YOUR INLAND EMPIRE : Le changement dans la continuité

Né sur les cendres encore fumantes et au goût amer du récent split de CROWN, voici YOUR INLAND EMPIRE, combo alsacien où l’on retrouve ses quatre membres qui ont désormais décidé de s’éloigner de la scène metal pour revenir à des sonorités plus douces afin d’exprimer leurs premiers amours envers le gothic rock/indus aux influences cold/dark wave de la fin des années 1980 et 1990 (NIN, KILLING JOKE, SISTERS OF MERCY, etc.). Le résultat n’est pas très surprenant par rapport à la dernière mouture de leur ancien groupe. Du changement dans la continuité en quelque sorte, avec ce premier album éponyme qui ne plaira peut-être pas à tout le monde, mais qu’importe, le plaisir égoïste avant tout des musiciens et la volonté de continuer, comme nous l’a confié son charismatique chanteur que l’on entendait auparavant donc au sein de CROWN. Une page se tourne… [Entretien réalisé par Zoom avec Stéphane Azam (chant, guitare, programmation, compositeur) par Seigneur Fred – Photos : DR]

->> Single  » « There Is No Me » par YOUR INLAND EMPIRE , extrait de l’album éponyme Your Inland Empire (Season of Mist)

Your Inland Empire - YOUR INLAND EMPIRE
YOUR INLAND EMPIRE
Your Inland Empire
Gothic rock/indus/dark wave
Season of Mist

Du changement dans la continuité, pourrait-on dire, à propos du style musical poursuivi par YOUR INLAND EMPIRE, nouveau nom de groupe fondé par les quatre ex-membres de CROWN, désormais autobaptisés ainsi. Si leur dernier opus The End Of All Things paru en 2021 (Pelagic Records) était certainement volontairement prédestiné, il a laissé un goût amer à nos amis alsaciens contractuellement parlant, du moins c’est ce que son chanteur et principal compositeur et responsable des programmations, nous a laissé entendre durant notre entretien passionnant. Et c’est justement la passion pour la musique, notamment pour la new wave, cold et dark wave, mais aussi le rock gothic et metal industriel plus ou moins violent des années 1980 (DEPECHE MODE, THE SISTERS OF MERCY, KILLING JOKE, MINISTRY…), puis le renouveau des années 1990 hérité chez les NIN, PARADISE LOST, et autres illustres combos du même style, qui l’a emporté sur la rancœur, et c’est tant mieux !

C’est tant mieux car sinon nous n’aurions pas droit à cette belle offrande éponyme, histoire d’implanter leur nouveau nom sur les cendres de CROWN. Et cet album reprend donc plus ou moins les choses se sont donc achevées en 2021, avec une approche cependant encore plus soft et dénuée totalement d’influences metal ici, même si des cicatrices sont encore là, le premier titre s’appelant « Scars »… Totale ambiance électro/dark wave, quelque part entre les B.O. de Blade Runner et Drive et le premier album de CEMETERY SKYLINE qui tourne encore sur nos platines. Tout simplement grandiose déjà, avec sa fin tout en douceur et le chant clair masculin qui nous fait frissonner. Puis avec le single « There Is No Me », on passe direct à une soirée lounge du genre pop goth/new wave à La Machine, anciennement à la Loco. L’ambiance devient plus feutrée, dansante, groovy, et il est difficile de ne pas succomber à la justesse de la voix presque suave du crooner qu’est Stéphane Azam. On croirait vraiment entendre la voix claire de notre ami Mikael Stanne (DARK TRANQUILLITY, ex-IN FLAMES, CEMETERY SKYLINE, THE HALO EFFECT). Une danse pour ensuite éviter de grincer de dents (« Grinding ») et d’éviter de ressasser sans cesse le passé afin d’avancer.

La batterie sonne excellement, tout est juste et parfaitement calibré pour cet autre single qui fait mouche et tournera sans cesse dans vos têtes. On note plus d’effets de guitares ici, celles-ci faisant enfin leur apparition mais ça reste globalement très pop/rock là encore. Le plus rentre-dedans « Edge of Perfection », avec son riff incisif et sa rythmique nerveuse, nous font passer la seconde pour galoper, courir même. Des influences Nine Inch Nails parfaitement digérées depuis les années 1990/début 2000 (jusqu’à l’album With Teeth, disons) font place que ce soit pour les parties de guitare ou le break qui n’aurait pas dénoté sur le premier album IX de HOST il y a deux ans.

Le slow « Silver Knife » nous ramène au début, faisant retomber un peu le soufflé. On prend le temps alors de respirer mais attention à ne pas s’endormir non plus, car ça repart de plus belle avec « Undone » avec ses divers effets électro et quelques licks de guitare, et toujours la voix de Stéphane Azam qui nous captive. Quel crooner vraiment ce Stéphane !! Le titre suivant, « Venom », se veut nettement plus heavy et dark, rappelant le répertoire le plus accessible de CULT OF LUNA, les fumigènes en moins, car on commence à y voir plus clair dans ce track-listing qui mêle le chaud et le froid. Des screams surviennent alors à notre grande surprise, ce qui fait plaisir forcément à nos petits cœurs de métalleux même si on est aussi féru de new wave et de sonorités indus.

Idem sur « Chemicals » où YOUR INLAND EMPIRE montre enfin les muscles sur un rythme djent/mathcore à la MESHUGGAH, alors qu’entre-temps, le véloce « Sulfur » crée une certaine tension et course grâce à son rythme soutenu, et toujours ces claviers qui vous entêtent. La superbe production sonore en studio revenant au formidable guitariste David Husser et puis il faut aussi ajouter la patte du chanteur Stéphane Azam, également ingé son à la ville, comme il nous l’a expliqué durant notre entretien (il a sonorisé dernièrement les concerts d’ABBATH et ENSLAVED en tournée), ce qui n’est pas rien et apporte beaucoup au formidable espace sonore concocté avec finesse. Le mastering du disque revient quant à lui au Portugais Jaime Gomez Arellano (Orgone Studio, Porto, Portugal). Le rendu est vraiment appréciable. C’est tout simplement un réel plaisir à l’écoute tout du long, surtout au casque !

Enfin, le morceau « Myself Destruct » achève cette montée en puissance, exprimant comme un sentiment de colère, de trop plein, avec le chant de Stéphane qui alterne growls et murmures suaves. Mais c’est l’ultime et très calme « I’ll Be Your Night » qui fait office d’outro, reprenant un peu le thème musical de « Scars » au début de l’album, nous emmenant tout doucement de nouveau vers les sonorités à la Drive de KAVINSKY. Pas mal d’influences très palpables donc, peut-être trop, avec une approche pop/rock indéniable. Attention à trop de mimétisme par moment même si c’est très bien fait. Ce premier LP poursuit ainsi les derniers travaux entrepris avec CROWN mais on sent un sentiment de liberté artistique totalement retrouvé ici, doublée d’une forme de résilience pour faire table rase du passé, et avancer coûte que coûte, malgré les embûches du passé. Finalement, cet album éponyme est juste un prétexte pour repartir en concert, et nous faire danser jusqu’au bout de la nuit, sortir un peu du metal, même si nos musiciens ici connaissent bien la scène, ou plutôt la musique… [Seigneur Fred]

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