
On connait tous la théorie de l’évolution de Charles Darwin formulée en 1859, mais connaissez-vous celle de DARKTHRONE ? Souvenez-vous de leur premier méfait Soulside Journey en 1991 ! La jhorde norvégienne pratiquait alors un death metal scandinave proche de ses voisins suédois, avant de changer subitement de fusil d’épaule en 1993 pour sonner black metal sur l’album culte A Blaze In A Northern Sky. Le reste appartient à l’histoire… Et pour nos amis Nocturno Culto et Fenriz, cette théorie pourrait être davantage qualifiée de « théorie de la régression » à vrai dire… En effet, plus les années passent, et plus le célèbre duo norvégien revient à ses premiers amours musicaux de jeunesse, à savoir le heavy metal, le punk rock (la période des disques F.O.A.D. et Dark Thrones and Black Flags en 2007-2008), le doom (la fin de l’album The Underground Resistance), mais aussi le metal progressif old school parfois comme sur Old Star Eternal Hails, et enfin le proto metal extrême (HELLHAMMER, VENOM, BATHORY, etc.) des années 1980… Nous y voilà. En 2026, DARKTHRONE effectue avec Pre-Historic Metal un retour assumé et vintage dans le passé du metal en puisant dans ses racines d’antan. Pour ce vingt-deuxième album studio de DARKTHRONE, nous avons interrogé son principal compositeur (Nocturno Culto ayant moins participé cette), et malgré les années, on retrouve toujours un Fenriz toujours prolixe et un brin farceur… [Entretien réalisé avec Gylve « Fenriz » Nagell (batterie, chant) par Dave & Seigneur Fred – Photos : DR]

Peux-tu tout d’abord te présenter, au cas où certains lecteurs ne nous croiraient pas… ?
Salut ! Je suis Fenriz, je viens de manger. Là, j’ai mangé du pain pita avec des radis et des falafels, et j’ai écouté l’album The Other People Place (dont mon ami Cato Stormoen alias « Sadomancer » de DEATHHAMMER est également un grand fan !). Maintenant, je suis prêt pour répondre à cet entretien. (sourires)
Quel est ton sentiment sur les premiers retours obtenus sur Internet, quelques jours seulement après la sortie de ce nouvel album Pre-Historic Metal ? Et question subsidiaire : pourquoi n’y a-t-il donc pas de promotion préalable pour les médias comme nous avant chaque sortie d’un nouvel album de DARKTHRONE en général, cela, en collaboration avec Peaceville Records depuis plusieurs années ? C’est toujours après et pour nous, c’est frustrant… Peut-être est-ce une décision prise d’un commun accord entre vous et votre label anglais historique ?
Je ne reçois aucun retour, tous les retours sont des bruits de fond excessifs… Selon quelle volonté doit être notre orientation muiscal, comme doit sonner notre prochain album avec DARKTHRONE, etc. Bref, je me suis protégé depuis. La plupart des commentaires datent de plusieurs décennies. De plus, je ne suis présent sur aucun réseau social. Mais certaines connaissances toujours obtient au-delà du bouclier et il semble Ils aiment beaucoup cette nouvelle piste en fin d’album « Eon 4 », ce qui me laisse perplexe, mais bon, au moins quelqu’un écoute et s’en soucie – et cette connaissance pourrait l’être. On dit qu’il faut être positif. Moi aussi, souvenez-vous de la maison de disques désirant tel morceau en tant que single ou tel autre, ha ha, je ne peux pas voir ce que j’ai fait dans cette chanson qui était donc spéciale, à l’exception du riff de malade à la Randy Rhoads/Jake E. Lee qu’on y trouve, dont le travail rend fantastiquement bien avec le son de guitare de Ted (NDLR ; Nocturno Culto) cette fois. Ah ah !! (rires)
Pour la promotion de l’album, c’est difficile pour le service promo du label fasse en sorte que Ted suive et mène cela, tel un capitaine de navire. Et il travaille à côté. Moi aussi. Alors c’est presque inédit qu’il accorde des entretiens, et moi je préfère à l’écrit après la sortie. Et puis, on ne veut donc fournir aucune copie promotionnelle (physique ou digitale) jusqu’à la sortie de l’album. Son avis ou son idée est que c’est plus cool pour les fans et je ne peux m’empêcher de le soutenir à vrai dire… Moi-même, je pense pareil, et pourtant j’ai réalisé 300 épisodes de podcast pour divers artistes et sujets dans le cadre de leur promotion/communication. Maintenant, parlons metal et présentation autre, pour la musique du peuple. Et, blague à part, je dois dire que quand j’ai finalement quitté le circuit promotionnel mondial il y a presque dix années, cela fut plus comme un soulagement car on avait toujours la peur de rater quelque chose. C’était fou, on en devenait malade. Mais j’y suis encore depuis un certain temps, encore dans le milieu, écoutant entre 600 et 800 sorties d’albums ou EP par an. Avec l’âge, la tête les oreilles et le cerveau sont remplis de metal. Depuis cette accumulation à travers plusieurs décennies maintenant, alors il s’agit plutôt de se retirer avec élégance et de trouver un peu d’AIR (NDLR : clin d’œil au groupe français !) au milieu de ce brouhaha constant, ha ha !! (rires)

Pourquoi avez-vous, toi Fenriz et/ou Ted (Nocturno) choisi ce titre curieux, à la fois vintage et provocateur : Pre-Historic Metal ? Est-ce une façon de revenir aux sources du metal ? Aux origines de DARKTHRONE ? Un hommage aux pionniers du metal comme CELTIC FROST, VENOM, BATHORY, etc. ?
Hum… Je n’aime pas abîmer un titre, ni trop en dire. Dans ma tête c’est toujours une question de titre et de quoi ou comment il pourrait méchant envers n’importe qui. À mon avis, tout nom de piste est donc indésirable dans un ouvrage. J’adore certains titres cependant. Moi-même, par exemple « Andromeda Strain », mais je ne le voudrais pas. On m’a expliqué que lorsque j’aime un titre, j’aime le laisser tel quel. Il doit mijoter encore et encore dans mon esprit et ne pas être interféré, il doit être sans aucune interférence de qui que ce soit, pas même des membres du groupe ou quoi que ce soit d’autre. Donc je lis rarement sur les carrières d’ autres personnes ou des interviews pour m’inspirer, voir si ça n’existe pas déjà, et avoir une impression musicale des groupes à la lecture d’un simple titre. J’aime me faire ma propre impression propre à l’esprit. En fait, la pochette et le titre de l’album étaient déjà prêts depuis des années et des années, l’album se serait alors appelé « Deeply Rooted » et sa pochette représentait des racines, des pierres et de la mousse. Mais comme l’enregistrement approchait de plus en plus, un nouveau souffle a pris le contrôle et la séance en studio est devenue un peu plus agitée que je ne l’aurai pensé et alors que j’écoutais « The Barbarian » de Manninya Blade et puis j’ai trouvé une chanson-titre de l’album : Draconian Loyalty (sous titré : Pre-Historic Metal). J’ai donc décidé d’abandonner le titre et la pochette de l’album et m’orienter plutôt sur une pochette comme celle de Legiones d’ACERO LETAL, parfaite pour un t-shirt. Nous avions alors une bonne illustration pour un t-shirt, puis une collaboration avec l’artiste s’est mise en place. Cela a pris plus de temps que prévu, j’ai aussi fait des croquis, un peu inspiré par l’album Back to the Stone Age de PUKE (que j’adore !) et ensuite quand on fut proche de la date limite pour tout boucler, j’ai pensé : « Pendant tout ce temps, j’ai écouté en boucle l’album Obsessed by Cruelty (version LP chez Steamhammer) de SODOM de 1986, un des albums les plus importants de ma vie, et si la pochette n’est pas prête, alors je me suis dit : « Prenons des photos de moi, de ce que je ressens à l’intérieur, pendant en écoutant cet album ». Finalement, ça s’est bien passé donc soudainement après un certain temps nous avions en fin de compte deux couvertures tout comme le premier album de DEATHROW. Et Ted voulait garder les deux pour l’album : la couverture dessinée comme couverture principale, mais je trouvais que ma photo (on ne voit pas mon visage, ce n’est pas important qu’il figure sur la pochette, je n’aime pas la célébrité de toute façon ! (rires)) était plutôt comme un coup de poing en plein visage, alors… La maison de disques est partie sur cette couverture en noir et blanc de moi, et l’a sélectionnée comme celle principale et l’artwork dessiné sert pour une autre version du disque : pour l’édition spéciale limitée sur laquelle aussi j’ai travaillé dur, conjointement avec Matt et Paul de Peaceville Records que je remercie.
Ce nouvel enregistrement contient huit morceaux, assez courts, principalement basés sur les riffs de guitare. Là aussi, c’est un retour aux sources pour DARKTHRONE ? C’était la volonté de Nocturno Culto peut-être, parce qu’il est souvent en charge des parties de guitare, non ?
Ha ha !! (rires) La batterie représente environ 15 % de mon travail sur Darkthrone, j’en ai fait le plus gros pour les guitares cette fois. Des riffs de guitare sur cet album, c’est sûr qu’il en est question. Et non, ce fut une décision commune avant de faire l’album afin d’avoir des chansons plus courtes et plus efficaces, mais au moins la même chose qu’avant : ce sont encore des riffs, toujours plus de riffs. On ne discute pas généralement beaucoup avant un album afin de ne pas mettre de pression ou de laisser présager l’un l’autre et si on discute, c’est très vaguement en termes de direction en fait. Ted finalement apporté son duvet porte-pédalier qu’il aurait dû avoir lors que l’on a fait notre premier album au studio Chaka Khan. Donc là, j’ai enfin la guitare et le son souhaité pour que mes riffs soient nécessaires, eh he ! (rires) et qu’ils sonnent très fort dans le son des guitares. Notre base est constituée de démos que nous avons faites dans les années 80, mais il faut remettre dans le contexte et se souvenir que nous n’étions pas super compétents en 1988. Et ce que je voulais à l’époque était rarement remonté à la surface, mais dans les décennies suivantes, ça a changé. En commençant à travailler sur des albums aux studios Chaka Khan en 2020, j’ai pu commencer à composer le type de chansons que je voulais et que j’avais imaginé en 1987 et 88, même début 1989. J’avais alors réalisé plusieurs de ces longues épopées, écrivant des chansons interminables sur ces quatre albums, mais une seule sur l’ album Pre-Historic Metal figure. Il s’agit de : « Siberian Dawn ». On ne prévoit pas d’ en faire d’ autres sur le prochain album, en fait, car comme dit l’expression : « quand l’Homme fait des projets, souvent les dieux rient »… Tu demandais si l’on voulait revenir à nos origines en quelque sort, et bien c’est ce dont on vient de parler. De plus, toute musique heavy issue des années 1960, 70, jusqu’à 1989, c’est probablement en nous les principales impressions qui ont marqué DARKTHRONE jusqu’à présent dans notre carrière. En fin de compte, on aime se considérer comme un groupe des années 1970’s qui voudrait sonner comme en 1986 ou quelque chose du genre… (sourires)

Vous avez déclaré à propos de Pre-Historic Metal : « Sur les enregistrements, on ne sait pas clairement qui joue… ». Que vouliez-vous dire, toi et Ted, exactement ? Est-ce que toi, à la fois batteur et chanteur, tu as interchangé ton poste avec celui de Ted aux guitares et l’autre chant plus growlé sur les nouveaux morceaux, comme c’était déjà le cas souvent par le passé pour les parties vocales ?
Oui, Ted le voulait encore plus de collaboration en studio qu’avant et sans préciser qui a fait quoi sur telle ou telle chanson, et qui a joué à tel moment tel instrument. En résumé, Ted joue donc absolument la plupart des guitares, car il est guitariste fiable alors que moi je suis, disons, un peu plus brouillon mais créatif en termes d’ harmonies. C’est un bon rôle pour moi, et donc on se complète tous le deux depuis des années ainsi. De même pour la basse ici et là et soudain Ted a voulu que j’assure presque la moitié des voix et je me suis mis à chanter comme un fou furieux en studio, en sueur et vête d’une veste en cuir thrash metal en poussant des cris (comme sur le premier album d’ONSLAUGHT !) en studio. (sourires)
Parlons du nouvel artwork, si tu veux bien. Sur la pochette de Pre-Historic Metal, on dirait dessus que tu ne te prends pas au sérieux sur cette pose. J’imagine que oui, mais pourquoi une pochette si différente de ce qu’on attend d’un groupe de metal en général, avec une belle peinture, très travaillée, au visuel léché ? (rires)
Alors, on est pris au sérieux quand la pochette est bien peinte mais ennuyeuse, mais pas quand il y a du cuir et des clous ? C’est quoi ce délire ! (rires) Pourquoi ? Ce sujet revient si souvent dans les interviews actuellement… Qu’est-ce qui manque de sérieux dans cette pochette ? Elle reflète ce que je ressens au fond de moi quand j’écoute par exemple Obsessed by Cruelty de SODOM. J’ai vu pourtant des pochettes bien moins « metal » que celle-là, ha ha ! (rires)
Personnellement, ça me rappelle aussi un peu votre disque Transilvanian Hunger, non ? Alors, oui, en effet. Après, avec quoi préférais-tu être attaqué ? Qu’est-ce qui est le plus menaçant ? Une pelle de jardinage couverte de terre (puisque je venais de m’en servir pour ça) ? Ou bien une attaque au chandelier, comme sur la pochette de Transilvanian Hunger ? Ha ha ! (rires) C’est comme si les gens ne comprenaient rien au metal : ils semblent croire que n’importe quelle pochette peinte (mais vite oubliée) est « metal », alors qu’une image qui sort du lot ne le serait pas ? J’aimerais vraiment qu’on m’explique ça, mais vu la logique en jeu, je me dis que je pourrais facilement gagner n’importe quel débat, ha ha ! Par exemple, je trouve la pochette de l’album Heavy Metal Maniac d’EXCITER bien plus cool que la plupart des pochettes peintes « maléfiques » que j’ai vues, parce qu’elle me marque et qu’on s’en souvient facilement. Le metal est ridicule par nature, cela dit… Mais poser avec un chandelier (comme je l’avais fait sur Transilvanian Hunger donc), c’est bien moins brutal que de poser avec une pelle de jardinage. Et puis, il s’agissait de traduire mon ressenti à l’écoute de la version LP de Steamhammer de cet album de SODOM. Cela évoque nécessairement le cuir, les clous et la pelle, pas un truc pathétique avec du corpse paint non plus, un haut-de-forme et un chandelier !! (rires) À moins, bien sûr, que tu ne parles de l’autre pochette de l’album de la version parue chez Peaceville Records en 1994 après celle de Music For Nations… (sourires) (NDLR : en référence à la polémique à cause de la phrase figurant sur les pochettes du verso : « Norsk Arisk Black Metal » (NDLR : en anglais « Norwegian Aryan Black Metal »).
L’esprit progressif est toujours bien présent sur Pre-Historic Metal, par exemple à la fin du single « They Found One Of My Graves » ou sur le morceau instrumental « So I Marched To The Sunken Empire ». Quelle importance cette influence du rock ou du metal progressif revêt-elle pour toi et Ted personnellement ? Écoutez-vous de nouveaux groupes du genre rock et metal progressif aujourd’hui, ou préférez-vous les vieux classiques comme KING CRIMSON ou le groupe français MAGMA ??!
Le nouveau rock progressif a la réputation d’être dénué d’âme, un peu comme le math rock, mais je soupçonne que ce n’est que la partie émergée de l’iceberg ; je pense qu’il y a probablement une foule de musiciens prog’ qui jouent avec du cœur, et pas seulement des techniciens issus d’écoles de musique. Mais nous sommes vieux et préférons YES et RUSH ; et bien sûr, MAGMA, c’est carrément génial (j’ai fait découvrir MAGMA d’ailleurs à Didrik, d’OBLITERATION, et il s’est même fait tatouer le logo du groupe depuis !). King Crimson ne figure pas vraiment parmi mes favoris, même s’ils ont peut-être le meilleur titre de tous les temps : « Starless and Bible Black ». Parfait. J’aime bien quand le prog’ rencontre le krautrock, comme sur ce morceau fantastique de HILLS, « Anukthal is here ». L’une de mes chansons préférées de ces deux dernières années. C’est absolument magnifique. Mais, mais, pour autant que je sache, cela influence rarement DARKTHRONE directement.
En revanche, la musique aux synthétiseurs a toujours fait partie de notre univers, donc tu as tout à fait raison sur ce point, bravo. Après des décennies, j’ai réalisé que le riff de la chanson-titre « Transilvanian Hunger » s’inspirait probablement de notes descendantes présentes sur le premier morceau du premier album de JEAN-MICHEL JARRE, Oxygène (sorti en 1975 ? ou 1976 ? je ne sais plus trop…). On a découvert l’album Timewind de Klaus SCHULZE en 1989 (mais il date de 75) ; je l’ai prêté à Dag, notre bassiste de l’époque, pour qu’il puisse improviser librement par-dessus et peut-être trouver de nouvelles idées de basse… On adore cet album plus que n’importe quel autre de SCHULZE, même si on a utilisé un extrait de son album Dune comme intro lors de certains concerts en 1990 ou 1991, je crois. Et puis, la fin du dernier morceau de l’album Eternal Hails…… est très inspirée par « Starship Trooper » de YES, vers la sixième minute du titre… Bref, tiens au fait, as-tu déjà écouté le groupe brésilien MODULO 1000 ? Un excellent groupe de prog’ brésilien « maléfique » et méconnu, formé en 1969. Je te le recommande. Je trouve ce groupe meilleur — en tout cas pour moi — que le prog’ italien typique, même si je ne suis pas un expert. Je choisirais sans hésiter un album planant comme Archangels Thunderbird d’AMON DUÜL I. C’est un peu comme avec MAGMA : quand ce n’est ni tout à fait du krautrock ni du prog’, c’est là que ça devient vraiment intéressant selon moi…
Pour Pre-Historic Metal, vous êtes allés au studio Chaka Chan. Mais comment fonctionne un groupe de deux personnes en studio ? Accordez-vous beaucoup d’importance aux détails ? Ou bien passez-vous à autre chose dès qu’un morceau a été enregistré très rapidement ? On se souvient qu’à une époque, l’enregistrement de certains albums ne prenait parfois que 24 heures chez DARKTHRONE… (sourires)
Ouais, mais par le passé, on répétait les morceaux jusqu’à la perfection avant d’entrer en studio, alors que moi, j’aime créer en studio. On n’a pas fait de répétitions préalables depuis 2003. Bref, on y passait généralement une semaine environ ; on aurait pu aller beaucoup plus vite, mais on a de l’âge maintenant, et on est prudents après plus de 20 albums, donc les journées de studio ne sont pas très longues. Je connais déjà l’essentiel des morceaux de Ted avant d’arriver, donc on commence par l’un des siens — peut-être deux — le premier jour : je joue de la batterie, lui de la guitare, et on valide généralement la première ou la deuxième prise. Ensuite, il enregistre sa deuxième guitare pendant que je peaufine mes propres morceaux dans une autre pièce ; j’écoute, je fais des choix et probablement des décisions de dernière minute — juste moi, une guitare et mon casque, peut-être en calant une harmonie ou autre. Le lendemain, on en fait trois autres, puis encore trois le jour suivant… On enregistre peut-être la basse entre-temps ou après, et vient ensuite le moment des voix, généralement le quatrième jour… C’est à peu près comme ça que se sont déroulées les sessions pour ces albums. On ne s’implique pas énormément dans le mixage, car l’acoustique et les enceintes du studio sont très différentes des pièces où les gens écoutent de la musique — et surtout très différentes de la façon dont la plupart des gens écoutent, c’est-à-dire, comme moi, au casque. On laisse donc le hasard faire les choses. Et surtout, on n’utilise pas de merdes d’oreillettes, de métronome ou de clic — on ne l’a jamais fait ! On est très « primitifs » en studio comparé à la plupart des groupes actuels en fin de compte. Alors, notre son metal est vraiment vivant, contrairement à ce metal moderne ultra-léché, produit à la chaîne de nos jours, qui manque d’âme même s’il sonne très pro… et souvent endort… (Zzzzz….)


Une question nous a toujours brûlé les lèvres à propos de l’arrêt des concerts de DARKTHRONE il y a déjà fort longtemps. Avez-vous prévu de remonter sur scène un jour, comme à vos débuts ? Pourquoi ne jouez-vous jamais en concert ni ne partez-vous en tournée, contrairement à la plupart des groupes de rock et de metal d’aujourd’hui — surtout à une époque où les ventes de musique chutent et où seuls le merchandising et la billetterie des concerts peuvent s’avérer rentables pour les artistes ? Bien sûr il y avait le concert du Wacken Open Air avec Ted (Nocturno Culto) en 2026 entouré des gars de SATYRICON, mais, si ma mémoire est bonne, sans toi… (sourires)
Je te laisse croire que jouer sur scène et y vendre du merchandising est la seule option. Et puis, je vous regarderai nous voir démentir cette « vérité » encore et encore ! Rester en marge, faire preuve de dissidence, agir à notre guise, tourner le dos à bien des choses et dire « non » la plupart du temps : tout cela a merveilleusement bien fonctionné pour nous. Mais n’essayez pas de reproduire ceci chez vous, les amis ! Hein ? (rires) Sérieusement, nous restons très humbles face à tout ça ; nous avons conscience d’avoir eu de la chance, mais nous avons aussi fait le pari de suivre notre passion — tout en gardant un boulot alimentaire au fil des décennies d’existence du projet. Vous savez ce qui a tendance à faire éclater les groupes ou à briser leur cohésion, n’est-ce pas ? Les tournées… Les gens se croient meilleurs amis du monde, mais après des mois de tournée, ils s’entre-déchirent pour un oui ou pour un non… du moins, c’est ce que j’ai entendu, lu ou ce qu’on m’a raconté. Bref, tous les chemins mènent à Rome (ou à « Roam », l’une de mes chansons préférées des B-52’s). Cela dit, c’est très bien que les groupes partent en tournée ; pour moi, c’est une bonne chose, car sans ça, nous n’aurions pas ce morceau d’anthologie qu’est It’s a Long Way to the Top d’AC/DC. Personnellement, j’ai remarqué que la dynamique et mon propre ressenti changeaient rien qu’en ayant une personne extérieure au groupe présente en répétition pour observer — c’était vers 1987, je crois. Et j’étais déjà réfractaire à la scène à l’époque : je n’allais pas voir de concerts comme mes amis. Résultat : j’ai fait ma toute première apparition sur scène seulement au printemps 1988… Sans avoir jamais vu de concert personnellement auparavant. Plutôt bizarre, non ? Eh bien non, pour moi, c’est logique. Jouer en live entre 88 et 91, c’était juste la norme, une bonne école pour progresser en tant que musicien, mais en même temps, il y avait toujours ce secret en or : BATHORY n’a jamais joué sur scène !! (tu peux insérer ici une tonne d’emojis en forme de cœur si tu veux), mouahhh !!! Peut-être qu’on fera une tournée de trois ans à Nice en France un jour ? Et puis on sortira un album live intitulé Live Nice !!!! (rires)
Quelques mots enfin sur le dernier morceau de l’album, « Eon #4 » — qui s’inscrit dans la saga « Eon » débutée sur Soulside Journey en 1991 — et peux-tu nous dire si vous travaillez déjà sur le prochain album de DARKTHRONE pour une parution l’année à venir ?
« Eon » est un morceau instrumental que nous avons composé en 1988-1989 et qui figurait sur notre démo Thulcandra au printemps 1989. Il a ensuite été inclus en bonus CD sur l’album Soulside Journey, en effet. Lors d’une session pour l’album Eternal Hails…. j’ai « reçu » un poème entier qui m’est venu à l’esprit. D’ordinaire, je n’écris pas de poèmes à proprement parler pour DARKTHRONE, mais après quatre décennies d’écriture, les paroles sont devenues le principal obstacle pour le groupe — il est très difficile de ne pas se répéter. J’ai donc décidé qu’il fallait utiliser ce texte, mais pas pour une chanson ordinaire ; j’ai alors pensé à poursuivre la saga des instrumentaux « Eon » en déclamant ce poème (qui se prêtait manifestement à trois morceaux, je l’ai vu d’emblée) sur trois nouveaux instrumentaux « Eon » répartis sur les trois albums suivants. C’est ce que j’ai fait. L’idée de faire en sorte que le dernier riff soit aussi le premier de la chanson suivante, puis de conclure « Eon 4 » par le riff initial de l’« Eon » originel de 1988-1989, m’a été inspirée par le morceau « The Day at Guyana » d’AGENT STEEL. Il ne s’agit au fond que d’un riff, jusqu’à ce qu’il réapparaisse sur l’album Unstoppable Force (1987) où il émerge en fondu pour révéler l’un des meilleurs instrumentaux metal de tous les temps.
Quant à la suite, comme je l’ai dit — hé hé —, nous avons eu de vagues discussions au sujet du prochain album avec Ted, mais pensez-vous qu’il soit judicieux de sortir un disque chaque année à ce stade de notre carrière ? Bien sûr que non ; les fans comme les journalistes finiraient par se lasser, s’ils ne le sont pas déjà. (rires) J’ai tellement de riffs en réserve que je pourrais encore sortir deux albums de DARKTHRONE par an, mais tout ce qui entoure le processus rend la chose très fastidieuse. Nous avons donc décidé de lever le pied et d’attendre un bon moment avant le prochain album.
Avant de se quitter, on voulait savoir pourquoi tu n’as jamais publié d’autre album avec ton side project folk metal STORM ? Il n’y eut que Nordavind en 1995, ça commence à dater… (sourires)
Avec STORM, ce fut juste une expérience unique dans une vie.

2026 est l’année du retour de Darkthrone ! Eh oui, déjà, deux ans après le correct It Beckons Us All…. On ne présente plus le duo constitué de Fenriz (batterie, chant) et Nocturno Culto (guitares, chant), et qui occupe une place privilégiée sur la scène norvégienne de black metal depuis des lustres. Ils appartiennent même à l’Histoire du même. Et à ce titre, les huit nouvelles pistes de leur vingt-deuxième album studio (!!), savamment baptisé Pre-historic Metal et produit chez Peaceville Records (leur label historique, tant controversé lors de la publication de Transilvanian Hunger avec sa phrase au verso « Norsk Arisk Black Metal »…), trouveront probablement leur place dans le cœur des fans et de ceux qui suivent les évolutions (ou régressions, diront certains) du binôme norvégien, au fil des ans, ainsi que de leur style : riffs heavy, son brut, presque « caverneux », ou «garage », et chants tantôt criés, parfois clairs, comme Fenriz décide de s’appliquer derrière ses fûts.
Le concept de metal préhistorique intrigue néanmoins, notamment ceux qui ont pour les passionnés d’histoire et d’archéologie, mais il repose sur une idée finalement assez simple : revenir à un son particulier, résolument metal, c’est-à-dire aux origines d’un genre arborescent comme le BM, bref, à ce son primitif des années 1980 qui a tant influencé la seconde vague BM en Europe et tout particulièrement en Scandinavie. N’oublions pas cependant que Darkthrone commença d’abord par jouer du death metal à ses tous débuts (cf. leur premier LP Soulside Journey en 1991), avant de virer subitement black. Mais nous sommes ici dans le retour à un metal primitif, comme nos comparses aiment à le faire depuis déjà plusieurs albums après leur période punk/black metal’n roll (2007-2008)…
La galette s’ouvre sur « They found one of my graves », un morceau qui représente parfaitement cette volonté d’invoquer un son old-school de proto-metal, presque « qu’usé par le temps », non pas pour le copier, mais comme fondements pour quelque chose de nouveau, et en utilisant des influences variées (heavy, thrash, death, doom…). Accordé juste un ton plus bas qu’un Iron Maiden, on retrouve cependant un riffing typique de la NWOBHM, avant d’accélérer sur un rythme galopant. La fin mélodieuse est intéressante, limite heavy/doom. On est loin dans tous les cas de la violence d’un glaçant A Blaze In The Northern Sky ici, vous l’aurez compris. Mais c’est le titre éponyme « Pre-historic Metal », qui enclenche plus particulièrement cette démarche quasi rituelle, avec son chant aux allures d’incantations, et ses riffs rapides et cycliques. Puis « Siberian Thaw », troisième plage de l’album, installe le décor et le contexte, avec son ambiance lourde, presque doom, et ses incantations : « Siberian Thaw ! Siberian Thaw ! Siberian Thaw ! ». « Deeply rooted » est ensuite, selon nous, la chanson la plus 80’s de cet album, pas forcément très rapide, mais diablement efficace, tandis que « The dry Wells of Hell » est celle qui arbore le son le plus heavy et entrainant. Le très mélodique et instrumental « So I marched to the Sunken Empire », et son ambiance presque psychédélique, voire cosmique (souvenez-vous des pochettes des albums Total Death ou plus récemment Eternal Hails…), ouvre un passage vers une fin de disque plus pesante et lourde. Enfin, « Eat eat eat your pride » est un titre plus lourd, plus puissant, invitant à déchainer la rage qui est en nous, et basculer vers les ténèbres. C’est la saga « Eon », débutée jadis en 2008 sur l’album Frosland Tapes, qui clôture ce Pre-Historic Metal. On a droit une quatrième fois à une sorte d’incantation du Nécromancien, énumérant les différents noms et attributs du personnage, mais réveillant surtout le son typique et reconnaissable de Darkthrone, avec ses riffs lourds.
Peut-être moins percutant qu’un Transilvanian Hunger, ou même que les plus récents Old Star ou Arctic Thunder, plutôt bons et paradoxalement novateurs, Pre-historic Metal est un album parfaitement ancré dans le son et les évolutions de Darkthrone, totalement vintage et assumé, et qui cherche juste à se faire plaisir, même si c’est bien connu : c’est dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe. Certains fans le considéreront alors comme un énième album qui saura probablement se faire quand même une jolie place dans la discographie très fournie et poussiéreuse de ce duo norvégien si unique, d’autres, juste comme une vaste blague vintage sans intérêt à notre époque où tout va très vite, à l’opposé de ces huit chansons ici. [Miju 666]

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