minière de mars 1906 évoquée précédemment, située près de Lens, nous parait une pierre angulaire « noire » de cet album. Clairement, il s’agit encore d’un traumatisme qui marqua toute une génération au début du siècle dernier, faisant tout de même plus de mille morts, comme nous l’ont expliqué trois des membres de Galibot lors de notre entretien pour la promotion d’Euch Mau Noir Bis.

Les parois scintillantes et inquiétantes, à la faible lumière, la dangerosité du lieu, claustrophobique à souhait, confinent à l’héroïsme du « petit », du « faible », broyé par l’économie industrielle, et y laissant la vie bien souvent, en descendant toujours plus loin, plus profond, au risque de ne jamais remonter après des efforts quotidiens inhumains. Jusqu’à l’enfant, le galibot ! Envoyé à la mine dès 14 ans pour nourrir le foyer (comme encore bien des endroits dans le monde de nos jours, malheureusement). La musique du groupe nordiste distille un plateau rythmique surplombant, speed et étouffant, avec la particularité des guitares grésillantes, parfaitement réhaussées, mais proprement, par son second guitariste et producteur Julian Baquero. On entrevoit juste l’espoir, lors des harmoniques et soli scintillants à la Forteresse, l’école black metal québécoise. Le chant de Diffamie (Agathe) y est tellement expressif, érosif, parfois autoritaire, un filon vocal dans la musique, changeant comme les ombres de la mine. Elle est totalement habitée, à l’image de sa consœur de label et compatriote, Adsagsona (Adèle de son vrai ch’ti nom) de nos amis de Houle (interview Motocultor 2025 ici), elle qui crie contre l’inhumanité à partir de l’histoire d’autres forçats : de la mer cette fois ! Des breaks d’axe (« Courrières », « Schlamms ») nous plongent parfois dans un noir d’encre, dans le faux silence lourd d’un lieu à l’atmosphère raréfiée des lieux souterrains. Comme ressentir une peur d’enfant, un cauchemar ? Citons aussi le superbe titre « Barbara », évoquant Sainte Barbe, protectrice des mineurs et notamment des fameux coups de grisou… Un morceau rapide, aux vocaux spectraux dans sa fin. Mais cessons là l’exercice du track-by-track en évoquant juste la dernière piste « Schlamms », une nouvelle fois, apparaissant ici dans une toute nouvelle version. Il figurait d’ailleurs sur leur démo Wallers-Arenberg qui fit son petit effet sur la scène régionale et hexagonale en 2022. Celui-ci crée le lien entre le raw primal agressif de Wallers-Arenberg donc (« Aux femmes du tri et de la lampisterie », « Dans ma berline ») et l’aération plus viciée de ce premier opus Euch’ Mau Noir revisité ici.
Merci à Galibot de parler de leur région ainsi, de votre patrimoine où certes, les traditions et les clichés ont la peau dure, mais à travers le prisme de la musique (le metal extrême), c’est une fort belle manière, sincère et intelligente, de la faire connaître et la partager afin de ne pas l’oublier, même si le samedi soir, on entend toujours l’hymne du FC Lens grâce à la célèbre chanson « Les Corons » de Pierre Bachelet (datant de 1984, époque à laquelle naissait alors le black metal avec les Venom, Bathory, Celtic Frost, et bien sûr, Mayhem !!). De parler de ces humbles héros disparus des temps miniers, et de cette manière, c’est risqué, voire osé, mais si bien réussi et avec émotion, et ce n’est là qu’un début pour Galibot, formé il y a à peine cinq ans… Et votre musique envoie un black épique, rapide, surplombant, tellurique, mais paradoxalement scintillant comme une pierre noire ! Mais pas froide, peut être tiède, de plus en plus chaud, et moite, en descendant dans les veines, comme l’air de la mine que respiraient ces pauvres gens pour quelques sous la journée. Pierre noire (volcanique ?), épique, radical, parlant de sa région… Tiens donc ! Sur la belle scène metal française contemporaine, comment ne pas aussi penser par instant aux Auvergnats d’Aorlhac pour la musique enlevée, épique, et leur univers lyrique régional dont le chanteur Spellbound a aussi une interprétation habitée dans ses textes historiques, mais exprimant aussi des fêlures de vie (également à travers son groupe Jours Pâles).
Cette pépite black metal nous a passionnés de bout en bout durant son écoute, et continue à produire son effet addictif. Elle a fait suite, pour votre serviteur, à une autre « addiction » : celle de la dernière offrande de Blut Aus Nord, Ethereal, sortie fin 2025, groupe français que les Galibot citent d’ailleurs dans leur panthéon personnel ! Respect. A très bientôt en concert partout en France, nos amis Ch’tis, notamment au côté de leurs compatriotes Les Bâtards du Roi !! [Morbidou]

Publicité