« Loin des yeux, loin du cœur » dit l’adage, mais pas loin des oreilles pour autant… En effet, si MAMMON’S THRONE nous vient de la lointaine île australe colonisée au XVIIème siècle au détriment de leurs autochtones, pour autant, on raffole généralement de leur hard rock (AC/DC, ou leur plus jeunes clones d’AIRBOURNE), de leur excellent death metal technique (PSYCROPTIC) ou indus (THE AMENTA), de leur black metal (RUINS, AUSTERE), même si finalement ce sont bien souvent les mêmes protagonistes derrière ces lointaines et obscures formations du fait de la faible densité de groupes de metal ou rock au mètre carré. Mais qu’en est-il en matière de doom metal là-bas en 2026 ? Eh bien, vous pouvez compter sur MAMMON’S THRONE, fondé seulement en 2018 du côté de Melbourne. Vous allez être vite convaincus à l’écoute de leur excellent troisième opus, au titre peu réjouissant mais pas totalement faux : My Body To The Worms… Si en 2020, Forward unto Flame (chez Black Flame Records) est peut-être passé inaperçu dans nos radars européens durant la pandémie malgré notre plus grande disponibilité, puis de même en 2023 pour l’éponyme Mammon’s Throne (sur le discret label Brilliant Emperor Records), alors vous n’avez aucune excuse aujourd’hui pour ne pas succomber à leur nouvelle ode mortifère et viscérale. L’écrasant premier single « Elixir » saura vous en convaincre, à la limite du sludge et du doom/death metal, genre qui connaît un bel engouement ces derniers temps.
Tout aussi écrasant, avec ses relents de MY DYING BRIDE en plus sale, bien sûr, et quelques belles influences à la TRIPTYKON, mais en plus brut et sale là encore, on se rapproche davantage des premiers HOODED MENACE ou REVEREND BIZARRE si l’on avait à comparer avec des formations scandinaves, généralement maîtres du genre, sauf que pour rappel, nos cinq gars-là sont australiens, et le soleil n’agit pas du tout pareil sur le mental et l’organisme chez eux que sur nos amis scandinaves, propices naturellement à la dépression et au suicide… Alors que leur arrive-t’il ? Les dieux aborigènes leur sont-ils tombés sur la tête ? Ce qu’il y a de notable et prestigieux aussi chez MAMMON’S THRONE, c’est ce côté lyrique, voire épique, influencé par les premiers CANDLEMASS et MY DYING BRIDE, que développe ici le groupe avec brio comme sur la chanson « Senseless Death ». Au niveau vocal, Matthew Miller nous offre toute une palette de cris : growls, screams, et chant clair. Cette alternance offre ainsi un beau dynamisme, alors que les compositions sont déjà relativement complexes et assez changeantes, ce qui est rare dans le doom/death, généralement monolithique et uniquement lent (la définition même de ce genre musical). L’ambiance s’installe véritablement sur le second titre, « Clandestine Unholy Rites « , une sorte d’interlude bourré de samples macabres et inquiétants, faisant la parfaite transition pour « Elixir », gros morceau dépressif à souhait, et totalement habité par son chanteur… On n’est pas loin de l’ultime Monotheist de CELTIC FROST. Néanmoins, un aspect plus mélodieux prédomine ici, malgré la crasse et l’atmosphère evil et suintante des riffs sludge/doom. Cela est dû à des soli de guitares intelligents et subtiles qui réhaussent les compositions, alors que la section rythmique vous fait headbanguer comme un mort-vivant jusqu’à vous désosser, et puis ce chant de Matthew Miller qui vous donne littéralement la chair de poule, épaulé de temps à autre par le guitariste rythmique Johnny Chammas. On peut déceler un côté presque prog’ sur une chanson aussi comme « Every Day More Sickened », qui n’est pas sans rappeler un album comme Turn Loose The Swans ou The Light At The End Of The World de MY DYING BRIDE avec ses diverses relances ici ou là.
Si un nouvel interlude composé de nappes de synthés puis de piano (« At the Threshold of Eternity ») nous permet de respirer afin de reprendre un peu ses esprits l’espace d’un instant (2’41 seulement) dans ces méandres musicales de suffocation et de dépression, « An Angel’s Grace » revient à un doom/death épique plus classique mais tout aussi féroce (notamment avec ses choeurs tantôt clairs, tantôt criés et bien evil). Côté guitares, ça shredde pas mal, avec des effets de chorus en veux-tu, en voilà, avec un beau solo central le tout sur un rythme entraînant mais plus abordable peut-être, la digestion et l’accoutumance se faisant au fur et à mesure que l’on dompte les sept péchés que comptent finalement My Body to the Worms. Mais on n’est jamais à l’abri d’une subite accélération à la limite du black metal, ou un break plombant sorti des enfers de la terre. La septième plage « Departed », quant à elle, vient conclure un bal mortifère totalement passionnant et envoûtant sur des guitares au son clair et sur un chant clair là aussi de Matthew Miller, comme si MAMMON’S THRONE se mettait à nu, et laisser tomber les armes face à la mort. Mais pas trop vite quand même, car un nouveau rebondissement surgit. C’est presque théâtral d’ailleurs chez nos Australiens prennent le temps de développer leurs chansons sans rentrer dans des schémas préétablis, chose difficile dans ce genre musical pourtant éculé depuis son apparition chez BLACK SABBATH dans les années 1970, puis développé et magnifié par CANDLEMASS dans les années. Et grâce à un son puissant, brut, MAMMON’S THRONE arrive à prolonger et faire vivre encore le doom metal grâce à différentes touches et influences personnelles. Du bel art à écouter et profiter de son vivant ! A voir maintenant ce que donnent les rares concerts de MAMMON’S THRONE en Europe. [Seigneur Fred]

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