Après un come back en 2006 et pourtant un cinquième album studio tout à fait correct, The One I Condemn (Marquee Records) en 2009, Sacrifice fut plutôt absent des radars thrash metal malgré leur existence scénique en pointillé, en parallèle de leurs day jobs respectifs. En fait, il survivait puisque le combo canadien continuait de se produire de temps à autre en concert ici et là, mais guère souvent par chez nous sur le Vieux Continent. Côté nouveauté discographique, c’était le calme plat. Excepté dernièrement quelques publications live (Live – The Starwood, Toronto – Nov. 23 1985 (en 2022) et Live in Japan 2018 (en 2023), rien de neuf sous le soleil de l’Ontario… Alors quelle furie nous a pris quand on a reçu ce Volume 6 à la pochette rouge sanglant, et à la rage intacte ! Ça transpire le thrash old school des années 80 sans pour autant être totalement nostalgique ou quoi que ce soit ! Mais comment ne pas faire un flashback l’espace d’un instant à cette décennie musicale faste où tout s’accélérait après l’émerge du heavy metal. Car oui, pour rappel, Sacrifice est un contemporain des Metallica, Slayer, Exodus, mais fut aussi parfois inspiré par des sonorités européennes comme Sodom, Kreator, et Destruction ou Venom (son guitariste/chanteur Rob Urbinati ne s’en est pas caché durant notre entretien à venir très bientôt ici sur www.metalobs.com). Ayant connut sa décennie de petite gloire entre 1983 et 1993 avant de splitter, le quatuor nord-américain jeta alors l’éponge au moment du déclin du thrash metal, après avoir sorti quelques brûlots chez Metal Blade, au côté de ses compatriotes d’Exciter, Slaughter, ou Annihilator. Aujourd’hui, c’est une claque dans la tronche qu’il nous assène, bien plus forte que celle donnée un jour par notre cher actuel Premier Ministre français aux grandes oreilles.
Car le thrash, par définition, c’est justement ça, une rossée, donner une bonne correction. Voilà la sensation qui nous prend dès le premier titre dévastateur « Comatose », évoquant un laps de temps les vieux Sodom ou Occult (actuels Legion Of The Damned), notamment par ces riffs incisifs et ce chant féroce. Vite suivi par le single dévastateur « Antidote of Poison » et sa rythmique à briser des nuques, on arrive au nouveau single « Missile » en provenance tout droit de Toronto, peut-être en direction de son voisin américain qui a dernièrement des envies d’invasion militaro-écononique… Côté soli de guitare, c’est du grand art, du travail d’orfèvre ! Il faut dire que la paire Rob Urbinati/Joe Rico a eu le temps de peaufiner ses six cordes. Les larsens pleuvent, les vibratos pleuvent, sous fond de reverb’, à l’heure du revival thrash (à tendance crossover bien souvent) qui envahit de nouveau notre monde et excite les pits des festivals chaque été un peu plus, rassemblant les vieux métalleux aux vestes à patches et perfectos usés, et les jeunes qui découvrent une musique nerveuse, violente, qui dépeint la face d’un monde décadent, plus que jamais en proie à la guerre et à la déshumanisation. A l’instar d’un Sodom et son Agent Orange, la guerre, thème toujours d’actualité et cher à son frontman depuis 1990 et son album culte Soldiers Of Misfortune, inspire plus d’un riff et d’une parole ici, comme sur « Your Hunger of War » aux faux-airs de Slayer/Grip Inc., ou « Missile », évoqué précédemment. Si globalement le tempo est plutôt up et speed, Sacrifice sait ralentir un peu la cadence, se faisant alors encore plus heavy et menaçant, comme sur « Underneath Milenia », cela souvent dans une atmosphère dystopique et apocalyptique (« Lunar Eclipse », « We Will Not Survive »), avant que tout nous pète à la gueule un de ces prochains jours (« Explode ») ! Heureusement, l’espace d’un instant, nos sens prennent la direction de l’Orient sur le mélodieux et progressif « Black Hashish », aux airs arabisants et des chœurs interprétés par la fille du chanteur Rob (fan de metal également), nous renvoyant précisément à l’Afghanistan, pays dévasté par là aussi et encore la guerre, et dont certains malheureux habitants survivent grâce à la production de narcotiques… Superbe morceau au passage. Notons enfin la onzième et dernière chanson « Trapped In A World » où figure au micro leur ancien producteur Brian Taylor (ex-Youth Youth Youth, actuel Old) des trois premiers albums du groupe, ici au chant donc, pour un ultime uppercut punk, genre musical qui inspira plus d’un, et donna justement naissance au thrash dans les années 80, au côté du heavy metal. On est carrément très proche d’un Anthrax ici. La boucle est ainsi bouclée. Volume 6 est indispensable à tout thrasher qui se respecte en 2025, qu’il soit jeune ou vieux (tout est une question de point de vue, après tout). [Seigneur Fred]
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