THE VISION BLEAK : Le cercle des poètes disparus

Les Bavarois de The Vision Bleak délivrent un metal gothique classieux, très dark, empreint de doom, de black et de death metal. Toute leur iconographie s’inspire de la littérature romantique et de la poésie anglaise et allemande du début du XXe siècle. Une fusion flamboyante depuis plus de vingt ans qui a bien failli cesser après l’album The Unknown en 2016. Mais l’inspiration du duo teuton est revenue à son apogée sur Weird Tales, un septième opus studio flamboyant où la musique et la littérature ne font qu’un, donnant un concept encore une fois riche en émotions, et profondément original. Voici notre entretien passionnant avec l’un des fondateurs et prolifiques artistes (Empyrium, Ewigheim, Noekk…). [Entretien avec Markus « Schwadorf » Stock (chant/guitare/basse/claviers) par Marie Gazal – Photos : DR]

Nous nous retrouvons pour parler de Weird Tales. Est-ce que le titre de l’album a été inspire par le magazine américain du même nom qui a dévoilé la nouvelle de Lovecraft « Call of Cthulhu » en 1928 ?
Oui, c’est inspiré par ce magazine, en effet. Le concert a mûri chez moi sur le fait que ce serait un album d’une seule piste. Mais tous les thèmes qui se connecteraient dans cet unique morceau seraient les nouvelles. J’ai pensé à cette revue. Les plus grands chefs-d’œuvre de la littérature gothique et des récits d’horreur ont été publiés dans ce magazine. Edgar Allan Poe, le plus célèbre, mais aussi Clark Ashton Smith, ont joué un rôle très important dans cet album. Beaucoup de leurs nouvelles et poèmes s’y retrouvent. Puis, le titre est tellement cool en lui-même « Weird Tales » ! Je ne le savais pas, mais le magazine a fêté l’année dernière ses cent ans ! Je ne le savais pas en écrivant l’album. C’est incroyable ! C’était un présage !

Vous avez dû faire pas mal de recherches pour cet album ?
Pas vraiment, parce qu’on a toujours été inspirés par ces écrivains, je connais beaucoup de leurs histoires, je savais déjà desquelles parler dans l’album, celles qui donneraient de belles paroles. J’ai relu les textes pour certaines parties de l’album, quand il fallait trouver une connexion pour faire de bonnes paroles. Mais dans les paroles étaient là avant, elles coulaient de source.

Je trouve que c’est génial de mélanger littérature et musique. D’où ça te vient cette passion ?
J’ai commencé à aimer la littérature quand j’ai débuté mon premier groupe, Empyrium. J’ai été très inspiré par les poètes romantiques anglais, comme John Keats, Lord Byron… Ou les écrivains allemands, Johann Wolfgang von Goethe. J’ai eu une révélation vers 1995 en réalisant que la poésie avait le même effet sur moi que la musique. Ça m’atteint profondément. J’adore la peinture et la photographie, mais il y a quelque chose de spécial dans la poésie et la musique qui me touchent particulièrement. Mais je n’ai jamais étudié la littérature en revanche, seulement lue et appréciée à la maison, ma femme est un rat de bibliothèque, on a d’énormes étagères remplies de livres, en plus (rires).

J’ai lu que tu doutais que The Unknown (lire notre chronique album de l’époque en 2016) ait un successeur un jour. Pourquoi as-tu dit ça ? Et qu’est-ce qui fait que Weird Tales sorte malgré tout ?
Après vingt-ans ans d’existence, on a un certain style, on le fait bien, mais je trouvais qu’on avait besoin de se réinventer. Pour moi, comme pour Tobias (alias Allen B. Konstanz, chant, batterie, claviers) pour rester fidèles à nous-mêmes. Quand on a démarré The Vision Bleak, on avait vingt-cinq ans, maintenant on en a quarante-cinq ans. Nos vies ont changé. On a mûri, tout en ayant gardé la même opinion que quand on avait seize ans ! Après The Unknown, on est parti sur les routes pendant un long moment. Ce n’était pas habituel pour nous et le groupe a fini comme mort en 2019. On a écrit des choses, mais ça ne fonctionnait pas. Le groupe n’était plus en vie, mais je savais que dès que l’inspiration reviendrait, je voudrais faire un nouvel album. En 2023, c’est revenu, comme un gros orage : j’ai écrit l’album en deux semaines. C’était une explosion d’inspiration !

Tu dirais que l’écriture de ce nouvel album a été facile ?
C’était à la fois facile et très difficile. J’ai eu le syndrome de la page blanche, je n’avais pas de concept, je ne savais pas quoi faire pendant cinq ans. Mais dès que j’ai commencé à écrire, l’album s’est écrit tout seul. Je ne plaisante pas. C’était deux semaines et l’album était complet ! En tant qu’artiste, tu dois attendre le bon moment. Parfois, tu veux forcer les choses et essayer, alors que ça ne vient pas. Il suffit d’attendre le bon moment. C’est comme si tu n’avais pas eu besoin de travailler, alors que je sais que j’ai passé des heures dans mon grenier à l’écrire. Mais ça vient des profondeurs de ton inconscient. C’est dans les moments où ça se passe comme ça que je suis le plus satisfait de ce que j’ai fait. Quand tu forces et que tu dois beaucoup travailler, ce n’est pas bon signe.

A propos de la composition du groupe, qu’est-ce que ça vous apporte d’être deux par rapport aux autres formations à quatre, cinq, voire six musiciens ?
C’est beaucoup mieux pour moi. Je suis un peu maniaque du contrôle. Tous mes projets, je les fais seul ou avec un seul autre gars. Sur Empyrium, c’est avec Thomas Helm ; sur The Vision Bleak, c’est Tobias Schönemann, alias « Konstanz ». C’est génial d’écrire en ayant les apports de Tobias qui me dit si quelque chose ne convient pas ou juste pour répéter en studio avec lui à la batterie, moi à la guitare pour les réarrangements. On est d’accord sur tout. On a la même énergie. J’ai un studio dans lequel je produis pas mal d’autres groupes et je vois bien la difficulté qu’ils rencontrent quand tout le monde donne son avis et veut être écouté. Ça coule le groupe, comparé à ceux qui ont un compositeur et un mec qui soutient le projet. Ça fonctionne mieux en duo.

Je voulais m’attarder sur le morceau « In rue d’Auseil » dont le titre est en français. Peux-tu nous en parler ?

C’est marrant de voir à quel point Lovecraft comme Clark Ashton Smith étaient attiré par la France. Lovecraft adorait la langue française et Clark Ashton Smith a même appris le français par lui-même. C’est une histoire de Lovecraft qui s’appelle La Musique d’Erich Zann qui parle d’un gars qui joue du violon dans la rue d’Auseil. Il joue une musique bizarre qui ouvre une dimension parallèle. Plus tard, le personnage qui a écouté le morceau de violon veut retourner dans cette rue mais ne la retrouve jamais.

Tu me donnes envie de lire et relire Lovecraft et tous ces auteurs ! Quels sont tes prochains projets pour The Vision Bleak et ailleurs ?
Pour The Vision Bleak, on va jouer dans un festival à Berlin ce week-end, on est en pleine répétitions ! Ensuite, on part en tournée à la fin de l’année. Pour Empyrium, on va commencer à écrire des choses cette année, on espère sortir un nouvel album en 2025. Tobias travaille aussi sur un projet muiscal qui s’appelle Monk, de synth-ambiant. C’est un album concept où il va narrer une histoire. Ça devrait sortir en mai 2024.

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