SORCERER : Reign Of The Reaper

Reign Of The Reaper - SORCERER
SORCERER
Reign Of The Reaper
Doom metal épique
Metal Blade Records

Après un Lamenting Of The Innocent passé un peu dans les oubliettes chez Metal Blade en mai 2020 durant la pandémie (absence de concerts oblige), difficile tâche pour Sorcerer de faire aussi bien, voire mieux, que leur magnifique The Crowning of the Fire King en 2017 (toujours chez Metal Blade). Un petit EP baptisé Reverence permit toutefois au sextet suédois de refaire parler de lui en 2021 sur l’abondante scène doom metal épique scandinave toujours dominée par les fondateurs du genre : Candlemass (lire notre interview ici https://metalobs.com/candlemass-dans-lombre-du-soleil/). En témoigne encore son dernier méfait Sweet Evil Sun en 2022, plus que correct pour leur âge. Sur ce format court sorti en autoproduction, Sorcerer rendit humblement hommage à ses influences à travers quatre reprises bien senties de Rainbow, Black Sabbath, et Ozzy Osbourne (solo) ainsi que Saxon. Rien d’exceptionnel mais c’était honnête et bien fait.

Sur son quatrième opus Reign Of The Reaper paru en octobre 2023, on frôle de nouveau le chef d’œuvre. Déjà, il ravira les amateurs du classique Epicus Doomicus Metallicus de qui vous savez et qui donna ses lettres de noblesse de tout un genre en 1986, mais aussi ceux qui apprécièrent l’ère Robert Lowe (Solitude Aeturnus) au sein de Candlemass durant les années 2006-2012, comme sur l’excellent King Of The Grey Islands (Nuclear Blast/2007). Voilà, rien que ça, et le décor est planté.

« Carrément », vous dites-vous ? Et vous voulez des preuves. Ok, allons-y gaiement, à commencer par l’entrée en matière véritablement épique de « Morning Star » et son intro, suivie d’un riff bien heavy appouyé par une rythmique musclée. D’emblée, le chanteur Anders Engberg s’impose comme avec sa voix heavy mélodique mais assez grave tout de même. La production sonore signée Conny Welén (Meezrow) ainsi que le mastering et mixages de Ronnie Björnström (Meezrow, Centinex, Blood Red Throne, Ghosts Of Atlantis, Demonical…) sont aux petits oignons. On peut se délecter du son de chaque instrument. Ces six premières minutes sont magnifiques, et les chœurs rendent déjà ce premier morceau grandiose.

Plus mystérieuse avec son sample d’intro d’une voix féminine chuchotée, sur un rythme lent et lourd, la chanson-titre monte progressivement en puissance. L’atmosphère est brumeuse, on navigue en eaux troubles, et la voix d’Anders nous rassure, et tel un phare dans la nuit, elle nous éclaire dans notre pérégrination afin de ne pas tomber dans les abysses qui bordent notre chemin. Un break dantesque avec ce sample d’intro de voix féminine feutré revient nous charmer, et un solo de guitare de toute beauté traverse l’obscurité. Il est signé du guitariste Kristian Niemann qui n’est pas tout à fait un inconnu puisqu’il se fit connaître avec son frère dans Therion (période 1999-2008). Des growls assurés depuis peu par le bassiste Justin Biggs, viennent nous surprendre, alors qu’ils sont généralement rares dans ce genre de doom metal lyrique justement. Mais la voix d’Anders reprend le dessus. Encore plus de six minutes rondement menées…

Et que dire encore du puissant « Thy Kingdom Will Come » aux airs candlemassiens ; de la superbe fausse-ballade « Eternal Sleep » où Anders Engberg excelle encore une fois au micro après une intro claviers/guitare acoustique touchante ; le belliqueux « Curse Of Medusa » que n’aurait pas renié un certain Christofer Johnsson à l’époque où Therion enjouait davantage les passions et les cœurs. Les chœurs justement apportent énormément aux mélodies déjà très prenantes de Sorcerer ; le glaçant et totalement captivant « The Underworld », etc.

En conclusion, vous l’aurez compris, Sorcerer signe là un nouveau manifeste de doom metal lyrique sans faute, un vrai chef d’œuvre, supérieur même au dernier album en date de Candlemass car il y a à la fois les influences du genre, le talent et la finesse de composition, mais aussi d’interprétation, de ses musiciens en totale osmose sur ce Reign Of The Reaper. Tout cela a été concocté sous la houlette de son sixième membre toujours dans l’ombre, l’ex-bassiste Johnny Hagel (ex-Tiamat), un peu comme Leif Edling qui ne tourne plus toujours avec Candlemass mais reste l’éminence grise qui tire les ficelles dans la composition et l’écriture des chansons, bien qu’il essaie de tourner de nouveau quand sa santé (mentale et physique) lui permet. Encore un point commun, tiens donc, entre ces deux grands maîtres du doom metal, signe d’un bel héritage entre les deux formations scandinaves d’une certaine façon. [Seigneur Fred]

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