La scène metal extrême française a toujours été quelque peu à part. Marginalisée dans son propre pays, très souvent laissée de côté par les médias « officiels », y compris spécialisés , elle a souvent dû, contre vents et marées, avancer, évoluer, grandir quasiment seule, même si quelques groupes profitaient d’une petite lumière médiatique, pour ne pas mourir et surtout se démarquer des autres scènes extrêmes. Si on peut parler de scène metal suédoise ou celle norvégienne comme un tout (même si ce n’est pas une vérité absolue car il existe des différences parfois criantes), bien malin celui qui pourra définir en quelques mots la scène française. Quel rapport clair entre des entités aujourd’hui comme Agressor, Blut Aus Nord, Tanork, Monolithe, Gojira ou Sublime Cadaveric Decomposition si ce n’est leur origine hexagonale ? Fondé à l’origine en 2019 par le chanteur Spellbound d’Aorlhac sous le nom d’Asphodèle finalement mort né, son premier album, Jours Pâles, donnant ainsi naissance au projet éponyme. Celui-ci s’inscrivit d’emblée dans cette volonté de se démarquer. En 2025, ce déjà quatrième opus, Résonances, ne cherche donc ni à singer, ni à s’inspirer, mais entend développer son propre univers extrême depuis ses débuts avec ses propres influences, sa sensibilité, son histoire personnelle, comme nous l’a expliqué son chanteur et fondateur de Jours Pâles. [Entretien réalisé par email avec Spellbound (chant, claviers) par Dave St Amour & Seigneur Fred – Photos : DR]

Peux-tu nous rappeler quel est ton rôle exactement au sein de JOURS PÂLES ? Chanteur, compositeur, auteur, guitariste, claviériste… ? Tu es ici très multitâches par rapport à ton principal groupe AORLHAC dans lequel tu évolues aussi parallèlement ?
Spellbound : Salut ! Et merci pour tes questions. Au sein de Jours Pâles – et majoritairement à partir d’une guitare – je compose les chansons, écrit les paroles, et m’occupe du chant. J’enregistre parfois (mais très rarement) quelques ambiances ou parties de gratte, comme cela a pu arriver sur les titres ‘Eclosion’, ‘C2H6O’, et quelques autres dont je n’ai plus le souvenir, mais sinon ce sont les musiciens qui m’entourent qui prennent le relais en studio. Il m’arrive aussi de développer ou participer à l’esthétique visuelle, ce dernier rôle étant quand même limité, car ce n’est absolument pas mon domaine et que je suis incompétent à ce niveau-là, en tous cas pour la mise en pratique. Ceci dit ça tombe bien, car il y a des gens très doués qui m’entourent et s’occupent de mettre des images sur l’univers sonore et thématique de JOURS PÂLES. Bref, tu l’as compris, en gros c’est mon projet. Je m’entoure ensuite de musiciens qui vont peaufiner certains détails ou carrément écrire des parties lorsque cela est nécessaire, et surtout qui sont plus à l’aise que moi pour porter musicalement le projet sur scène, notamment au niveau des guitares et de la section rythmique, mon seul travail sur scène étant de m’égosiller. Concernant Aorlhac que tu mentionnes, effectivement mon rôle est plus ‘limité’ puisque c’est NKS qui chapote la très grande majorité de l’aspect musical. Perso je ne m’occupe que des textes et du chant, ce qui me convient à merveille, car je n’aurais de toute façon pas le temps ni l’énergie de me consacrer à deux groupes en « mode Jours Pâles ».
Résonances est déjà ton quatrième album studio avec ASPHODÈLE, devenu rapidement JOURS PÂLES. Il fait donc suite à Dissolution. Comment pourrais-tu décrire ton évolution musicale depuis ce dernier ? As-tu opté pour une rupture radicale ou bien, au contraire, pour une certaine continuité car on ressent vraiment une grande maturité dans les compositions et la production sonore ?
Spellbound : Je ne pense pas avoir changé drastiquement de méthode par rapport à Dissolution, ni par rapport à aucun autre album en fait. C’est juste que Jours Pâles est devenu comme la bande son de ma vie : cette musique évolue en même temps que moi (ou en même temps que je régresse, ça dépend) en tant qu’individu. Les changements plus ou moins probants entre les albums viennent donc surtout de ma potentielle amélioration en tant que guitariste, puisque c’est le seul instrument qui me sert à développer 99% de mes morceaux. Après, vu que la cadence entre chaque album est très intense (un an et demi en moyenne je pense), c’est vrai que du coup on remarque d’autant plus si évolution il y a. Je pense que Résonances est mon album le plus abouti jusqu’ici, musicalement et visuellement en tous cas.

Sur ce nouvel album Résonances, tu n’as pas hésité à créer de très longs morceaux comme « Une splendeur devenue terne », où des ambiances très différentes donnent l’impression d’avoir non pas un titre mais presque un album en soi. Pourquoi avoir choisi cette approche ? JOURS PÂLES est un projet ou plutôt ton jardin secret où tu aimes à expérimenter ? Est-ce que l’alternance entre passages acoustiques presque doux et moments de violence bien plus poussés vient d’une volonté d’aérer ta musique ? Ou bien est-ce l’instinct qui parle pour t’exprimer naturellement ?
Spellbound : Oui, j’aime expérimenter et tout simplement ne pas m’imposer de limites. Ça serait bête, sachant que je suis le seul décideur de ce qu’il se passe à la fin. Avec ‘Une splendeur devenue terne’ c’est juste que je me suis lancé un défi complètement con : je voulais faire plus long que mon morceau ‘Les feuilles tombent’ paru sur l’album Tensions en 2022. Pas au départ bien sûr, mais arrivé à un certain moment du titre, j’ai considéré qu’il fallait le pousser encore plus loin, et donc il avoisine les 11 minutes et quelques. J’ai toujours été fasciné par les morceaux qui s’étendent sur la durée tout en restant captivants pour l’auditeur, mais je n’en avais ni l’envie ni l’inspiration jusque-là. J’espère avoir réussi le pari, mais des retours que j’ai pu avoir pour l’instant, le morceau n’a pas l’air de souffrir ou de faire souffrir de sa longueur. C’est vrai que c’est une chanson qui résume pas mal ce qu’est Jours Pâles. Il y a des passages calmes, mélodiques et aérés comme des accélérations et des trucs plus galopants et agressifs. C’est un bon résumé de ce que je fais en somme. Pour le reste de l’album, je ne pense pas que les titres soient spécifiquement plus longs que sur les autres opus. Concernant l’alternance des passages doux/violents c’est sûr que ça fait un peu partie de mon ADN en termes de compositions, je remarque avec le recul que j’utilise énormément de sons clairs à la guitare, je pense me calmer là-dessus sur le prochain pour revenir à une formule beaucoup plus directe et sans fioritures, plus ou moins à l’opposé de tout ce que j’ai pu faire pour le moment.
Tu travailles avec le label nantais Les Acteurs de l’Ombre Productions depuis des années, avant même la naissance de Jours Pâles. Que t’apportes ce label associatif ? N’as-tu pas envie de viser un autre label, peut être plus « efficace » à l’international comme The Great Old Ones l’a fait en allant chez Season of Mist ?
Spellbound : Je travaille avec eux depuis L’esprit des Vents d’Aorlhac, soit depuis 2018, voire même un peu avant, donc c’est une longue histoire entre LADLO et moi. Je ne pense pas que Gérald et ses bénévoles soient moins efficaces qu’un autre label, juste des moyens et des manières différentes de travailler. Il y a toujours plus ou moins eu un véritable accompagnement à la carte avec eux, un peu comme un truc personnalisé, répondant aux besoins de chaque groupe. Bien entendu, je ne dis pas que nous sommes toujours d’accord sur tout et que l’aventure a toujours été un long fleuve tranquille. Il y a eu des tensions, des fractures même parfois, et tout le monde n’a pas la même vision sur tout, tout le temps. D’autre part, personne ne sait de quoi demain sera fait, et je ne me suis jamais véritablement posé la question sur le fait d’aller voir ailleurs ou non. Peut-être y aura-t-il des possibilités dans le futur et je n’exclus rien qui pourrait aller dans le sens du développement de ma carrière, mais par respect pour tout ce que cette structure m’a apporté que ce soit au niveau financier ou soutien moral, s’il arrivait quoi que ce soit, il y aurait bien entendu discussion avant.
Pour Résonances, tu as axé tes textes très personnels sur la séparation d’un père et de sa fille, si l’on en croit le dossier de presse. Peux-tu expliquer plus longuement comment tu as travaillé ce thème , d’autant plus qu’ils ne sont pas forcément joyeux voire dépressifs ? Est-ce que l’usage du français facilite ce que tu veux transmettre par tes textes ? N’es-tu pas tenté par l’anglais, ne serait-ce que pour toucher un public plus important ?
Spellbound : Jours Pâles suit le cours de ma vie, et donc j’axe les textes sur ce qu’il s’y passe, en accentuant globalement le marqueur sur les aspects les moins positifs. Parfois de manière brute, parfois de manière plus théâtralisée ou plus ou moins fantasmée, romancée, détournée, pudique, etc… Ici, j’y évoque effectivement pas mal ma fille, ma relation à elle tout en étant père séparé, et tout ce qui en découle depuis maintenant plus de deux ans. Tous les textes ne sont pas axés sur ce sujet en particulier, mais il y a beaucoup de titres qui s’y réfèrent, d’une manière ou d’une autre. Vivre sa parentalité de manière aussi compliquée, entrecoupée, brouillée, c’est tour à tour touchant, désespérant, – surtout avec un enfant en bas âge – mais c’est dans l’ensemble surtout extrêmement difficile psychologiquement. Encore plus quand il s’agit d’une première (et probablement dernière) expérience en la matière. Il n’était donc pas très compliqué pour moi d’aller puiser et extraire des choses liées à cette situation. Quant à la barrière linguistique, je ne me pose pas la question. Plein d’autres projets écrivent et chantent dans leur langue ‘natale’ sans que cela ne pose le moindre souci d’exportation vers des contrées étrangères. Je ne pense donc pas que cela soit nécessairement lié à une forme d’exposition ou non. Dans le metal en général, les langues officielles ce sont les riffs, les mélodies, l’intention, l’intensité de la voix et c’est universel. De toute façon, je ne maîtrise pas assez l’anglais pour aller dans le fond des choses que j’essaie d’exprimer, et je n’utilise pas CHATGPT, ni GEMINI.
Ce nouvel album sort en CD mais aussi en vinyle. Que représente une sortie physique pour toi de nos jours ? Est-ce une chose importante, indispensable à tes yeux ? Ou bien une concession à un passé qui s’éteindrait petit à petit ?
Spellbound : A l’ère où nous vivons, il est clair que cela devient de plus en plus dispensable pour les consommateurs qui écoutent de la musique comme ils vont chercher leur McDo. Ils bouffent ça à toute vitesse, ont faim deux heures après, puis le cycle recommence. Ce que globalement permettent les plateformes aujourd’hui, et bien entendu, les groupes en pâtissent. D’un autre côté, l’époque amène tout un tas d’avantages aussi, au niveau de l’exposition, par exemple. En fait je n’en sais rien. Je n’ai même pas l’entièreté de la discographie de mes groupes, donc tu vois ! (rires) Je considère quand même que la sortie physique fait partie intégrante de ce milieu, les fans sont hardcore et veulent posséder les objets, ce qui est une bonne chose !
Au niveau de l’artwork de Résonances, qu’avez vous voulu exprimer avec cette image de la mort terrassant un oiseau ? Est-ce juste un visuel ? Ou bien un lien tangible avec les thèmes de l’album ? D’ailleurs quel degré d’importance accordes-tu aux photos, notamment avec l’usage du noir et blanc ou du monochrome ?
Spellbound : Non, ce n’est pas que visuel. Ici, il ne s’agit pas simplement de la mort qui déglingue un phœnix, mais la symbolique des tentatives de toujours renaître malgré les difficultés ou le fait de flirter avec le mal, la mort, les morts, celles que l’on s’impose ou celles que les autres tentent d’apporter auprès de nous. Ceci étant symbolisé par le tas d’oiseaux juste en bas de la pochette, comme une énième dose de courage qu’il faudrait pour retenter d’y échapper, de retourner au combat une fois de plus. L’image fait aussi écho aux résonances du passé, ces choses vécues, ancrées en nous, et dont il faut se débarrasser d’une manière ou d’une autre… Concernant les photos, je n’ai pas d’avis en particulier, j’essaie toujours de m’entourer de gens capables de faire ressortir la meilleure esthétique possible, que ce soit la photographie ou l’artwork de manière générale.

Tu invites souvent des artistes sur tes albums . Peux-tu nous en dire plus sur les invités de Résonances ? Et peux-tu me parler de ta collaboration passée avec Sylvain de Monolithe ?
Spellbound : Oui, c’est quelque chose que je fais depuis le tout début et j’adore ça. En fait, jusqu’à présent il n’y a pas un album qui ne contient pas au moins un ou deux featurings. Partager mon univers musical avec d’autres artistes et recevoir une part de leur monde en retour, c’est vraiment un plaisir pour moi, d’autant que nous ne le faisons pas dans Aorlhac, et on ne le fera probablement jamais donc j’en profite puisque j’ai carte blanche dans ce contexte. Il y a deux invités cette fois-ci. Kim Carlsson de Lifelover, Kall, Consider Suicide etc… Et SD Ramirez de Psychonaut 4. J’ai encore une fois eu la chance de recevoir des musiciens dont j’adore sincèrement la musique et qui en plus n’ont rien à gagner à venir poser du son chez moi, en tous cas en termes de notoriété, vu la différence de reconnaissance et de longévité par rapport à celle de Jours Pâles. Lifelover et P4 comptent beaucoup pour moi donc c’est encore une case que je peux cocher dans les trucs que j’avais envie d’atteindre. Pour Sylvain Bégot de Monolithe, je ne me souviens plus très bien du pourquoi ni du comment, j’avais dû le contacter, mais on faisait partie du même label à l’époque (LADLO, 2019) et il s’est retrouvé à poser des parties de guitare d’abord sur Asphodèle, sur le titre ‘Réminiscences’ notamment, ainsi que sur le premier Jours Pâles Eclosion, sur ‘Le chant du cygne’. C’est un guitariste complet et un soliste très solide, ses interventions étaient plus que pertinentes à l’époque et il m’avait bien sorti de la mouise, car je me rappelle que les guitaristes d’Asphodèle et du premier Jours Pâles, Stefan Bayle et James Sloan pour ne pas les citer, n’étaient pas particulièrement axés sur les solos techniques ou rapides. Je n’ai plus de contact avec lui depuis quelques années, mais c’était en tous cas une belle expérience.
Et quid du live ? Comment comptes-tu défendre cet album sur scène en 2026 avec AORLHAC à côté ? Est-ce que justement la scène est un vrai moyen d’expression ou juste un passage obligé cette forme de catharsis artistique qu’est JOURS PÂLES finalement ?
Spellbound : C’est toujours Simon d’Eclosion booking qui gère nos dates et jusqu’ici il le fait bien, je sais que des plans sont en négociation mais tout n’est pas confirmé. La scène n’est pas un passage obligé mais on ne va pas se mentir, quand tu sors un album, ça reste fortement conseillé de le faire, en termes de promo. Après, il faut savoir que j’ai dû remanier le line up cet été, et donc nous répétons avec de nouveaux gars, il faut le temps que tout se remette en place mais nous serons prêts pour certaines échéances à partir de 2026. La scène c’est à double tranchant pour moi, même si je me considère chanceux, grâce à la musique, d’avoir pu et de pouvoir encore parcourir la France en long, en large, et en travers, et pas mal de pays européens aussi. Ce sont des expériences et des souvenirs toujours très forts, et depuis quelques années, on arrive toujours à être placés sur des supers festivals et des belles affiches où nous sommes reçus à chaque fois comme des rois. D’un autre côté, je suis une personnalité qui se lasse vite d’être trop entouré ou de recevoir trop d’attention d’un coup, et je me sens parfois mal à l’aise dans les salles de concert. Malgré tout, je pense que nous continuerons à jouer sur scène pendant encore un moment, même si nous allons désormais plutôt privilégier les opportunités ‘isolées’ qui nous permettent de rentrer dans nos frais et de ne pas trop nous fatiguer au long cours, plutôt que les tournées à rallonge qui sont usantes à tous les niveaux.
Enfin, quelles sont les nouvelles d’AORLHAC ? Des projets ? Un nouvel album studio en succession à Pierres Brûlées par en 2021 déjà ?!
Spellbound : Nous avons déjà quelques dates de prévues pour 2026. Après, je n’ai pas la main sur l’aspect composition au sein d’Aorlhac, et c’est un projet ou nous laissons quand même pas mal d’espace entre deux livraisons discographiques. Je peux simplement te dire que le cinquième album est en très bonne voie et que nous pensons sortir quelque chose d’ici fin 2026 ! J’ai très hâte, car le résultat risque bien d’être énorme, selon moi…
La scène metal extrême française a toujours été quelque peu à part. Marginalisée dans son propre pays, très souvent laissée de côté par les médias « officiels », y compris spécialisés , elle a souvent dû, contre vents et marées, avancer, évoluer, grandir quasiment seule, même si quelques groupes profitaient d’une petite lumière médiatique, pour ne pas mourir et surtout se démarquer des autres scènes extrêmes. Si on peut parler de scène metal suédoise ou celle norvégienne comme un tout (même si ce n’est pas une vérité absolue car il existe des différences parfois criantes), bien malin celui qui pourra définir en quelques mots la scène française. Quel rapport clair entre des entités aujourd’hui comme Agressor, Blut Aus Nord, Tanork, Monolithe, Gojira ou Sublime Cadaveric Decomposition si ce n’est leur origine hexagonale ?
Fondé à l’origine en 2019 par le chanteur Spellbound d’Aorlhac sous le nom d’Asphodèle finalement mort né, son premier album, Jours Pâles, donnant ainsi naissance au projet éponyme. Et celui-ci s’inscrit d’emblée dans cette volonté de se démarquer. Ce déjà quatrième opus, Résonances , ne cherche donc ni à singer, ni à s’inspirer, mais entend développer son propre univers extrême depuis ses débuts avec ses propres influences, sa sensibilité, son histoire personnelle. Le projet solo devenu aujourd’hui groupe ne cherche pas non plus la facilité en chantant en français, sans aucun doute pour que son propos ne soit pas limité par une pensée anglophone, même si d’autres artistes ont ouvert cette voie depuis longtemps (Misanthrope, Seth, Alcest pour n’en citer que quelques-uns…) après une longue période longtemps dominée par la langue de Shakespeare. On peut d’ailleurs y voir là un sacré retour de manivelle. Dans les années 80, succès de Trust oblige, le français était la norme avant que les pionniers de la scène extrême, les Loudblast, Agressor, Massacra , Mutilated et autres Mercyless ne choisissent l’anglais car refusant de se limiter à un seul public, et dans une politique d’internationalisation de leur musique, à l’époque du tape trading, et ce, bien avant l’ère internet…
Depuis le premier album, Eclosions, sorti sur le label associatif Les Acteurs de l’Ombre Productions auquel il est resté fidèle, Spellbound porte le projet sur ses épaules et développe son propre univers, sans se soucier des modes ou du qu’en dira-t-on… Et le bougre a bien raison !! Qualifié peut être un peu trop vite de black metal , Jours Pâles propose un metal noir tout aussi mélancolique qu’énergique, ne lésinant pas sur les parties très rapides, les guitares bien agressives et un chant torturé, hurlé évoquant parfois celui de Famine (Peste noire) dans ses intonations. Cette formule peut sembler s’appliquer à énormément de formations mais ici, on a tous ces « petits trucs en plus » qui font que chaque morceau est une aventure en soi, parfois douloureuse, parfois un peu convenue, mais jamais dénuée de sens…
Employer le terme « aventureux » pour Résonances n’est pas usurpé. Dès l’introduction (l’instrumental « La frontière entre nous et le néant »), Jour Pâles enchaine avec un morceau fleuve risqué de onze minutes (« L’essentialité du frisson »), blindé de riffs partant dans toutes les directions et pouvant perdre l’auditeur. Après tout, il faut la mériter cette substantifique moelle que regorge ce qui s’avère très vite un petit chef d’œuvre de musique et de poésie extrême. Oui, dès les prémices de l’album, Spellbound ne facilite guère l’écoute à l’auditeur, surtout pour l’oreille des néophytes. Et les textes ne vont pas non plus le caresser dans le sens du poil, insistant sur des thèmes peu usités dans le metal comme la séparation d’un père et de sa fille, tout en n’excluant pas des moments plus nihilistes, voire dérangeants, comme l’atrocité de la pédophilie. Comme souvent pour les artistes chantant en français, écouter les morceaux en lisant les paroles (ce que le streaming ne permet hélas pas, cela dit) permet de mieux pénétrer la pensée de son auteur, surtout pour nous, dans la langue de Molière.
Mélangeant différents aspects de la musique comme le montre l’introduction de « Cinéraire », qui voit une rythmique folk se mêler à de l’électrique, porté par un tempo étonnamment binaire, Jours Pâles fonce dans tout un tas de directions et c’est ce qui distingue Résonances d’un disque « lambda », et peut-être même de ces prédécesseurs (Dissolution toutefois se rapproche assez artistiquement de Résonances). Il y a là cette volonté de surprendre, de ne pas s’adresser qu’à un seul public. Alors, oui c’est parfois très casse gueule, un break ici, des passages atmosphériques aux arpèges de guitares ou claviers, des vocaux doublés (« Viens avec moi »), ça peut rebuter, mais pour qui fait l’effort d’aller au-delà de la première impression, la récompense est à la hauteur. Jamais les morceaux, même les plus longs, presque progressifs (« Une splendeur devenue terne »), ne semblent pourvus en fin de compte de parties dispensables ou superflues. On sent bien que tout est pensé, que chaque enchainement n’est pas là par hasard mais pour exprimer un sentiment, qu’il soit colère ou mélancolie. Bref, le propre des grandes œuvres.
En invitant l’auditeur à le suivre, mais sans pour autant l’envie de le ménager, Spellbound ne fait pas que sortir un grand disque ici de black metal(même s’il semble réfuter l’étiquette), voire même de metal au sens large, non, il imprime sa personnalité dans une scène riche de ses contrastes et on peut espérer que Résonances soit l’album de la consécration, le début d’une nouvelle aventure pour lui, qui le fera sortir de sa niche et ses limites de l’underground. C’est en tout cas tout le mal qu’on lui souhaite… Par contre, maintenant, on espère aussi un nouvel album d’Aorlhac tout aussi brillant, vous savez, son groupe principal, à moins que Jours Pâles ne prenne le pas et rencontre dorénavant plus de succès que le fameux groupe de black metal auvergnat d’Aurillac… [Dave St Amour]

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