Kadath est certainement l’album de The Great Old Ones qui s’éloigne le plus directement des nombreuses histoires de H.P. Lovecraft, tout en respirant paradoxalement son atmosphère avec une certaine liberté. Disons que les Bordelais cultivent leur style lyrique par une approche plus personnelle ici et épique, six ans après Cosmicism sorti avant la pandémie. Forts d’un magnifique Hellfest From Home en 2021 (à défaut de mieux à l’époque), ils nous offrent huit morceaux généreux correspondant plus ou au moins aux différents cycles du rêve de la nouvelle la plus longue de l’auteur américain, La Quête onirique de Kadath l’inconnue. Forcément, les titres sont donc relativement longs et nous emmènent dans un voyage onirique aux digressions multiples (le single « Me, The Dreamer » en est un parfait exemple dès l’ouverture, avec des influences Emperor mais aussi Meshuggah pour certains licks de guitares répétitifs). Parfaitement produit, mixé, et sonorisé au studio parisien de Sainte-Marthe, Kadath est certainement aussi l’album le plus progressif des Français, avec un son organique à la basse chaleureuse (tenue par Grégory Vouillat qui remplace Barbie (Gorod). Le chant totalement assuré par son leader et seul membre historique, Benjamin Guerry, qui sait s’effacer par moment, permet aux magnifiques mélodies des trois guitaristes de respirer (« In The Mouth of Madness »), avec même parfois un peu de lumière (« Those from Ulthar ») et une respiration (l’interlude « The Gathering ») dans ces méandres ténébreuses et spirituelles inspirées du génie de l’horreur et de la fiction qui était en avance sur son temps dès les années 1930. Tout comme un certain Jean-Michel Jarre en matière de musique électronique dont TGOO reprend d’ailleurs ici en bonus track sur la version ultra limitée de l’album (incluant un artefact) le titre « Second rendez-vous » de façon surprenante ! Et si TGOO étaient eux aussi des nouveaux génies, mais ceux-ci en matière de post black metal français, voire européen ? Allez, soyons chauvins ! C’est un grand oui, tant ce cinquième chapitre s’avère haletant de bout en bout. [Seigneur Fred]
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