Encore un jeune groupe qui n’en veut, en provenance d’Angleterre ! Enfin, pas si jeune puisque Heriot s’est formé du côté de Swindon il y a tout de même dix ans. Son line-up a depuis évolué, voyant l’intégration d’une fan ultra motivée avec la tête sur les épaules, Debbie Gough, au côté du plus discret bassiste/chanteur, Jake Packer. Et aujourd’hui, leur premier album baptisé Devoured By The Mouth Of Hell est tout simplement une vraie bombe qui va littéralement vous retourner ! A l’instar des terribles Conjurer mais dans une veine noisy/indus ici plutôt que doom/sludge, Heriot balance du lourd, et ça commence dès la chanson « Foul Void », très dark, à l’atmosphère brutale et oppressante. Une chose est claire, nos rosbifs ne sont pas là pour rigoler, à commencer par Debbie qui envoie du steak. La production sonore signée Will Putney accentue cette puissance des riffs sur lesquels s’abattent les growls de Jack Packer et les screams de la frontwoman. Plus loin, un autre titre baptisé « At the Fortress Gate », plus rapide celui-ci, fait tout aussi mal, et contient un méchant break presque à la Machine Head. Son vidéo clip capté lors des festivals open air l’été dernier (sur la valley du Hellfest) permet de s’aérer un peu tant leur musique est prenante, et exprime un mal être à travers une sorte de catharsis musicale, à l’instar donc de leurs potes de Conjurer. Mais Heriot possède déjà son style, brassant diverses influences.
Heriot, ce n’est pas que du deathcore brutal et sauvage, il se passe vraiment quelque chose. Quand les passages atmosphériques plus mélodieux prennent place, Debbie chante alors en voix claire (« Opaline », « Visage »). Mais souvent, le ciel s’assombrit et l’ambiance devient froide et insalubre, presque irrespirable (« Solvent Gaze »), comme si l’on errait dans une vieille usine désaffectée du nord de l’Angleterre où le taux de chômage, insécurité et racisme règnent malheureusement en maître, on l’a encore constaté l’été dernier lors des émeutes. Quand on évoque d’ailleurs ce sujet dans notre entretien avec sa chanteuse, Debbie répond sans détour en tant que personne, mais pour autant, Heriot ne se veut pas un groupe engagé politiquement. Chacun ira donc de sa propre interprétation à travers les paroles des dix morceaux que contient Devoured by The Mouth Of Hell. Côté guitares, point de solo ici, mais des riffs imparables, taillés pour la scène. A noter que Debbie est endorsé par la marque Jackson, ce qui est quand même pas mal à son âge. Le quatuor anglais ne joue pas la carte de la facilité et aime brouiller les pistes (« Lashed »). Les nuances sont multiples au sein des chansons au format relativement court cependant. Nos quatre musiciens aiment mixer les styles (les exemples parfaits des singles « Foul Void » ou le terrible « Siege Lord »). Fondé en 2014, ce combo anglais a vraiment une carte à jouer sur la scène deathcore crossover actuelle, et risque de faire vraiment mal en live et dépasser le stade des petits clubs, la preuve ils ont déjà joué dans quelques grands festivals européens (Hellfest, Download…) et on aimerait bien qu’ils reviennent nous voir. Maintenant, on attend que ça chez nous, les « frogs », car Heriot, c’est une expérience à vivre d’abord seul à l’écoute sur disque, puis en concert. Une chose est sûre : il se passe vraiment quelque chose, comme un renouveau metal et hardcore, en ce moment outre-Manche… [Seigneur Fred]
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