Il n’est pas rare d’évoquer Prong à METAL OBS (lire notre dernière interview en date de 2023 avec son leader pour l’album State of Emergency), et à la vue de cet album live dédié à un de leurs albums phares, comment ne pas revenir un instant sur la carrière de près de quarante ans du trio de New York fondé par Tommy Victor (guitare/chant) ? Lui qui réussit parmi les premiers du genre une synthèse quasi parfaite entre hardcore et thrash metal, notamment en 1990 avec le cultissime Beg to Differ, devenant l’un des chefs de file de ce que l’on appelait le crossover… Mieux encore, Prong s’était attaché les services de Pushead, illustrateur qui fit les belles heures de Metallica lors de la période And Justice For All… alignant des visuels devenus iconiques ! Le groupe américain s’offrit également des premières parties de prestige comme Pantera, Faith No More ou Soundgarden , étoffait son hargneuse musique avec quelques éléments indus et balançait à la face du monde Prove You Wrong (1991) et surtout Cleansing (1994) produit par l’incontournable Terry Date. Et toujours des tournées de prestiges notamment avec un Sepultura en face de conquérir le monde. Hélas, malgré tous ces efforts, tous ces albums, toutes ces tournées, Prong ne parvenait pas à intégrer la première division du metal et suite aux ventes décevantes du pourtant énorme Rude Awakening aux sonorités indus (également signé du producteur Terry Date), lâché par leur label de l’époque (Epic/Sony Music), Tommy & Cie jetèrent alors l’éponge en 1996. Mais on le sait, la musique est un démon qui revient toujours vous tourmenter. En 2007, Prong signe alors son retour avec Power The Damager. Depuis, malgré quelques changements de line up (seul Tommy subsiste de la formation originale), il est toujours là, prêt à fouler les scènes de la planète entière, jouissant de son statut culte et se moquant sans doute de ne pas être LE numéro 1 de la scène metal/hardcore et n’a que faire des modes !
Douze ans après Unleashed in the west : Live in Berlin, Prong offre donc à ses fans, un nouvel opus live, enregistré durant sept concerts européens en juillet et août 2025 ! Le trio new-yorkais étant taillé pour la scène, les versions live de ces titres sont impeccables, malgré quelques petites erreurs par ci par là que confesse Tommy, Prong ayant mis un point d’honneur à ne pas retoucher les bandes. On peut cependant être déçu de ne pas entendre plus le public durant les titres, comme sur tout bon live qui se respecte, d’autant plus que certains morceaux ont été enregistré au Wacken Open Air ou à l’Alcatraz, pas vraiment des clubs intimistes, mais de bons gros festivals drainant des dizaines de milliers de personnes. La foule est très timide et on ne la perçoit que durant le tout début des titres. Et comme la track-list a été enregistrée sur plusieurs concerts, tous les moments qui relient les morceaux, ces moments où Tommy interpelle la foule, ne sont pas présents, remplacés par des fading qui font retomber l’ambiance. Ceci étant dit, le fan de Prong ne pourra que se réjouir de ce nouvel enregistrement live, qui arrive seulement deux ans et demi après leur dernier effort studio et plutôt réussi State of Emergency (notre chronique ici), et dont un seul morceau « The Descent » est présent ici. Car c’est l’album Cleansing qui est mis en avant ici avec dix morceaux interprétés (« Not of the earth », « Sublime », « Home Rule », « Snap your finger…. ») sur les quatorze, le groupe ayant même poussé le vice d’insérer dans ce set deux titres « In heritance » et « Corpus Delecti » , qui avaient été écartés de l’album en 1994. Il est vrai que l’an dernier, Prong fêtait le 31e anniversaire de ce disque lors du Cleansing Anniversary tour. En contrepartie, le reste de la discographie est réduite à la portion congrue : aucun morceau d’avant 1994, ce qui ne pourra que décevoir ceux qui vénèrent Beg to Differ (votre serviteur en fait partie) ! Fort heureusement, le morceau d’ouverture « Revenge… Best Served Cold », superbe titre datant de 2012 est présent pour lancer les hostilités.

Evidemment, rendre hommage à un disque qui a compté dans la carrière d’un artiste est généralement une bonne chose, mais pourquoi ne pas avoir offert aux fans un double album ? Après tout, Tommy a déclaré que les concerts de cette tournée de 2025 durait plus de deux heures et qu’ils avaient joué des morceaux des premiers opus. Un sentiment d’inachevé qui coûte un 1⁄2 point à notre note. Quelques mots sur la pochette, elle est à l’image du live : direct et sans fioriture, reprenant le fond noir et blanc de 1994 tout en y rajoutant Tommy, vêtu d’un superbe t-shirt de Danzig, autre illustre combo dans lequel notre ancien videur du fameux CGBG officie (outre Ministry autrefois, etc.). Un hommage clair et net au passé, mais qui écarte là aussi l’élément le plus important d’un concert : le public. Ce dernier est cependant présent sur la rondelle central du vinyle. Live and Uncleansed est un bon disque live, énergique et qui ravira les fans, même si, on le redit, tous les débuts du groupe sont zappés ici, et ça manque cruellement d’ambiance. Il permettra de faire patienter jusqu’au nouvel opus, prévu, lui, chez Napalm Records en octobre 2026. Décidément, entre Prong et les labels européens, c’est une histoire qui dure, tout comme la longévité du fameux groupe américain… [Dave Saint Amour]



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