
Depuis deux ou trois décennies, d’obscures formations de black metal nous arrivent peu à peu en provenance d’outre-Atlantique, région encore fraîche en la matière au plan international, et bien souvent, elles s’avèrent relativement intéressantes (USURPER, ABIGAIL WILLIAMS…) voire excellentes (ABSU), comme dernièrement WOLVES IN THE THRONE ROOM ou encore BLACKBRAID. Ce n’est là qu’une brochette de spécimens, bien sûr. Et bien souvent, elles prennent forme dans l’esprit d’une seule personne, donnant naissance à un one man band. Concernant le cas de HULDER, il conviendrait de parler plutôt de one woman band puisque sa fondatrice est la musicienne belge Marliese Beeuwsaert, aka « Marz », désormais américanisée sous le nom de Marliese Osborne. Cette guitariste et chanteuse a déménagé, quittant le Vieux Continent pour l’Amérique : d’abord la Californie, puis l’état plus sauvage et septentrional du Washington, toujours sur la côte est pacifique, comme, tiens donc, WOLVES IN THE THRONE ROOM. L’appel de la nature et des grands espaces, certainement, les forêts et la côte plus sauvage et froide ayant certainement inspirée Merz, qui, pour rappel, au départ évoluait davantage dans un black metal aux racines païennes scandinaves. Et justement, il y a une certaine évolution chez HULDER sur cette troisième offrande, mêlant pagan metal et black/dark metal, le tout dans une plus grande diversité cependant (les langues du flamand, de l’anglais, et même du proto-germain) et aussi sensibilité.
Cette naturelle évolution artistique fut réalisable et s’entend aujourd’hui sur Verbolgen grâce au fait que depuis 2025, cette artiste européenne en exil s’est entourée du multi-instrumentiste et aussi chanteur Necreon, au départ simple batteur de session, sur ces premiers enregistrements studio (et accessoirement pour la petite histoire, ils se sont mariés entre-temps). A présent, Necreon officie en tant que bassiste/choriste au côté de sa fondatrice, le duo HULDER produisant désormais des concerts accompagné de musiciens de session pour le reste (HELLFEST 2026, et tournant même aux Etats-Unis !). L’expérience acquise en live a certainement aidé à la construction de morceaux forts, relativement variés et mélancoliques. On note ici l’ajout de diverses collaborations sur cet album relativement pertinentes sans en abuser : Paris Thibault alias « Januaria » à la flûte (discrète mais présente, comme sur le préambule de l’album intitulé « Drie Raven ») ; Keld à la vielle, aux claviers et guitare solo ; ainsi que deux batteurs de session, un certain Vrolok, au parcours pas très catholique (ex-AETERNUS, ex-GORGOROTH, ex-SULPHUR…), et un autre dénommé Vapula (HEART OF THE SERPENT). Passée cette intro de « Drie Raven » donc, à l’ambiance feu de camp façon saucisses Knacki Herta en pleine forêt nord-américaine, place à « The Crowning », un morceau heavy et sombre, mid-tempo avant d’accélérer, qui n’est pas sans rappeler l’ambiance de Storm Of The Light’s Bane de feu DISSECTION ici. Une voix claire, celle de Hulder, se fait entendre sous fonds de spoken words, au loin dans la forêt, puis sa voix devient déchirante, et une flûte revient enchanter l’atmosphère. Il y a un esprit païen et malsain ici, sous fonds de gros riffs et rythmiques heavy, idéaux pour une entame de concert par exemple, malgré sa durée relativement longue (6’28)…

S’en suit « Thy Binding Oath » à l’atmosphère lourde et au rythme lent, lancinant, sur lequel Hulder et Necreon nous emmènent un peu plus encore dans cette sombre forêt… On est ici à la frontière entre le black metal mélancolique et le doom. La fin, tout aussi lancinante, avec des chœurs, nous rend quelque peu circonspect sur la suite car il ne faudrait pas s’endormir dans cette forêt épaisse à l’approche de la nuit… Fort heureusement, avec un riff plus tranchant, la chanson-titre « Vebolgen » nous réveille alors quelque peu de notre torpeur crépusculaire. Sur un rythme up-tempo cette fois, la sauvagerie black metal reprend le dessus. Sur une durée plus courte (4’01), celle-ci diversifie un peu l’ouvrage du duo américain. Avec ce même élan, « …And We Shall Sing » poursuit cette intensité même si la longueur du morceau (6’01) fait perdre un peu l’effet escompté. Il y a un côté assez hypnotique (les chœurs, la répétition de certains riffs sur un mid-tempo entraînant) chez HULDER en fait.
Tout cela est parfaitement résumé finalement dans le single « In Blood and in Earth » paru en juillet 2026, où HULDER synthétise ses influences black primitives et une approche dark/doom plus mélancolique dans une ambiance véritablement hypnotique et plutôt apaisée, presque contemplative, comme s’il y avait un lâcher prise. Cela n’est pas vraiment nouveau chez HULDER, mais peut-être plus varié, car en effet, on retrouvait déjà tout ça en fin de compte auparavant comme sur la chanson « Hearken The End » en 2024 sur l’album Verses In Oath (20 Buck Spin).
Le reste de Verbogen (signifiant « indignés » en flamand) est du même acabit, quitte à se répéter un peu malheureusement. On reste généralement dans un registre mid-tempo (« Den Nacht Zijn Lied » et son court solo de guitare au milieu) jusqu’à l’épique instrumentale servant d’outro « The Glow Of Dawn ». Entre-temps, une véritable attaque black metal, quelque part entre un Pure Holocaust d’IMMORTAL, un vieux SATYRICON et les premiers MYRKUR vient rappeler de quel bois se chauffent Hulder et Necreon. Il s’agit de « View From Nemeton » dont le vidéo clip d’ailleurs n’est pas rappeler volontairement par le style visuel (vidéo VHS) le tout premier clip d’IMMORTAL en 1992 « The Call of the Wintermoon »… , en moins kitsch bien évidemment… Enfin, l’album se voit agrémenter de deux morceaux bonus intéressants après ces neuf titres déjà plutôt réussis : « A Beacon From Darkened Skies », tour à tour atmosphérique avec ses chœurs et sa guitare acoustique en intro, puis doté d’accélérations avant de retomber dans un mid-tempo des familles ; et l’acoustique, folklorique, et presque shamanique « Zonnesteen » démontrant que HULDER a plus d’une corde à son arc, et ne renonce devant aucune idée du même qu’elle sert son propos univers empli de folklore justement, et d’une douce et belle mélancolie ici.
Mine de rien, ce nouvel ouvrage de HULDER affiche une véritable identité artistique et constitue déjà son troisième LP, et c’est du solide !! Avec un travail d’écriture intéressant et des compositions un peu plus variées qu’à l’accoutumée (présence d’instruments folkloriques ici ou là), le duo américain semble plus qu’inspiré que jamais, même s’il peut lasser un temps soi peu si l’on n’est pas absorbé du premier coup par l’ambiance de Verbolgen. Après le très remarqué Verses In Oath en 2024 (20 Buck Spin), HULDER est devenue une formation des plus attrayantes sur la scène black US actuelle qui ne demande qu’à s’exprimer, et surtout, continuer d’évoluer à sa façon, très naturellement, à l’opposé de MYRKUR par exemple, l’artiste danoise étant partie elle (ré)explorer son passé pop/électro dans une version moderne mais toujours sombre, délaissant ses influences black et folk des débuts. Chez HULDER, c’est tout le contraire : un retour à ses racines. [Seigneur Fred]

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