Suite et fin de notre entretien passionnant avec les deux piliers du groupe français de black metal Seth, à savoir Heimoth (son guitariste et co-fondateur), et le chanteur Saint Vincent, arrivé au sein de la horde en 2016. Après avoir fait le point dans notre premier volet sur leur précédent album La Morsure du Christ paru en 2021, mais aussi le contexte politique agité de ces dernières semaines en France, nous continuons d’explorer ensemble leur nouveau méfait : La France des Maudits, qui fait étrangement écho aujourd’hui à notre belle société française en pleine fracture sociale… [Entretien réalisé avec Heimoth (guitares) et Saint Vincent (chant, paroles) par Seigneur Fred – Photos : DR]

Aujourd’hui, sur La France des Maudits, quel est la principale cible et source d’inspiration pour Seth au niveau des paroles et concepts qu’a écrit une fois de plus en alexandrin votre chanteur Saint Vincent ? Plutôt l’État, c’est-à-dire nos représentants du peuple qui nous gouvernent et donc nous-mêmes, ou bien encore l’Église comme à vos débuts et comme par définition le veut le black metal ? Seth a-t’il changé son fusil d’épaule, d’une certaine manière ? (sourires)
SV : J’ai toujours considéré le black metal comme étant la musique de l’apocalypse. D’essence transcendantale, ce qui le différencie d’autres styles de metal, une essence qui naturellement le connecte à la religion ou au mysticisme. Le réduire à des considérations sociétales le coupent de cette transcendance et donc de ses racines. En plus de cela, une telle démarche a le mauvais goût d’être parfaitement ennuyeuse. Il y a d’autres styles de musique pour cela. Non, nous n’avons pas changé de fusil d’épaule. Le cadre de la révolution n’est pas la finalité des paroles, mais le décorum, utilisant l’essence mystique qu’elle incarne et qui fut l’inspiration d’Aleister Crowley par exemple pour son titre « Vive la French Republic ». Ainsi, les paroles s’inspirent des flammes de la passion de la vie, de la mort, face à la fin, et au refus de la fatalité divine.
Dès la première chanson du nouvel album, « Paris des Maléfices », on retrouve ce qui caractérise le style typique de Seth, à savoir un black mélodique, puissant et envoûtant, avec des arrangements raffinés dont quelques touches de claviers et ce phrasé en français. Est-ce là la définition de la touche black metal à la française de Seth, selon vous ? (sourires)
H : Disons qu’il doit y avoir une certaine classe dont on a peut-être le secret ! Si on faisait du death metal, on n’aurait pas les mêmes objectifs, là c’est clairement l’esthétique légendaire du genre black metal qui est mise en avant par l’utilisation des paroles écrites en français (Ndlr : et en alexandrin de surcroit par Saint Vincent précisément).
Parlez-nous du premier single intitulé « Dans Le Cœur Un Poignard » s’il-vous-plaît, assez mélancolique ? Cela parle-t’il d’une trahison ici ?
SV : Je parlerais ici de l’esprit des paroles. Je les ai voulues universelles, ne traitant pas spécifiquement d’un événement, telle une trahison ou autre, mais plutôt s’inscrivant dans la thématique générale du deuil. Le refus de la fin, un refus finalement Luciférien, contre la fatalité dictée du Tout-Puissant. L’incarnation de l’irrémédiable, qui nous pousse dans les bras du Diable. La passion de l’infini souffrant de toute limite. Le vidéoclip associé, réalisé par le cinéaste Pierre Reynard, illustre toutefois cette thématique dans le cadre de l’amour, qui fut ma source d’inspiration, sans surprise.
Une fois encore, vous êtes retournés au studio Sainte Marthe (Paris Xème) et avez travaillé avec Francis Caste. Pourquoi ce choix ? Et avez-vous amélioré encore des points au niveau de l’enregistrement, techniquement parlant, ou grâce aux conseils avisés de Francis, producteur français très prisé actuellement ?
H : Il l’est maintenant depuis un bon moment, et à juste titre. (sourires) On est resté en studio plus longtemps que la dernière fois mais j’imagine que ce sont aux auditeurs de trouver ou de dire ce qu’on aurait pu améliorer. En l’état, on a plus insisté sur un son de batterie organique et une basse plus ronflante. L’ensemble se tient mieux il me semble et plus compact. Il offre une plus grande lisibilité sonore que le précédent album selon moi. Caste est le seul à comprendre aussi facilement ce que tu souhaites et surtout il avance de manière sérieuse très rapidement. Et pourtant Dieu sait si des ingé sons, j’en ai pratiqué des différents ! Pour nuancer, je pense que c’est plus facile de sortir la prod’ souhaitée quand l’artiste lui-même sait très clairement ce qu’il veut, mais ça en général ça vient avec le temps.
SV : Je voulais souligner que le chant fut enregistré par Arnaud Ménard de Sicarius Productions.
Quelques mots sur la dernière chanson « Initials B.B. » figurant en bonus track et que malheureusement nous ne possédons pas sur l’album promotionnel (MP3 ou streaming). S’agit-il de la reprise de la célèbre chanson de Serge Gainsbourg avec Brigitte Bardot en égérie ? Si oui, c’est plutôt très surprenant, et j’aurais été très curieux de l’écouter… ! (sourires)
H : Je pense qu’il te sera possible de l’écouter très rapidement… Donc encore un peu de patience et oui, il s’agit bien d’une reprise de S. Gainsbourg. Elle est, comment dire, survitaminée… On en est très content et s’inscrit thématiquement comme nous l’avons souhaité.
Peut-on retrouver des invités sinon sur La France des Maudits ? Il ne m’en a pas semblé en entendre…
H : On a voulu faire dans l’original, donc no guest. (rires)
Vous sentez-vous proches de nouvelles formations black metal françaises et francophones comme Griffon, Darkenhöld, A/Oratos par exemple, qui interrogent le public avec ses concepts historiques ou métaphysiques fouillés et ses riffs acérés, avec des paroles très travaillés en français ? D’une certaine manière, Seth semble les avoir beaucoup influencés dans leur écriture et musique ?
H : Parait-il, du moins c’est ce que certains nous disent… C’est toujours élogieux, mais de manière plus générale, c’est tout l’héritage artistique en va et vient qui se déroule sous nos yeux : nous ne sommes pas non plus sortis de nulle part ! J’imagine que quand c’est à ton groupe de servir de modèle, c’est en quelque sorte que tu as réussi à faire partie d’une chaîne créative qui reste inébranlable dans le temps. Ce sera à leur tour par la suite.
Et que pensez-vous de toute cette nouvelle mouvance post black metal en France et dans le monde qui mélange différents styles (hardcore, sludge, progressif, etc.) renouvelant le genre black metal qui a tendance à disparaître du grand public et à revenir finalement underground ?
H : C’est une bonne chose de renouveler le genre, nous l’avons fait durant plus de quatre albums. Après, faut voir comment c’est fait, je ne suis pas certain que ces mélanges fassent vraiment une différence de taille. Ce qui me semble aujourd’hui sûr, c’est qu’on ne retrouvera jamais l’âge d’or du style né dans les années 90 que certains appellent la deuxième vague mais que je considère comme la première et la dernière.
SV : Tout évolue avec le temps, et je mélange moi-même le black metal et l’électronique/indus dans mon autre groupe Blacklodge. Je considère les mélanges comme intéressant s’ils se nourrissent de l’esprit black metal originel plutôt que d’une volonté ludique d’expérimentation.
Enfin, quels sont les projets de Seth pour cette année 2024 ? Une belle tournée est prévue à l’automne 2024, je crois, avec Rotting Christ et Borknagar !! Des projets de collaboration (à quand un split album avec par exemple Rotting Christ signé sur le même label ??! (sourires), un nouvel enregistrement live en interprétant tout un album comme La Morsure du Christ ou le nouveau, comme vous l’aviez refait au Canada avec Les Blessures de L’Âme : XX ans de Blasphème ?
H : Dans un premier temps il s’agira pour nous de monter sur scène durant un mois lors de cette tournée et face à deux gros mastodontes (Rotting Christ et Borknagar). Par la suite on enchaînera d’autres concerts que nous dévoilerons au fil de l’eau. Pas d’enregistrement de prévus pour l’instant, il faut savoir sauvegarder la vieille bête en temps et en heure ! Merci à toi pour cette interview (fleuve ?) ! (sourires)
SV : A cœur vaillant rien d’impossible ! Merci pour tes questions.
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