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MISERY INDEX
En mode self control

Parmi les formations américaines qui claquent toujours en live et constituent un acte scénique impressionnant de puissance et maîtrise technique, le tout avec groove s’il-vous-plaît, Misery Index est LE groupe à voir absolument une fois dans sa vie. Quant à leurs albums, après peut-être un passage plus mécanique s’inscrivant dans une routine, ils sont toujours d’excellente facture généralement. Album du mois en 2019 avec Rituals of Power, voici Complete Control, un skeud direct et efficace, frôlant presque la perfection (ce qui en devient presque écœurant), avec une certaine approche humaniste comme nous l’a expliqué l’un de ses deux chanteurs, Jason Netherton, qui a fui depuis longtemps le pays de l’Oncle Sam pour le calme de la Finlande… [Extraits d’entretien réalisé par Skype le 05/04/2022 avec Jason Netherton (chant/basse) par Seigneur Fred – Photos : DR]

Tout d’abord, comment vas-tu Jason, et comment te sens-tu un mois avant la sortie de votre nouvel album ? Es-tu impatient de reprendre la route des tournées et les concerts t’ont-ils manqué depuis deux ans, je présume ? Avez-vous déjà rejoué par chez vous aux États-Unis ?
[D’un français hésitant] Euh, tu parles mieux anglais que moi parler français ! (rires) [Puis en anglais] Ça va, merci Fred. Ouais, tu sais, on a faim de scène. On a déjà fait quelques shows depuis décembre dernier, c’était à la maison, à Baltimore même s’il y avait encore les masques, etc. mais c’était cool. C’était notre premier concert en fait depuis trois ans ! Enfin quand je dis à la maison, moi je vis dorénavant, et ce depuis pas mal d’années, à Helsinki en Finlande. Là, on vient juste de tourner un vidéoclip donc les choses ont bien repris. Ouais, on est impatient de partir en tournée américaine pour quatre semaines en mai pour ce nouvel album qui sort. Mais beaucoup de choses surviennent dans le monde actuellement, tu sais…

Personnellement, je n’imagine pas une seconde Misery Index jouant live devant un public masqué et assis comme c’était le cas il y a un an quand les concerts reprenaient un peu partout timidement notamment en Europe…
Ouais, en effet, je suis de ton avis. On n’est pas là pour assister à de la musique de chambre, du Vivaldi ou du Chopin… (rires) Donc ça ne convient pas pour nous, ça c’est sûr ! (rires)

Lors de notre précédente interview de Misery Index, c’était avec ton guitariste Mark Kloeppel  pour l’album Rituals Of Power en 2019, nous avions parlé de tout ce qui nourrit votre inspiration au sein du groupe et notamment quelques sujets sociaux, économiques, et politiques. Il m’avait alors confié qu’il en avait marre de toutes ces conneries avec ce clown de Donald Trump alors au pouvoir aux États-Unis. Qu’en est-il selon à présent ? Est-ce mieux, ou alors moins pire avec Joe Biden à présent ?
Je pense que c’est mieux, c’est sûr. Auparavant, avec Trump, c’était terrible. Ce gars-là était trop instable, imprédictible. Il était même devenu dangereux pour notre démocratie… (cf. insurrection au Capitole de Washington D.C. en janv. 2021). Donc c’est une bonne chose maintenant, pour autant les problèmes dans notre société demeurent ici, tu sais. Biden ici a une position plus centriste, et rassemble davantage qu’il divise. Au niveau social, il y a de bonnes choses mais ce n’est toujours pas suffisant. L’éducation, la santé, la guerre, etc. Il va globalement dans la bonne direction, ça c’est sûr, avec plus de sagesse. Mais certains problèmes demeurent car il est difficile de faire bouger les lignes dans le système politico-économique. Il y a trop de lobbies par exemple, c’est un tout. Le système politique fluctue avec les intérêts des corporations dans l’économie, c’est mondial, et il y a trop de paramètres qui nous dépassent à notre niveau mais on peut agir, mais là avec l’inflation galopante, c’est difficile. Le problème fondamental réside dans le système politique qui repose sur l’économie avec trop d’intérêts en jeu, donc on continue ainsi malheureusement même si c’est un peu mieux.

Tu sais, en France, nous avons d’ailleurs les élections présidentielles qui ont lieu fin avril/début mai pour élire un nouveau président pour cinq ans. L’actuel, Emmanuel Macron repassera sûrement… Suis-tu notre actualité politique en tant qu’américain ? (Ndlr : entretien réalisé le 05/04/2022)
Oui, je sais, cependant il y a Le Pen qui monte, monte, un peu plus à chaque fois et ça devient dangereux chez vous… A noter que je suis un peu plus cela car j’habite en Europe, en Finlande, donc je ne porte plus le même regard sur l’Europe et suis ce qui se passe ici car je m’en sens plus proche.

En effet, tu n’as pas tort, mais si elle échoue encore cette fois, ce sera sûrement son dernier chant du cygne car elle ne se représentera plus…Je reviens à Trump : as-tu suivi la tentative de putsch en janvier 2021 au Capitole américain de Washington à laquelle le guitariste Jon Schaffer (Iced Earth, Demons & Wizards) a participé ? J’aimerai connaître ton avis là-dessus en tant que citoyen et artiste américain ?
Tous ces évènements sont finalement les archétypes de ce que l’on dénonce et que l’on aborde avec Misery Index depuis déjà pas mal d’années et donc sur Complete Control. Clairement, le gars a pété les plombs..


Tous ces évènements t’ont-ils inspiré directement pour écrire ce septième album studio de Misery Index en fin de compte : la pandémie, le réchauffement climatique qui s’accentue du fait des productions liées aux humains sur Terre, le précédent gouvernement américain avec l’ère Trump, ce soulèvement, la guerre dans le monde et maintenant aux portes de l’Europe, etc. ?
Oui, beaucoup. Notre approche lyrique n’a pas changé en ce point. Clairement, on partage une toute autre opinion sur Trump que ses partisans, ça c’est sûr, tu t’en doutes. On parle de tout cela en essayant d’avoir une vision plus progressive et critique, mais on n’est pas là simplement pour critiquer, juste pour critiquer. Par conséquent, on est peut-être encore plus humaniste que jamais dans les paroles que j’ai écrites sur Complete Control. C’est le centre de notre musique. Mais avant tout, avec Misery Index, on essaie de composer de bonnes chansons, sans les paroles. C’est d’abord la musique qui naît en premier temps, on veut avoir déjà de bons morceaux, avec de bons riffs, et ensuite les textes viennent en second dans notre processus d’écriture. Et pour pouvoir crier nos paroles, il faut qu’il y ait un sens à celles-ci, de la substance.

Ce nouvel album, Complete Control, justement est très direct, concis, « in your face » et ce cocktail en fait, selon moi, votre album le plus accessible musicalement à ce jour pour les néophytes qui ne connaitraient pas encore la discographie de Misery Index. Qu’en penses-tu ?
Oui, on dit pareil en anglais : « concise »… Alors disons que d’une certaine façon, c’est un genre de combinaisons. D’après moi, il s’agit d’une mixture de tous les styles que l’on aime et avons adoptés et développés depuis le début et au fur et à mesure. On joue du death metal mêlé au punk, au hardcore, au grindcore. On a intégré cela depuis longtemps, avec un côté dur, colérique, qui provoque une certaine tension dans notre musique et les choses naissent ainsi d’elles-mêmes. Pour Complete Control, on ne s’est pas forcé dans le sens où c’est très naturel pour nous. L’album a été composé relativement rapidement, en moins d’un an. On a commencé l’an dernier. On était encore en pleine pandémie, donc on avait plus de temps pour s’y mettre, mais d’un autre côté l’album est né assez facilement et rapidement quand même tous les cas. On en est donc content.

Retrouve-t’on une connexion avec le précédent album Rituals of Power paru en 2019 ? S’agit-il d’un concept album ?
Principalement, oui, tout comme Rituals of Power était plus ou moins lié à celui d’avant The Killing Gods (Season of Mist/2014), etc. Mais aussi vice-et-versa, car Complete Control est lié réciproquement à Rituals (…). C’est une sorte d’énergie réciproque, en fait. C’est interconnecté. J’essaie toujours d’y parler comment on arrive à contrôler nos sociétés. Les populations sont des consommateurs, et sont gouvernées, contrôlées, par ce qu’on leur propose, leurs habitudes nées de leur manière de consommer, au lieu de penser par eux-mêmes. Elles ne sont forcées en rien, pourtant elles agissent inconsciemment en fonction de ce que les médias, les gouvernements, etc. leur proposent au quotidien. Elles sont libres, bien sûr, mais finalement l’argent domine tout ça, et c’est ça qui a toujours prédominé dans nos civilisations. Donc Complete Control aborde toutes ces manières et tous ces instruments qui régissent nos sociétés actuelles.

(Ndlr : sur sa webcam, j’aperçois alors derrière lui un grand poster avec un pentagramme) Crois-tu que la religion aussi, quelque soit sa forme (organisation reconnue, secte, etc.) continue d’influencer nos comportements et nos esprits de nos jours en 2022 ?
Je suis dans le local de mon label, en fait, actuellement… (sourires) Eh bien, je pense que dans la foule, quelque soit le but, dans une religion organisée, il y a toujours un guide, un but moral, pour motiver et attirer les gens, tout comme dans une monarchie ou un système politique avec un leader, mais cela peut être dangereux. Je ne crois pas que la religion, le fait de croire en quelque chose, soit mauvaise en soi, car ça peut aider certains, spirituellement, quand ils ne vont pas bien, c’est un guide, mais bien sûr il peut y avoir des dérives, des abus d’influences, de manipulation. L’argent rentre en compte, ou la moralité. Mais gouverner ainsi, avec des lois religieuses, là c’est dangereux. Enfin, je pense qu’il s’agit là d’un point de vue radical… (rires)

Surtout qu’aux Etats-Unis, on a le droit de créer sa propre secte avec pignon sur rue, comme un magasin… Et comme ambassadeurs de ce genre de choses, cela va de l’Eglise de Satan par Anton Lavey fondée en 1966 (ça ne s’invente pas !) à la scientologie représentée par Tom Cruise en pleine promo du nouveau Top Gun Maverick à Cannes…

Oui, en Amérique, c’est vrai que c’est assez étrange. On peut créer sa propre religion, et payer des taxes ensuite en tant que société, et là c’est toléré. Mais j’avoue que j’ai du mal avec la scientologie… (rires)

CHRONIQUE ALBUM

MISERY INDEX
Complete Control
Death metal/grindcore
Century Media/Sony Music

Le regretté Jim Morrison avait dit, de son vivant : « Celui qui contrôle les médias contrôle les esprits ». Eh bien, il n’avait pas tort car plus que jamais, dans nos sociétés modernes, les médias, que ce soit la TV, internet et ses réseaux (a)sociaux, ou la musique (si l’on considère cette dernière comme un médium), nous influencent quotidiennement et façonnent notre manière de penser. En cela, Misery Index l’a bien compris et le martèle depuis 2001 du côté de Baltimore (Maryland). Dénonçant depuis des années les travers du système politico-socio-économique mondial capitaliste symbolisé à lui seul par l’Oncle Sam, nos quatre tueurs-nés du death/grind US repointent le bout de leur nez avec Complete Control, un septième brûlot studio proche de la perfection, ce qui en deviendrait presque agaçant à force… Il faut dire qu’il n’y a rien de tels qu’une pandémie et un changement de président pour être inspiré et ressortir gonflé à bloc. Alors que Rituals of Power avait mis tout le monde d’accord en 2019 (Season of Mist), on se demande bien ce que peut encore offrir aujourd’hui Misery Index, leader écrasant de la scène américaine au côté de Dying Fetus, autre groupe plus foncièrement brutal death/grindcore, dont les dénominateurs communs sont l’ancien batteur et excellent Kevin Talley et l’actuel co-fondateur Jason Netherton. La réponse serait double : une once de mélodie, et plus d’humanisme. Si, si ! Rien que par son riff de guitare dissonant et sombre (qui ravira les fans d’Ulcerate), rejoint très vite par la basse vrombissante de Jason, on se dit que l’ambiance s’annonce des plus sombres, et que ça va tabasser sévère ensuite ! Bingo ! Les cris du bassiste déchirent une musique, en effet, un poil plus mélodique et mélancolique puis les chevaux sont lâchés sur « Administer The Dagger ». A la batterie, Adam Jarvis (God Enslavement, Lock Up, Pig Destroyer, Scour avec Phil Anselmo, ex-Hate Eternal (live))…) martèle ses futs à un rythme infernal d’au moins 300 bpm, faisant passer Peter Sandoval pour un joueur du dimanche pour banquets et anniversaires. « The Eaters and The Eaten » est du même acabit avec un riff de guitare éclair et incisif très vite contrebalancé par un break et un nouveau riff plus simple mais ô combien efficace. Les deux chanteurs Mark Kloeppel (également guitariste) et Jason Netherton se répondent au micro sur un rythme effréné là encore, ce qui accentue comme à l’accoutumée le dynamisme des compos du quatuor américain, car c’est là l’un des forces de frappe de Misery Index. Ce groove aussi bien vocal qu’instrumental, la brutalité, et la technicité des musiciens servent des compositions sur lesquelles il est impossible de faire une sieste et qui ne peut donc que réveiller Joe Biden dans son bureau ovale, penché sur ses dossiers sociaux et divers problèmes géopolitiques, le président américain devant faire face à la réalité du monde et ses déboires au risque de provoquer une troisième guerre mondiale contre le tyran russe. Le guitariste soliste chauve Darin Morris, quant à lui, généralement plus discret, insuffle de courts soli qui donnent cette touche mélodique dans ce dédale de baffes et de riffs à gogo comme par exemple sur l’excellente chanson-titre ou l’intro de « Conspiracy of None ». Les influences habituelles punk/hardcore/grindcore ne sont pas en reste, et de sacrées mosh parts enflammeront les pits du monde entier très bientôt (« Conspiracy of None », « Infiltrators » rappelant la thématique lyrique de leur album Traitors). Si Complete Control ne recèle peut-être pas de véritable innovation ou nouveauté de la part de nos Yankees (le très classique « Reciprocal Repulsion » à la Napalm Death), le sujet est tellement bien maîtrisé et convaincant, tant musicalement que lyriquement, que l’on peut difficilement faire un quelconque reproche à Misery Index qui atteint certainement là son apogée dans sa carrière. Comme quoi le malheur des uns (crise sociale, pandémie, guerre, injustice, corruption, etc.) fait souvent le bonheur des autres. [Seigneur Fred]